on met du temps à devenir jeune

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Le soleil darde ses rayons sur la terre cuite orange, je l’ai détestée cette terre cuite, mais l’homme voulait, c’est naturel, pour une maison bio-climatique, il faut cette inertie, l’effet de masse, les hommes aiment les considérations techniques, mais il a ajouté quand même, parce qu’il est un petit peu esthète aussi : « c’est traditionnel la terre cuite en Provence, tous les hôtels particuliers aixois en ont ». Moi je n’aime que le parquet : point de Hongrie, bâtons rompus, Versailles… Je les connais tous, je les aime tous. Mais la terre cuite est là, il faut bien faire avec, plus rustique, plus brute, comme celui qui l’a voulue… « Mais si tu préfères ma chérie on enlève et on remplace par du parquet… ». Déménager toute la maison, les travaux font peut-être partie des choses que je déteste le plus au monde, alors, je m’habitue et comme on s’habitue à tout… Je finis par l’apprécier, je m’occupe bien d’elle, je choisis un savon noir, à l’huile de lin, à force d’amour et de soin, on s’attache, non ?

 

On s’attache, ça va de soi, on ne voit même plus la chance que l’on a, la vie bien entretenue comme cette terre cuite qui se patine au fil des ans, elle devient de plus en plus belle, même si l’on remarque, par endroit, quelques petites fissures, quelques petits éclats, quelques tâches inamovibles.

 

On s’émerveille presque, plus le temps passe, plus elle est belle, plus elle a de caractère, de charme, plus elle devient « elle », marquée par ce qu’elle a vécue : les fêtes, les accidents, les tâches, les éclats, un joint qui se fendille, le passage des saisons, l’activité sismique, le calme plat, les avis de tempête, les orages, les périodes de sécheresse…

 

Ne sommes-nous pas semblables à ce sol de terre, pauvres êtres humains, puissants être humains ? Le passage du temps nous est-il un ravage ou bénédiction ?

 

Une nouvelle année démarre, page blanche, vierge comme un sommet immaculé, que sera-t-elle ?

 

La vie qui se patine, l’être qui avance, le temps me façonne et me « dé-façonne », chaque joie, chaque épreuve, chaque douleur, m’oblige à me dévêtir, aller plus loin, combien de couches reste-t-il à ôter ?

 

 

Cette fin d’année a été si brutale, au moins vingt couches enlevées en même temps, presque nue : qui suis-je si je ne suis plus vêtue de ces couches protectrices ? Celles que l’on appelle la « personnalité », du latin persona, le masque, celui que portaient les acteurs grecs dans l’antiquité… Ai-je besoin d’en dire plus ?

 

Grandir, vieillir, serait-ce se débarrasser de cette encombrante « personnalité », ces masques qui recouvrent, qui cachent qui nous sommes vraiment, c’est–à-dire non pas notre personnalité mais notre individualité.

 

2018 me dévêtira encore, je ne lutterai pas, je laisserai faire, je tenterai plus de légèreté, comme une plume, grigri que l’on m’a offert, se laisser porter, ne pas peser, délicatement s’abandonner au souffle, spiritus, prana, force de vie…

 

Légèreté.

 

Je songe à ces mots de Picasso :

« On met longtemps à devenir jeune »

 

Oui…

 

Je vous souhaite une année légère, soyez jeune, soyez dingues, abandonnez-vous, osez, dansez quand la musique joue, laissez les larmes couler quand l’émotion vous étreint, nagez nus dans la mer, enivrez vous de vent, de fêtes, d’amour, de poésie, de sexe, de nature, d’amitiés, de vins parfois, sortez le soir pour fixer la nuit, faites des vœux aux étoiles filantes, donnez des preuves d’amour, d’amitié, jouissez votre santé, car la vie…

 

 

Et n’oubliez pas qu’« Un chemin droit ne mène jamais qu’au but », Gide, mon chéri, parce qu’on a jamais assez de ses mots pour éclairer notre existence, sa liberté, sa farouche liberté :

 

« Tandis que d’autres publient ou travaillent, j’ai passé trois années de voyage à oublier au contraire tout ce que j’avais appris par la tête. Cette désinstruction fut lente et difficile; elle me fut plus utile que toutes les instructions imposées par les hommes et vraiment le commencement d’une éducation.

Tu ne sauras jamais les efforts qu’il nous a fallu faire pour nous intéresser à la vie; mais maintenant qu’elle nous intéresse, ce sera comme toute chose- passionnément. »

Les Nourritures terrestres

 

 

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