avant je ne t’aimais pas

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Avant je ne t’aimais pas, trop brut, sans limite, je ne savais pas où tu commençais, comment accéder à toi, l’été il y avait tes moustiques, l’hiver, ton Mistral, ta solitude un peu désolée, un peu pelée; j’étais aveugle, coupée de mes sens, certainement.

 

Est-ce moi qui ai changé ?

 

La route pour arriver à toi ressemble à celle qui mène au paradis ; après une semaine enfermée, la lumière m’aveugle, prisonnière éblouie de retrouver le jour, la vie, dehors. La radio joue Stairway to heaven, parfaite synchronicité, l’univers est du voyage, c’est un bon présage. Je n’en reviens pas de cette clarté, janvier resplendit, le soleil éclaire les pâtures bordées de cannes provençales, les rayons éclaboussent les marais, décolorent les crinières blanches des chevaux transformés en animaux mythiques.

 

Je suis partie…

 

« There’s a lady who’s sure

All that glitters is gold

And she’s buying a stairway to heaven… »

 

Le chemin parsemé d’or, Led Zeppelin à fond, la voiture décapotée, je recouvre la liberté. Je veux sentir le vent, je veux qu’il me gifle, je veux quelque chose de brutal, de sauvage, sentir la vie fort, les vibrations de la musique, réveiller tous les sens, les pousser à leur paroxysme, border line de ma vie.

 

La Camargue bleue et blanche et lumineuse.

 

Après il y a le calme, l’étendue infinie, la lumière qui fait baisser les yeux, encore. Se soumettre, s’abandonner plutôt, aux éléments, puisque je suis venue pour eux : la terre, le ciel, au milieu l’eau, ligne de séparation bleue. Je respire fort, faire entrer l’air loin, parce qu’ici il n’a pas la même senteur, je le respire, je m’enivre de son odeur, comme si je plongeais le nez dans les cheveux de l’aimé, m’étourdir de lui. L’odeur de mer, ma préférée, pourquoi ne suis-je pas venue plus tôt te voir ? Je sais pourtant que tu es ce qui m’apaise le plus. Je me laisse assaillir, le vent frappe, les embruns bouclent les mèches, le soleil pique, le goût de sel sur ma langue. Le sable crisse sous mes pieds, je n’avais jamais remarqué à quel point il était blanc et fin et doux ici.

 

Le soleil mouille les vagues, des éclats par touche, je me laisse envahir de beauté, je laisse le vent dissoudre mes contours, le sac et le ressac m’envoûter, la nature bruyante et pleine, tellement puissante. Etre là avec elle, me fondre en elle, disparaître et pourtant exister comme jamais. Je sens que quelque-chose lâche, quelque-chose s’ouvre, une chose que je ne connais pas encore, mais je veux bien faire connaissance, je n’ai pas peur, je n’aurai plus jamais peur, puisque je sais que la magie ne vient jamais du connu, sortir de sa zone de confort, de son canapé moelleux, de ses habitudes et de ses bougies diptyques.

 

Je suis ici.

 

Fusion de cet instant parfait, seule au monde : la plage, immense et déserte, comment est-ce possible ?

 

Je quête les traces de civilisation, un hiéroglyphe ça et là, les restes d’un château de sable maladroit, une piste de billes, des empreintes de sabots, un tronc naufragé.

 

Je marche longtemps, puisque la plage n’a pas de fin, le jour décline, le soleil si bas, les lumières se transforment, kaléidoscope envoûtant, un pied devant l’autre, puisqu’il n’existe pas d’autre possibilité de vivre, maintenant parce que demain… Ici c’est possible, si simple de vivre ainsi, comme si rien d’autre n’existait, vivre en sauvage, laisser cette sauvagerie s’exprimer, les cheveux fous comme le cœur, le vent fait le ménage, ne subsiste plus que le sentiment de fusion, je ne suis rien, je suis tout, union des contraires, réunie enfin ? Disparaître à soi pour renaître, « who are you ? », les lettres tracées sur le sable, les flots effacent progressivement l’avertissement.

 

Qui suis-je ?

 

Je suis le vent, je suis le sable, je suis l’eau, je suis le soleil, je suis le bois échoué, je suis le flamant qui s’envole, loin, je suis la trace laissée sur la plage, je suis les embruns, je suis le petit pont cassé, le fier héron, je suis l’enfant libre qui court et tombe et se relève et construit des châteaux en Espagne, je suis le chien fou, je suis le galet rond, le tesson abandonné, la salicorne qui vit, pousse, prospère malgré le terreau aride, je suis la petite moule qui s’accroche à son rocher, la mouette rieuse et crâneuse qui nargue le promeneur, je suis les serments à demi effacés, les promesses d’amour éternel, les cœurs abandonnés aux éléments, le caillou délavé, le sémaphore aux vitres brisées, je suis le cheval au galop, le suis le promeneur solitaire, le pêcheur au pantalon retroussé, le naturiste caché derrière un rocher, je suis l’horizon bleu, je suis les nuages vivants, je suis l’homme en short qui veut battre des records, je suis le petit crabe qui se laisse porter par les flots, je suis le cerf volant rouge qui monte haut, croit qu’il peut s’envoler, mais la corde le retient,  je suis le surfer qui s’abandonne à la vague, je suis le minuscule grain de sable, la plage toute entière, je suis l’écume bouillonnante, je suis l’horizon calme, le vent déchaîné, la promesse d’infini, je suis.

 

A présent je t’aime.

 

 

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