Ma part d’ombre

ass

 

« De quoi ça parle ? »

Je suis toujours embarrassée quand on me pose cette question à propos de mes romans, particulièrement du dernier, d’abord parce que c’est difficile de parler de soi, de son propre travail et puis parce que le sujet, les sujets ne sont jamais clairement définis. Mes romans sont toujours un incroyable bordel comme l’est ma vie : des chemins de traverse, des tours et des détours, des réussites, des échecs, des moments de grâce, des crash au fond du trou, des renaissances…

(Une fois de plus) il est question d’amitié, d’amour, de rupture, de trahison, de tromperie, de sexe, de manger, de glander, de créer, de gueuler, de s’engueuler, de se réconcilier, de pleurer, de rire, de boire des coups, de danser, de tenter de s’améliorer mais d’accepter aussi d’être « une mauvaise personne », d’aimer sa part d’ombre, surtout d’apprendre à devenir soi et surtout pas une version idéalisée de nous-même.

 

MA PART D’OMBRE

Ce matin je suis tombée sur un article qui exprimait exactement ce que je pense, j’ai lu cette phrase du philosophe Michel Serre : « Le monde tend vers l’angélisme et il n’a jamais été plus satanique », j’ai évidemment songé à ces mots de Pascal que je cite si souvent « Qui veut faire l’ange fait la bête ».

Je cite d’ailleurs cette phrase dans mon roman, parce qu’elle m’éclaire, parce qu’elle m’empêche de devenir un ange de fausseté et de cruauté, parce que j’en ai rencontré tant de ces anges là… Particulièrement dans le monde du yoga et du bien-être (mais pas que !). Pourquoi ? Parce que ces disciplines demandent à ceux qui les dispensent de se montrer altruistes, généreux, paisibles, sans émotions « négatives »; des « êtres de lumière », des guides qui n’auraient jamais de mauvaises pensées, ne feraient jamais de mauvaises actions, ne mentiraient pas, ne se mettraient jamais en colère, ne seraient jamais jaloux, ne seraient pas des êtres humains en somme !

 

Bien sûr en réfrénant cette part d’ombre que l’on a tous à l’intérieur, en voulant être aimé à tout prix, vu comme une personne si parfaite, nous nous enfermons dans un rôle inhumain qui consume notre énergie, qui crée un conflit en nous et nous transforme en monstre de fausseté, capable des pires horreurs, l’air de rien, car, tant que j’enrobe ces « horreurs » dans des mots « non violents, bienveillants », je me vois comme une  belle personne (je ne supporte plus cette expression).

 

La « communication bienveillante » permet aussi de manipuler les autres ( mais avant tout soi-même), de montrer une façade de moi, beaucoup plus belle que mon intériorité : « Parler autant d’amour, de solidarité, et de bonté vient compenser un vide réel avec des mots qui vient souvent cacher une réalité contraire », écrit Moussa Nabati citée dans l’article de la journaliste Dorothée Werner « Marre de la compassion à tout va », elle poursuit : « La bienveillance forcée est une quête de reconnaissance de notre enfant intérieur qui veut se rassurer sur sa propre image. Il fait semblant d’être gentil pour être aimé. Prêt à tout pour apaiser sa certitude d’être mauvais, ou apaiser sa certitude de n’avoir pas assez été aimé, il est dans une quête acharnée d’excellence, de perfection, de bonté ».

 

Et oui… Que caches-tu derrière ces sourires si faux ? Derrière ces mots doucereux ? Derrière cette belle façade que tu construis à force d’images parfaites ?

 

Une version de soi… Qui devient si réelle que l’on finit par y croire, mais le corps lui ne se laisse pas duper, alors, parfois la dépression, profonde, peut s’installer et on ne comprend pas pourquoi, puisqu’on a tout pour être heureux !

 

Et bien mon roman parle de ça, de déconstruire les prisons, les mensonges intérieurs que nous avons patiemment empilés pour vivre, pour survivre parfois, pour parvenir à une image de soi, une belle façade, mais qui, avec le temps, finit par se fissurer.

 

Une retraite, dans un lieu mystérieux, hors du monde, hors du temps, cinq femmes en quête d’elles-mêmes, prêtes à affronter leur vérité, des guerrières forcément, car s’affranchir de soi, de ses prisons, de ses mensonges demande tant de courage. Il est souvent beaucoup plus confortable de garder son ancienne peau, même si elle finit par nous étouffer.

 

Se libérer de soi, de l’image de soi, accepter de déplaire, de perdre, de ne pas être aimé… La liberté est à ce prix.

 

Chaque jour je l’apprends ce prix, c’est parfois très dur, mais le sentiment d’être sur son axe, de poursuivre un chemin de vérité l’emporte mille fois; peu à peu, le corps, le cœur et l’esprit guérissent et la vie s’ouvre.

 

Tu enfanteras dans la douleur…

 

Ce chemin je veux le partager avec vous, puisse ce roman vous inspirer; en écrivant, en créant je prends justement le risque de déplaire, je m’expose à la critique, à la férocité parfois, mais c’est le jeu et j’en accepte les règles.

 

Il en est de même pour nous, être soi, être sincère implique de déplaire, forcément.

 

Alors aujourd’hui je vous le dis, avoir des « ennemis » est une marque de votre intégrité, de votre vérité, de votre humanité.

 

Ne vous forcez pas, jamais.

 

Je terminerai en citant ces mots du philosophe Fabrice Midal :

«  Ceux qui s’efforcent d’être bienveillants à tout propos finissent par jouer un jeu complètement faux. Ils apparaissent sucrés, manipulateur. Ce qui nous apaise est d’être à l’écoute de nos propres sentiments, fussent-ils négatifs, plutôt que de les refouler. C’est cela être dans le vrai et le juste. Notre compassion ne peut pas surgir d’une injonction. Elle vient comme un don, parce qu’on a essayé d’être juste et d’être vrai. »

 

 

Illustration, Jean-Michel Basquiat, « Ass »; Etre artiste, c’est chercher cette liberté, cette sauvagerie, cette vérité, cette capacité à dire: « je vous emmerde ». C’est en étant lui, en ne cherchant à séduire personne que Basquiat a touché le monde entier.

 

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