je suis fou comme la lune, et vous êtes belle comme le soleil

mare14

 

Depuis deux nuits je ne dors pas, ou si peu, ou si mal, des heures à me tourner, me retourner, me relever, lire, écrire, te regarder, parce que je sais que c’est toi, toi qui me tiens éveillée, toi qui infuses en moi ton énergie, si puissante.

Blue moon.

Je sens tes effets, tu es déjà si ronde, mercredi tu seras complètement pleine. La lune supplémentaire, c’est pour cela que l’on te nomme « lune bleue », une année exceptionnelle, puisqu’elle comportera treize lunes au lieu de douze, et cette lune en plus a lieu maintenant.

Percevez-vous déjà son influence ?

D’autant plus puissante que s’ajoute une éclipse lunaire (la lune passe dans l’ombre de la terre) et comme toutes les éclipses, la force dégagée est celle de la transformation.

Malgré les nuits très courtes, je ne suis absolument pas fatiguée, je me lève tôt, je veux bouger, je veux sentir mon corps en action, respirer, faire circuler le Prana, fort.

 

Et puis dimanche, au réveil, le soleil inondait la maison, quand je pense à la mousson qui noie le reste du pays, je ressens encore plus de gratitude, les hivers sont si lumineux ici.

 

Carpe diem, sauter dans la voiture, rouler, la mer, encore !

 

Comme une chasseuse de lumière, je veux aller à la source, là où elle sera plus éclatante, plus pure, là ou elle réfléchira le prisme, déclinera le bleu à l’infini, méditerranéen. C’est vrai que je ne suis pas d’ici, que l’été, accablée de chaleur, blasée de lumière, je ne supporte plus ce sud devenu malodorant, mais janvier c’est bien autre chose… Janvier… Quand je deviens affamée de chaleur, de brûler, d’exposer le moindre petit bout de chair à ses rayons.

 

Parce que je crois que nous sommes des plantes et que sans lumière nous dépérissons.

 

Chaque fois, le même éblouissement, je me dis même que c’est dégueulasse, que les gens qui vivent ici gardent toute la lumière pour eux, après il n’en reste plus assez pour le reste de la France. Bande d’égoïstes.

 

Alors un jour je vivrai là, j’ai repéré la jolie maison dont le jardin se prolonge sur la discrète petite crique, celle avec le gros palmier et les barques échouées ; Je lis les noms des bateaux amarrés comme autant de signes : « Evasion », « La vie libre », « Le choix d’aimer », « La belle Juliette », « L ’oiseau des mers », « La grâce », «  Michelle et René »… Il y a les poètes et les humoristes, les sentimentaux et les aventuriers, les rêves d’une vie et les promesses d’escapades.

 

La plage est jonchée d’algues, la marche est spongieuse, les pieds s’enfoncent et rebondissent, le corps doit fournir plus d’effort, ça tombe bien j’ai une énergie de lionne.

 

Je profite de ces moments de puissance, presque surprise quand ils apparaissent, parce que depuis quelques semaines mon corps a décidé de jouer au yoyo. Ce corps que je croyais maîtriser : « coucher, debout, lève la patte ! » ne répond plus à mes ordres, moi qui me targuait d’être à l’écoute, d’être « connectée », je me retrouve plaquée à terre, assignée à résidence, vulnérable.

 

Coming out : « je suis malade. »

 

Trois mots qui me transforment, trois mots que je n’ai pas vu venir.

 

Alerte rouge de ma vie.

 

D’abord j’ai pleuré, j’ai crié d’injustice, d’incrédulité et puis très vite j’ai pressenti que ce n’était pas une maladie mais une guérison, mais que pour cela, il fallait vraiment, mais vraiment, foutre un grand coup de pied dans la fourmilière, un monumental coup de pied, et que si je ne faisais pas ça j’allais mourir. Parce que, pour la première fois de ma vie, j’ai pensé : «je peux mourir », et là, juste à ce moment là, ce n’est pas le noir qui est venu, ni la peur, mais une formidable énergie de vie, le fameux instinct de survie, certainement.

 

JE VEUX VIVRE

 

Alors la vie s’ouvre en deux, un avant, un après, forcément. Les petits tracas, ceux qui , discrètement mais sournoisement mobilisaient vos pensées, disparaissent soudainement et voilà que vous n’avez plus aucune place pour ce qui accaparait votre énergie pour rien : les fâcheux, les embouteillages, les conflits, les pâtes trop cuites, la négativité, les paquets de gâteaux rangés vides, les jalousies, les traces de doigts sur les vitres, les petites mesquineries, tout ceci envolé, solutionné, ça n’existe plus.

 

Toujours ça de gagné, le coup de balais des agacements inutiles, des noyades dans un verre d’eau.

 

Mais parfois je pleure.

 

Parce que je ne sais pas ce que seront les mois à venir.

 

Je pleure et c’est bien parce que ça faisait deux ans que je n’avais pas pleuré.

Sarcophage sur mon cœur.

Je pleure et ça ce fendille.

La lumière en profite pour se faufiler.

Un cri parfois, tous ceux que j’ai retenus : « il faut nettoyer Julie ».

Parce que lorsque l’on croit perdre, on gagne toujours, et bien sûr, l’univers a mis sur mon chemin quelques anges qui prennent soin de moi.

Je m’abandonne à eux, je ne savais plus (pas) à quel point il était bon de s’abandonner à tant de bienveillance, d’amour, de protection.

Enveloppée.

Je les laisse me « nettoyer », même si parfois ça fait très mal, même si parfois surgit un cri atroce, des paquets de larmes, des douleurs physiques, des fatigues insurmontables.

 

J’écoute leurs mots : « ne combats surtout pas, accepte, accueille ».

 

Je fais ce que l’on me dit, j’ai toujours été une élève appliquée et puis c’est si bon de lâcher les rênes.

Je suis presque soulagée, comme si, avec cette « autorisation officielle » de m’arrêter, je me délestais d’un sac trop lourd à porter.

 

J’ai le droit.

J’ai le droit de me reposer

J’ai le droit d’être vulnérable

J’ai le doit de dormir quand je suis fatiguée

J’ai le droit de manger quand j’ai faim

J’ai le droit de me balader dès que le soleil apparaît

J’ai le droit d’aller au ciné en pleine journée

J’ai le droit de lire au coin du feu quand l’énergie n’est pas là

J’ai le droit de dire « j’ai envie »

J’ai le droit de dire «  je n’ai pas envie »

J’ai le droit de ne plus me justifier, j’ai le devoir de ne plus me forcer, j’ai le devoir de m’en foutre.

 

« Ne ravale rien, sois plus sincère, plus vraie que jamais », l’ange me dit ça.

Et si c’était la liberté qui pointait son nez ?

 

Je marche, je marche encore et encore, plus encore que d’habitude je sens ce besoin absolu de mettre un pied devant l’autre, de sentir mon corps en mouvement, plus que jamais j’ai envie d’être dehors, de respirer, de toucher la terre, de voir le ciel, le soleil, les nuages, la mer. J’ai besoin de sentir ce corps qui bouge, vit, respire, transpire, se courbature, va au bout de lui-même.

 

 

Je marche longtemps, presque cinq heures, le temps de suivre la course du soleil, de le voir peu à peu décliner ;

 

Crépuscule.

 

Un calme étrange, le silence ouaté d’une station balnéaire hors saison, une tranquillité presque inquiétante, mais j’aime ça, ce calme là ne me fait plus peur.

 

Parce que  dans cette nouvelle aventure, j’ai appris que la guérison ne pouvait pas ne pas passer par la confrontation à soi. Il me l’a dit, me le redit chaque fois, pas question d’en faire l’économie, il faut encore et encore (on croyait pourtant que c’était déjà réglé, que l’on pouvait passer à autre chose) identifier les schémas, ne plus se laisser prendre les pieds dedans, mais cette prise de conscience « intellectuelle » ne suffit pas, puisque le corps nous dit le contraire.

On croyait qu’on était forte, que le « travail » on l’avait fait, et puis le corps…

Le corps nous met face à nos contradictions, nos blessures non soignées, le corps ne fait pas de cadeau : puisque tu ne veux pas le voir je vais te mettre le nez dedans !

La chute est d’autant plus violente qu’on a nié sa pauvre chair.

 

« C’est une guérison Julie ! »

Puisque l’autre option n’est pas envisageable.

J’écoute, je nettoie les mémoires, surtout ne plus passer par l’intellect, la censure de la raison, vivre désormais avec mon premier cerveau : mon cœur, pour libérer le second : mon ventre.

 

Je profite de cette éclipse lunaire, pour intensifier cette énergie de transformation, cette reprogrammation des schémas, je (me) laisse de l’espace pour créer ce changement, pour muer, pour laisser les anciennes habitudes derrière moi, pour abandonner la lutte, le contrôle.

 

Puisque cette pleine (super) lune (sous le signe de la déesse Junon) nous incite au lâcher-prise, afin de laisser la place aux belles surprises de la vie. Si je suis dans le contrôle, la peur, je ne peux pas laisser la magie entrer dans mon existence, la transformer.

 

Laisser venir à soi, s’en remettre à plus vaste que soi. Car il n’y a pas de plus grande joie que celle que l’on n’attend pas.

 

Cette déesse Junon nous demande de nous connecter à notre féminin sacré, notre énergie de perception : laisser les choses se révéler.

 

Notre féminin sacré c’est aussi nous connecter à notre puissance, la déesse en nous, aimer qui nous sommes, nous aimer profondément, chaque parcelle de notre être, aimer notre corps, notre âme, être capable de nous pardonner, car sans cela comment être capable d’aimer les autres ?

Aimer inconditionnellement.

Aimer soi, aimer sa vie, aimer…

Créer cette énergie là, cette énergie d’amour et non plus de peur.

Car quel est le contraire de l’amour ? La peur.

J’ai vécu si longtemps dans la peur, la terreur même, je peux vous en parler…

Parfois je retombe, j’ai peur, j’ai tellement peur. Alors je fais comme l’ange m’a dit, je ne lutte pas, j’accueille, elle se dissout, les tensions lâchent, le corps et le cœur s’ouvrent, la vie avec.

 

Je ne suis pas un gourou, je n’en sais pas plus que vous, je peux simplement partager ce que j’expérimente, ce que j’apprends, à mes dépens, tu enfanteras dans la douleur… Parce qu’il faut accepter de disparaître à soi pour pouvoir renaître, parce qu’il faut accepter de laisser partir cette version de soi périmée, parce qu’il faut accepter que la vie n’est rien d’autre qu’un perpétuel changement, une perpétuelle remise en question, que tout se transcende, que devenir qui l’on est demande tellement de courage, de temps, de profonds bouleversements, d’inconforts, de douleurs parfois, de courage et d’abandon.

 

Accepter de se laisser bouleverser, d’être bouleversé.

 

 

Je marche au bord de la nuit, la lune est désormais presque pleine, je la regarde si ronde au dessus de la mer, ses reflets blancs ; les effluves du mimosa sauvage que j’ai cueilli exhale une odeur envoûtante, je suis en vie, plus en vie que jamais, plus puissante que jamais, plus fragile que jamais.

 

Demain ?

 

Le soleil a laissé sa place, la lune prend son quart, je songe à cette complémentarité absolue, la face masculine et féminine de chaque être, l’absolue nécessité pour une femme de se révéler à travers un homme, l’absolue nécessité pour un homme de se révéler à travers une femme, fusion des opposés, merveille de l’altérité, j’ai besoin de toi, j’ai envie de toi, je suis si différente de toi, c’est ça que j’aime, c’est ça que je veux, c’est ça qui me révèle.

 

J’ai froid, la nuit est là, le petit village est déserté, au loin le bruit des orgues, les vêpres certainement, j’approche l’église, je pousse la porte, j’écoute la musique sacrée, j’ai la sensation d’être dans une autre dimension, ici mais sans être là, je me laisse emporter, je songe à ces sublimes mots que je viens de recevoir, ces mots de Victor Hugo :

« Il y a une parenté entre nous ; je suis fou comme la lune, et vous êtes belle comme le soleil »

 

 

Je crois bien que ce soir, le soleil avait rendez-vous avec la lune…

 

 

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