douce, douce France

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Ça commence toujours de la même façon, les platanes centenaires balisent la route, leur ombre apaise les chaleurs estivales, de part et d’autres se déploient des relais restaurants désuets, des affiches criardes, des panneaux publicitaires délavés. Bien sûr j’ai dû insister pour ne pas prendre l’autoroute : « on arrivera plus vite, on en profitera davantage», mais j’aime jouir le chemin, prendre le temps de la géographie, voir les paysage défiler, se transformer, l’architecture témoigner des climats, des richesses, des cultures et puis cette route… Cette route… La petite départementale entame sa montée, déplie ses contours sinueux, d’épingles à cheveux en villages perchés, le parc national des Cévennes déploie son panorama grandiose. Alors il faut s’arrêter, chaque fois que la beauté oblige, qui résiste à la beauté ? Les villages perchés, les ruines, les pierres sèches, les châteaux, les gorges, les rivières, les ponts, « s’il te plaît, juste cinq minutes… », voir, tout voir; mais il n’est plus utile de déployer des ruses pour parvenir à ses fins, l’homme est conquis, je vous l’ai dit, la beauté asservit; il n’en revient pas de ce spectacle, chaque étape est un enchantement, une histoire : le chemin de Stevenson, les traces de son passage, Florac, les menhirs, la roche aux fées, la cascades des Runes, les gorges du Tarn, la corniche des Cévennes, les loups du Gévaudan. Je songe à la bête, celle qui a fasciné mes peurs d’enfant, je me dis qu’on ne saura jamais ce qu’elle était vraiment, mais peut-être… Et si j’y consacrais du temps, des recherches, un roman ? Un château fort m’extirpe de ma rêverie, je lis le panneau qui promet du mystère lui aussi : « Des inscriptions inconnues à ce jour, un couple en habit de brocart emmuré dans les caves… » ; je me rêve en Champollion, décrypter, révéler des secrets… décidemment « L’histoire c’est vraiment mon gibier ».

 

Je suis partie, j’ai quitté le XXIème siècle, je me fous de l’arrivée.

 

Nous arrivons cependant.

 

Le plateau de l’Aubrac, les vaches partout, rien que les vaches et les roches énormes, dispersées dans les champs vallonnés, de temps en temps, un buron vient rompre la douce monotonie des pâturages.

 

Les murets de pierres sèches, les fleurs sauvages, l’air pur, si pur qu’il m’étourdit et ce silence…

Nous croisons quelques randonneurs, pèlerins enrôlés dans le chemin de Saint-Jacques, j’aimerais bien le faire, celui de Stevenson aussi, marcher des jours pour sentir encore mieux la géographie.

 

La France c’est beau partout.

 

Je suis toujours aussi excitée, la beauté à 360°, la (petite) montagne, les villages figés dans le temps, les routes pavées, les maisons paysannes en pierre noire, quelque mystérieux Christ, toujours ces inscriptions énigmatiques, décidemment le XXIème siècle a annihilé le mystère : qui sculpte encore ce genre de chose sur la façade de sa maison ?

 

Comme d’habitude, je ne veux plus partir, cette paix, ce silence, cette nature, ce temps arrêté m’apaise profondément, je sens les racines de ces gens, tellement ancrés dans leur terroir, je les envie, alors je leur rends hommage en profitant de ce somptueux moment, de ce chef qui fait vivre une expérience folle : manger le paysage.

Je mange ce que je vois, ce que je sens : les plantes sauvages, les fleurs des champs,  les sous-bois, les pâturages, une expérience tellement sensuelle.

 

Manger, marcher, contempler, remplir son ventre et son âme.

 

La France c’est décidément beau partout.

 

 

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