santosha

contentement0

 

Le printemps est là, vraiment là, les oiseaux piaillent, encore plus excités que moi à l’idée de laisser ce méchant hiver derrière. Il faut dire qu’il a été long et froid, comme s’il voulait rétablir une vérité, on avait oublié que la neige existait, que le froid au dessous de zéro aussi, le réchauffement climatique nous laissait entendre que l’on aurait plus jamais besoin de gros manteaux, j’avais déjà vendu ma peau lainée, du passé, une ère révolue. Mais la nature ne se laisse jamais rien dicter, elle fait comme elle veut, et se rappelle à nous d’autant plus fortement que nous l’avons piétinée.

 

Moi je l’aime beaucoup la nature, non je la chéris, je l’idolâtre, elle est le socle de ma vie, mon ultime refuge, ma joie suprême, si je m’éloigne trop longtemps d’elle, je dépéris, ça c’est sûr.

 

Je crois profondément que tous les maux de l’humanité viennent de cette déconnexion, la perdre, c’est se perdre. Je sais que longtemps éloignée d’elle je ne tourne plus rond, me couper d’elle, c’est me couper de moi. Elle m’enseigne tout ce dont j’ai besoin, et particulièrement le contentement.

 

Elle est si fine, elle a compris que l’homme se lassait de tout, que sa nature versatile d’enfant gâté avait besoin de changement, comme l’écrivait si joliment La Fontaine : « Car à la fin on s’ennuie de tout, des plus belles choses comme du reste. » Pour cela elle a songé qu’il nous fallait des saisons, afin de nous faire redécouvrir le bonheur de rester chez soi autour d’un feu en automne, d’apprécier les premiers rayons de soleil au printemps, la joie de voir les arbres reverdir, les cerisiers fleurir… Quelle bonne idée d’avoir pensé à contenter notre nature si vite blasée.

 

Printemps- été- automne- hiver

 

Le printemps arrive en premier, il sonne un nouveau départ, la vie qui renaît et nous avec. Tout le monde est excité, bien sûr, c’est une fête! Abeilles, oiseaux, chats, punaises, araignées, moucherons, papillons, ça piaille, bourdonne, chantonne : Oh joie de sortir de son terrier, de sa ruche, de sa chrysalide!

 

Je suis comme eux, puisque je suis aussi un animal, je sens dans ma chair cette pulsion de vie, quitter ma tanière, ouvrir les fenêtres, le cœur, sentir la vie dehors.

La bête à sang chaud a besoin de sa dose de soleil, déchirer la protection hivernale, exposer chaque parcelle à cet astre que toutes les civilisations antiques ont vénéré : Râ, Hélios, Apollon, Sol, Huitzilopochtli, Kami Amaterasu, Surya… Egyptiens, Grecs, Celtes, Aztèques, Japonais, Hindouistes… Le culte solaire est présent partout, toujours symbole de vie, de puissance et de lumière. La fameuse salutation au soleil du yoga (surya namaskar) marque cette dévotion.

(Je me demande d’ailleurs ce qu’il faut penser de notre civilisation qui prône une méfiance absolue envers le soleil, il s’agit de s’en protéger, de le fuir, de porter une protection solaire même l’hiver ! N’ont-ils jamais observé la nature, les animaux ? Que font ces animaux en hiver, ils guettent le moindre rayon de soleil pour exposer leur carcasse! J’aime regarder les habitudes de mon chat, je le vois, le matin quand le soleil est doux, s’allonger au soleil, même l’été et puis quand ça chauffe trop, il se met à l’ombre; instinctivement il sent que ces rayons doux sont bons pour lui, vitamine D, énergie… Que deviendrait une plante que ne recevrait jamais de soleil, de lumière? N’oubliez pas que les filtres solaires, chimiques ou non, coupent la peau de cette indispensable lumière, génératrice de vie, d’énergie, véritable nourriture des plantes, sans elle pas de photosynthèse, de vie donc).

 

Moi je m’en fous des préconisations ministérielles, pour ça et pour le reste; je veux brûler, je suis à lui, qu’il me réchauffe, m’infuse sa force de vie, son énergie, sa puissance.

J’ai étalé la grande fouta sur le sable chaud, je n’avais pas prévu qu’il serait aussi généreux, ceize the day, je n’en reviens pas de cette chance, l’été attrapé au vol, je n’en louperai pas une miette. Mon corps s’enfonce de plus en plus profondément dans le sable, je sens les petites aiguilles brûlantes sur mon dos, je frémis de bonheur, les cellules à la fête, je les imagine entamer une danse tribale de contentement, le corps vibre de cette pulsion de vie.

 

S’abandonner à ce qui est, suivre les saisons et leur changement, s’abandonner à vivre la vie comme elle vient: manger quand on a faim, dormir quand on est fatigué, danser quand la musique joue, s’exposer au soleil quand il se présente, ce contentement là.

 

Je marche sur le sentier littoral, le soleil est insolent, la nature explose de tous côtés, les fleurs rivalisent de beauté, le printemps sort le grand jeu, le ciel azur joue à se fondre avec les bleus de la méditerrannée : turquoise, indigo, marine, bleu clair, foncé, pastel, nuances infinies et scintillantes.

Mon yoga est dans cette connexion aux éléments, à la beauté que nous offre la nature. Un profond sentiment de satisfaction m’envahit, je suis bien.

Santosha, satisfaction, contentement en sanskrit, l’un des principes de vie associé au yoga, l’un des 5 Niyamas.

Depuis quelques jours, ce mot qui revient, dans ma vie, dans mes cours, pour moi, pour mes élèves, je ne cesse de le penser, de le répéter : contentement.

Je le répète, je me le répète car je crois profondément que la clé est là, peu importe où vous êtes, être heureux de ce que l’on a déjà, de notre vie comme elle est.

Ne pas regarder dans l’assiette des autres, ne pas se dire ça ira mieux quand je serai en vacances, en retraite, quand mes enfants seront grands, si j’avais un enfant, un autre enfant, pas d’enfant, un métier différent, si j’atteignais cette posture là, si j’étais plus mince, plus pulpeuse, plus brune, plus blonde, plus lisse, plus jeune, plus…

J’essaie de mettre cela dans le yoga que j’enseigne : être bien ici et maintenant exactement comme je suis. Quelles que soient les circonstances de ma vie, même si je passe des moments difficiles, je ne m’accroche pas à eux, je me dis que ça passe, qu’on a jamais vu un hiver ne pas déboucher sur un printemps, et puis dans tout, même au cœur du chaos, de la tourmente, il y a toujours quelque-chose de bon à prendre, à apprendre, à se transformer, car la vie prend parfois (souvent) d’incroyables détours pour nous amener à ce qu’elle a prévu pour nous (Dharma). Je suis tombée sur cette phrase récemment : « La vie c’est ce qui vous arrive alors que vous étiez en train de prévoir autre chose. »

Prévoir, vouloir, maîtriser… Voilà ce qui empêche la magie… Lâcher prise, laisser faire, mes indispensables mantras, laisser la vie mettre en place ce qu’elle croit juste.

Le contentement, la satisfaction, vibrer de cette énergie là, cette énergie si difficile à trouver dans un monde qui nous impose exactement le contraire, un univers d’images qui créent des frustrations, des envies, souvent complètement artificielles et/ou creuses.

Avoir l’air de… Une société de la forme, de l’emballage, que reste-t-il du fond, c’est-à-dire de l’être?

 

S’éveiller chaque matin avec cette gratitude d’être en vie, avoir certainement, pour chacun d’entre nous, des tas de raisons de nous réjouir : une jolie vue depuis sa fenêtre, un corps chaud à côté du nôtre, l’odeur du café qui passe, un rayon de soleil qui filtre et dessine des animaux fantastiques, le sourire de votre enfant, la perspective d’un bon petit déjeuner, d’une journée printanière, d’une balade, de retrouver un ami que l’on a pas vu depuis longtemps, un chat qui ronronne bruyamment, un gentil message lorsque l’on allume son téléphone, ou parfois, simplement le fait de respirer.

 

Ce matin je me suis éveillée avec le chant des oiseaux, j’ai ouvert les rideaux, la Sainte-Victoire brillait au loin d’une lumière rose, presque irréelle, chaque jour elle change de couleur, je suis toujours éblouie par ce kaléidoscope. En marchant pieds nus sur le parquet tiède de ma chambre, je songeais au cours de yoga que j’irai prendre à midi avec mon amie Cécile, le bonheur de m’abandonner à elle, pour une fois ne pas être celle qui donne un cours, recevoir son enseignement, son attention; après j’irai peut-être déjeuner en terrasse, un lundi de Pâques comme il vient, vivre et laisser vivre.

 

“Be content with what you have; rejoice in the way things are. When you realize there is nothing lacking, the whole world belongs to you.” Lao Tzu

 

Namaste,

 

Julie

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