Ces choses que l’on n’attendait pas

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Depuis vendredi il y avait cette excitation : le soleil, le soleil, le soleil. Mais vraiment, revenu, comme si c’était l’été, soudainement, 29° sur la terrasse. Plein sud, des pulsions délirantes pour un mois de mars : le maillot de bain, sentir la chaleur vite, partout, enlever le blanc, la couche hivernale, l’appel de la sève, de la vitamine D, autant que l’on peut, s’en remplir les poches, faire des réserves, on sait bien que demain ne garantit rien.

 

Mars est capricieux, un jour d’été, un jour d’automne, un jour de pluie, un jour de canicule et on recommence, dans n’importe quel sens. Mais tout le monde se laisse prendre, comme si ça allait durer, le sourire des gens que l’on croise, le soleil a miraculeusement effacé la petite mélancolie de l’hiver, le repli de survie, tout ça est derrière, comme si ça n’avait jamais existé.

 

La journée avait bien commencé, les rayons dessinaient une œuvre d’art conceptuelle sur les murs de la chambre, comme si Buren était intervenu. J’aime les éveils des samedis, traîner un peu au lit, laisser la journée venir doucement, me lever juste pour ouvrir la fenêtre, entrebâiller le store, faire entrer les rayons, se recoucher aussitôt, observer : les lignes se forment sur le mur, hypnotique. Et puis sentir, respirer les odeurs de printemps, être excitée simplement à l’idée du jour qui s’annonce glorieux, parce qu’avec ce soleil, ce soleil… Cette possibilité de grand air, de débardeurs, de shorts, des envies de s’acheter une robe neuve, fleurie, pourquoi pas ? La vie qui se réactive comme la sève des végétaux, vivre plus fort, oui ça c’est sûr.

 

La journée avait bien commencé parce que je n’en n’attendais rien que cette joie d’être dehors, de profiter du jardin, d’aller marcher dans la nature.

 

Je me lève enfin, en bas le chat partage la même excitation, il roule son gros bidon sur la terrasse déjà chaude, il étire ses pattes, son corps, exposer le plus d’espace possible au soleil. Je remarque que les fleurs roses sont sorties, déjà, c’est un signe ça ?! Le printemps ! Il est là ! La nature est une preuve de mes sensations profondes, il est là, il est là !

 

La baie vitrée ouverte à demie, l’astre s’invite à l’intérieur, même trop, éblouis, obligés de baisser les stores, quel bonheur… Peut-on être plus heureux que lors de ces retours de printemps ? Chaque année, comme si c’était la première fois, la même émotion, la même excitation, les envies d’arracher les mauvaises herbes, de planter des fleurs, d’acheter des coussins pour dehors, de nettoyer le salon de jardin, les nouveaux projets d’aménagement, là et là…. Je sors en pyjama, tasse de café à la main, le tour du propriétaire, le chat suit, comme s’il voulait prendre des notes, montrer son importance, à chaque arrêt il se frotte contre mes jambes, se roule à mes pieds, sur le dos, gratter le ventre, quel charmeur ! Je sais que les chats on asservi les hommes, esclaves volontaires, finalement ils ont compris comment l’être humain fonctionnait.

 

Je m’assois au bord de la piscine, il se couche à mes coté, enclenche un ronron bruyant et bienheureux, le bonheur est contagieux… Je suis bien, je n’attends rien. J’attrape mon téléphone, machinalement je regarde mes mails, prête à éliminer quelques insupportables spam, arrivés dans la nuit, promotions attirantes et incessantes, ventes privées, voyages à l’autre bout du monde, plages de rêves à portée de clic… S’ils savaient que le bonheur est ici… Je le vois parmi ces agressions consuméristes, un email d’une grande (mais vraiment grande !) maison d’édition, ça fait pourtant plus d’un an que je leur ai envoyé ce manuscrit ?! « Chère madame… Nous avions beaucoup hésité au sujet de votre manuscrit (…). Cependant, ayant à cœur d’accompagner les nouveaux talents, nous venons juste de nous rapprocher des éditions (…), dans le cadre d’un partenariat, et souhaiterions leur communiquer vos coordonnées. »

Je relis deux fois, je n’en reviens pas, je n’en n’attendais tellement rien, si cette grande maison d’édition m’écrit, si elle a «beaucoup hésité », cela valide mon travail. C’est un pas de géant, une fenêtre qui s’ouvre, devant il y un paysage infini, verdoyant, ensoleillé : la reconnaissance de ses pairs. Parce que tout le monde en a besoin, même si, bien sûr je ne l’attendais pas et je ne crée pas pour ça.

Mais quand même…

 

Je regarde le soleil en face, je me brûle, je m’en fous, aujourd’hui faut que ça brille ! Je sens les larmes, celles que l’on a retenues, parce que parfois on n’y croit plus à cette grande maison d’édition là, tout ce travail, tout ce travail… Mais jamais pourtant on a renoncé, parce que renoncer ce serait renoncer à soi… Et puis on songe à la vie en général, quand on n’attend rien, c’est là que les choses viennent, comme par magie, les choses vraiment faites pour nous, celles qui nous rendent profondément heureux.

 

Tout vient à point à qui sait attendre… La sagesse populaire dit cela, elle se trompe rarement cette sagesse là, et puis cette autre phrase me vient, Montaigne, comme toujours : « Il faut un peu légèrement et superficiellement couler ce monde, le glisser, non pas s’y enfoncer. » Ne rien attendre en somme, ne pas s’accrocher aux branches, lâcher prise, avoir confiance, quoi qu’il en soit, en la vie, en ce qu’elle va nous apporter de bon, de juste.

 

 

Ces choses que l’on n’attendait pas.

Elles viennent, un jour, comme ça, au détour d’un rayon de soleil, d’un cœur joyeux…

 

Chaque jour qui passe me rapproche du but. En avançant avec cette exigence de vérité, sans jamais renoncer à soi, les choses finissent par arriver. Ces choses qui forment nos rêves, les plus fous.

 

Sometimes dreams come true.

 

J’ai toujours près de moi, cette petite cuillère en argent que ma sœur a fait graver pour moi : « Never ever give up », je la serre plus fort aujourd’hui…

 

Merci la vie !

 

 

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