The nation we built together

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Je ne veux pas rentrer, c’est rare, moi qui voyage si mal… J’ai le cœur serré, mal au ventre, j’aimerais rester quelques mois ici, dans cette petite bulle, écrire un roman, juste là derrière l’immense fenêtre. J’aime tout, les découpes « industrielles » des huisseries, ancien hangar changé en petit loft ? Chaque objet évoque la délicate propriétaire, les fleurs élégamment disposées, les phrases dispersées comme des mantras, culte amoureux et touchant, les bougies, les odeurs, les draps en lin, les miroirs anciens… Tout résonne, sonne, imprime la marque d’une profonde attention à rendre l’habitation belle, douce, inspirante.

 

Je ne veux pas partir, je veux prolonger ces soirées à boire une Namaste beer, ou un verre de vin californien sur le rooftop; la ville se déploie à perte de vue, l’ambiance magique d’un coucher de soleil, l’agitation de la rue, en bas, un convoi passe, présidentiel ? Certainement, ici c’est Washington, ici ça ne rigole pas, les hommes bardés de lunettes noires, de gilets brodés « FBI »; House of cards, en vrai.

 

Ici ce n’est pas New-york la survoltée, ici c’est studieux, beaucoup plus sérieux.

 

Le quartier est nouveau, l’équivalent de Soho dans les années 90, mixité sociale ? Je ne sais pas… Les différences apparaissent peut-être encore plus cruelles qu’en France, les plus gros écarts de salaire de toute l’Amérique : très riches, très pauvres, débrouille-toi avec ça. Les rebuts du rêve américain, êtres hagards  croisés en allant au marché « organic, local, green ». Quel monstre l’humanité, la société du toujours plus, a-t-elle créée ? Je sens cela, j’y participe, je ne vaux pas mieux, certainement. Du bon côté de la barrière. Mais il y a, malgré tout, avant tout peut-être, cette énergie, cette arrogance même : on est des gagnants et on vous emmerde. Chaque jour, lève-toi, crois en toi, travaille dur, fais de ton rêve une réalité. Pensée positive à outrance, ça fait du bien quand même, surtout quand on vient du pays de l’auto-flagellation. Si on prenait un peu de cette self-confidence ?

 

Je marche dans les rues, avide, vingt kilomètres par jour, voir, tout voir, sentir la puissance parce que c’est ce qui émane de cette ville, ici on décide du sort du monde. La Maison Blanche, le Capitole, la Cour suprême, le Pentagone, la pierre outrageusement blanche marque le pouvoir clinquant. Je suis stupéfaite de la vision prophétique du fondateur, comment George Washington a-t-il pu créer cette grandeur ? Il y a deux siècles, il dessinait les plans d’une capitale, un carré de vingt-six kilomètres de côté, et une esplanade grandiose flanquée de bâtiments néo-classiques absolument démesurés : des musées à perte de vue, je n’en n’avais jamais vus autant, et surtout si grands… A ce moment là, les Etats-Unis n’étaient pourtant qu’une toute petite nation, qui n’existait pas au plan international ou si peu. Pourquoi alors créer une capitale aux bâtiments hors d’échelle ? Peut-être George avait-il déjà cette culture de la gagne, voir grand, pour accomplir le miracle de devenir la première puissance mondiale ?

 

Fake it until you make it ?

 

Message envoyé à l’univers, au monde : Here we are ! We’ll be number one !

 

 

Je marche, chaque détail est un ravissement, l’émerveillement de l’exotisme, les bandes d’adorables petites maisons en bois, en brique. Du très chic Georgetown, très Nouvelle Angleterre, au plus industriel Downtown; et puis Alexandria, le port d’origine, près du domaine de George Washington. La Virginie. Le sud commence là, les accents ronds des gens, parfois difficiles à comprendre, évoquent ce passage d’un univers à l’autre. Tout a été préservé ici, pas une horrible zone commerciale, non, les briques posées à « bâton rompu » pavent les rues, les façades en bois (qui a dit que les maisons en bois n’étaient pas durables ? Celles-ci ont deux cent ans !), les couleurs des bardages peints : rouge, blanc, jaune, vert, bleu, les cerisiers en fleurs, les bancs, la propreté, l’ordre qui témoignent de l’attention bienveillante des propriétaires.

 

Que c’est beau…

 

Les pieds brûlent, chauffent, le soir on n’en peut plus, mais il s’agit de VOIR. Sentir la ville à toutes les heures du jour, de la nuit. Je ne veux pas rentrer, je voudrais rester encore un moment, prendre le temps de me poser vraiment, d’écrire, j’ai tellement envie d’écrire ici.

Mais le temps, cruel faucheur, passe si vite quand on est heureux.

 

Bien sûr, je le sais, je ne vois que les bons côtés, comme lorsque l’on est amoureux, la passion porte des œillères. Je sais bien la face sombre, j’ai retenu mes larmes au musée des Natives americans, le génocide des Indiens, huit millions avant l’arrivée des colons, 2500000 après… Que dire d’un pays qui construit sa puissance sur un massacre ? Et puis l’esclavage, et puis la ségrégation… Mais les colons n’était ce pas nous, européens… ? Des hommes et des femmes, en quête du rêve d’une vie meilleure, fuir la misère, chercher sa place au soleil… Pousse-toi de là que je m’y mette.

 

Ruée vers l’or, quête d’espaces infinis, grand propriétaire terrien, chasseur de bison, de fourrure de raton laveur, Davy Crockett en puissance.

 

Mais Davy a pris quelques kilos… Il n’a plus à chasser l’ours, il tente de retrouver un peu de sa condition d’homme sauvage, tapis de yoga en bandoulière, Nike aux pieds, jogger acharné, greasy food comme compensation à une douloureuse compétition sociale. Je sens qu’il ne faut pas être faible ici…

 

American dream ?

 

Le rêve américain, il vacille, mais la torche dorée attire encore, parce que tout le monde aspire à cette « possibilité d’une île », chacun veut sa part.

 

Puisque l’herbe est toujours plus verte ailleurs…

 

 

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