Freedom

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Freedom

 

Il y a ce mot, d’une façon ou d’une autre je ne cesse de le croiser.

Freedom

Signe, l’univers parle, me parle?

Freedom.

Parce que je me sens étouffée, parfois prise au piège de moi-même, des autres, des horaires, des contraintes, de ne pas savoir mettre assez de cadres, de limites ?

J’écoute la radio, je lis le journal, j’entends le monde, cette cacophonie qui me terrifie. Puisqu’on tente de me faire peur, puisque tout est fait pour m’effrayer, les missiles nucléaires, la guerre guette, la guerre gronde, la troisième, la mondiale. Je souffle, heureusement je n’ai pas d’enfants, ma peur serait décuplée. Et puis la politique, la petite, la toute petite, qui me demande de choisir, non qui m’ordonne plutôt de «faire front». Comme si j’étais assez stupide pour ne pas penser par moi-même, comme si j’étais une toute petite fille, sous la coupe d’un patriarche qui sait mieux que moi.

 

Politique de la terreur.

 

« Pauvre peuple! Quel badaud on fait de toi! » me murmure Alfred de Musset…

 

S’extraire à tout prix, jeter les journaux, la radio, la télé, je ne supporte plus ce « prêt-à-penser » qu’ils me servent. Entretenir la peur, le malheur, le « Qu’est-ce qui va nous tomber dessus ».

 

 

Je prends mes baskets, mon reflexe de survie, mon Xanax, ma drogue dure.

Quitter la ville, la domestication.

Revenir à l’état sauvage, essayer tout au moins.

 

Je roule sur cette petite piste sableuse, la poussière obscurcit le chemin, la civilisation s’éloigne quand on quitte le bitume.

Le soleil frappe, mais celui d’avril est encore clément, on lui tient tête, les crèmes solaires sont toujours au placard, elles attendront juin. Puisqu’on veut cette liberté, quitter les injonctions protectionnistes d’une société de l’alerte. Sortir sans crème est déjà une position dissidente…

Puisqu’on veut brûler, puisqu’on veut ressentir le petit frisson, puisque vivre ce n’est pas se protéger de tout, puisqu’on n’en peut plus de la peur qu’on nous infuse, qu’on nous transfuse.

 

On démarre vite, caractère de bélier, on fonce, c’est toujours comme ça, l’homme dit: « Ralentis, tu n’arriveras pas au bout ». Il connaît sa bête. Il a raison, l’ascension sera longue.

 

Le soleil cogne, frappe, la rocaille réfléchit les rayons, je prends ça comme un carburant, faire le plein de sa puissance. Puisque je n’en peux plus du tiède.

 

Les pierres roulent sous les pieds, il faut se concentrer, à droite c’est le vide, un manque d’attention pourrait être fatal, un pied devant l’autre, ici et maintenant, pas d’autre possibilité que de penser droit.

 

Un pied devant l’autre, malgré moi les idées s’ordonnent, la marche remet tout en place : le corps, l’esprit, l’énergie.

 

Vivre le monde à portée de jambes, retrouver le rythme primitif.

 

Sauvage.

 

Une petite plateforme, roche plate, chaude de soleil, dessus c’est l’extase : 360° de beauté, vision panoramique du paradis, les yeux se perdent, sans limite, la civilisation n’existe plus.

Les odeurs de thym envahissent les narines, on frotte ses mains sur la plante, s’enivrer.

Puisqu’il faut-être toujours ivre, je suis les remèdes de mon poète bien aimé: « Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous! »

 

Baudelaire…

 

On pense à lui, ici, pas de barrière pour les esprits libres.

On reste longtemps assis, à contempler l’infini, tout devient clair, ici on sort du cirque, on revient à nous, à notre essence, à ce qui compte vraiment : la nature.

 

Qui je suis, d’où je viens.

 

Ver de terre, pire, bactéries, mes ancêtres chéries.

Je suis une roche, je suis une fleur, je suis un coléoptère, je suis la montagne, je suis le ciel, je suis une fourmi, je suis la terre, je suis le sublime lézard vert.

 

Et pourtant, je massacre tout ça…

 

Pendant ce temps ils me parlent de leur « front républicain ».

J’oscille entre colère et profonde tristesse. Quel monde violent ! Pour l’homme, pour les animaux, pour la nature, quelle aberration avons nous créee avec cette société du toujours plus?

Il faudra certainement aller jusqu’au mur. Il faudra certainement mordre la poussière, comprendre que la mondialisation, la croissance à outrance, continue de détruire la planète.

 

Mais ils brandissent « le front républicain »

 

Pauvre petite couleuvre argentée, pauvre petit sanglier, pauvre minuscule araignée, pauvre marmotte, pauvre petite orchidée sauvage, on s’en moque de votre survie… Mais s’ils savaient que votre mort c’est aussi la nôtre, de façon certaine.

 

J’oscille entre le bonheur infini d’être là, ici et maintenant, et un profond sentiment d’impuissance, de colère, vont-ils me retirer cela ?

 

Que faire ?

 

Un super héros, il faudrait au moins ça, Pierre Rahbi avec une cape, des bottes de sept lieux, les bracelets de Wonder Woman, la puissance d’Hercule, l’arrogance de Zeus…

 

Un pied devant l’autre, jusqu’à l’épuisement, le corps tremble, vascille, il faut tenir bon, flancher n’est pas une option, alors la volonté prend le relais, et, une fois de plus, le corps suit, brave petit soldat, il trouve la ressource. Sont-elles infinies ?

 

Le sommet est là, enfin. La croix, triomphe du colonisateur, marque la victoire, la prise de possession de ce lieu. Partout l’homme doit poser sa marque, comme le chien qui lève la patte.

 

Je vois les parapentes s’élancer, je les vois flotter, planer, je les envie, ici pas de petite politique, de prêt-à-penser, ici ils sont libres.

 

Freedom

 

 

ENIVREZ-VOUS

Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!

Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

(Charles Baudelaire, Les petits poèmes en prose)

 

 

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