Qu’est-ce que c’est que vivre?

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La première fois, on n’y croit à peine, on n’avait pas prévu ça, pas à ce point, le serveur nous a demandé: « ça ne vous dérange pas de déjeuner au soleil ? », on a cru qu’il exagérait, ce n’est pas juillet tout de même, l’outrance des gens du sud… Les mythes ont la peau dure. Et puis on n’est pas habillé pour… On choisit la table plein sud, on fait rarement les choses à moitié… On étire ses jambes, on commande une bouteille d’eau gazeuse, fraîche, la petite fontaine émet un son de place de village, bien provençal, tellement pagnolesque… Mais les clichés n’ont pas que du mauvais. Nous nous étalons dans cette image d’Epinal, trop heureux de nous fondre dans la couleur locale. Le printemps est décidément en avance, presque trop chaud pour être vrai… Les vieux lancent déjà des imprécations: cette chaleur précoce annonce une terrible canicule ! Puisqu’il faut toujours que le plaisir soit coupable…

Il fait si chaud, le serveur n’a pas exagéré, si j’avais su, j’aurais mis un short, un débardeur, quelque-chose de moins couvrant, de moins noir, il fait si chaud… On répète plusieurs fois «  Mais c’est incroyable cette chaleur… ». L’homme rit, lui est toujours « sous-habillé », t.shirt en plein hiver, jambes nues, décidément nous ne sommes pas fait du même bois.

 

La paisible place du village réveille (un fois encore !) mes fantasmes d’une vie plus simple, plus proche de la nature, l’arrivée des beaux jours agit comme un puissant stimulus: «  Et si on déménageait, et si on venait vivre ici… ».

On rêve, les ânes qu’on achèterait, les vignes, les oliviers qu’on cultiverait, les longues marches, depuis chez nous, la nature à perte de vue, la petite source au fond du jardin, les savants systèmes d’irrigation qu’on imaginerait pour alimenter le potager…

 

Ici la campagne n’est pas austère, ici elle vit. Evidemment, sous le soleil tout s’anime, tout revit, tout se montre sous son meilleur jour; la pierre rayonne, les chats se prélassent devant les maisons, tyrans domestiques autoproclamés, le village semble leur appartenir.

 

Le déjeuner s’étire, personne n’est pressé de partir, prendre sa dose, s’exposer encore et encore… Mais cette fois ça brûle, vraiment, on se lève enfin, chercher la fraîcheur des ruelles escarpées.

 

J’aime marcher dans les villages, regarder, partout, la beauté touchante d’une vieille porte, la puissance d’une forteresse moyenâgeuse, le petit détail kitch qui confère tant de charme, l’objet insolite (un pot rempli de playmobiles !), une inscription gravée sur la façade d’une mairie (« Défense de laver dans le bassin et d’en salir l’eau, sous peine d’amendes »). L’eau, élément si précieux de ces villages provençaux, la fontaine cœur de la communauté, point de vie et de rassemblement.

 

La douceur de vivre.

 

L’envie de ralentir, de prendre le temps, ces mots de Pierre Rabhi reviennent à mon oreille : « Qu’est-ce que c’est que vivre ? ». La beauté, indispensable préalable au bonheur, s’entourer de beauté, de paysages sublimes, de nature, de vert, d’ocre… Vivre ici juste parce que c’est beau.

Beau et si calme, pas un bruit si ce n’est ceux de la nature, celui de l’eau qui coule, le chant des oiseaux, le vent dans les feuilles, pas de pollution non plus, pas de voiture ou si peu… Une forme de paradis, de retour aux sources, à l’essentiel. Une vie plus simple, finie cette course en avant, cette sensation de toujours courir après le train. Réduire ses besoins, lâcher le superflu, la consommation pour atteindre l’essentiel.

 

Qu’il est beau ce fantasme, qu’il est puissant et de plus en plus prégnant…

 

Qu’est-ce que c’est que vivre ?

 

Le ciel est si bleu, cette lumière, cette lumière… Aucune mélancolie ne peut résister à ce spectacle, au loin le grand lubéron s’étire, vert, dense, l’été n’a pas encore carbonisé les couleurs, aplati la poésie.

 

Les romarins sont en fleur, j’écrase quelques bruns entre mes doigts, je respire ces odeurs de sud, de soleil, d’été. Je respire cette sensation de liberté qui s’empare de moi dès que je suis dans la nature, loin des villes, de la crasse, de la pollution, du manque d’espace, de la promiscuité forcée.

 

Qu’est-ce que c’est que vivre ?

 

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