je suis ici

fiatlux

Je suis dans le métro, il est huit heures, la rame est bondée, je n’ai pas le choix, en taxi j’aurais mis des heures, mais j’ai pris de l’avance, j’aime arriver tranquillement, avoir le temps, ne pas courir. Le train s’arrête, message du conducteur : « trafic interrompu ». Les minutes passent, je bous, l’aiguille trotte, je vais être en retard. Mon voisin ne cesse de me toucher avec son sac, j’ai envie de le pousser, des pulsions violentes, qu’est-ce que la foule fait ressortir de moi ? Je respire, puisque je n’ai pas de prise sur cet événement, je rentre dans ma bulle, acier blindé, personne ne peut m’atteindre. La machine s’ébranle, vibre et s’ébroue, la sonnerie, c’est reparti. Nouveau message : les trois dernières stations fermées, je dois finir à pieds, M….! Je monte les marches deux à deux, l’air libre, enfin; je cours, sprint rue de rennes, je manque me faire renverser, je slalome, j’évite les obstacles, les gens qui prennent toute la largeur du trottoir (comment n’ont-ils pas conscience de leur corps, de la place qu’ils occupent !?!), les poussettes, les chiens, les enfants, les caniveaux changés en ruisseau… J’arrive, enfin, en nage, en retard, je déteste arriver en retard, le pire manque de respect, faire attendre les autres.

 

Je pousse la porte, je bafouille quelques excuses, personne ne relève, Paris. Paris blase, bataille rangée du quotidien, personne ne s’étonne plus de rien. Je m’assois, je me pose, je vide mon esprit, ici et maintenant, je sors mon cahier, j’écoute, j’écris, je suis là pour travailler.

 

Je suis là pour travailler mais je réalise la violence d’une telle vie. Courir, se battre, jouer des coudes, supporter les odeurs, les contacts, la crasse des transports en commun, les bruits, la pollution.

 

Les jours passent, je m’habitue, je ne remarque plus rien, je suis si fatiguée, si prise dans ce rythme, naturellement, je m’abandonne.

 

Je suis ici.

 

Est-ce moi ? Ma capacité d’adaptation/de survie ? Comme si, très vite, le corps, l’esprit rendaient les armes, se fondre dans la couleur locale, malgré soi ?

 

Je suis bien. Le soir je rentre, je retrouve ma sœur, je suis heureuse d’être avec elle, chez elle, son petit appartement, si mignon, j’aime l’odeur de l’immeuble aussi, le bel escalier en chêne, le bois lustré par les ans. Je suis avec elle et je suis bien, cette harmonie qui me rend invincible. Bien sûr, parfois, nous nous disputons, chez nous ça parle fort, haut, vrai. Comme si, de temps en temps, il fallait remettre les compteurs à zéro, parce que les faux-semblants, ce n’est pas dans notre ADN.

 

SISTERS

 

Je suis dans le TGV, retour à l’envoyeur, je pense à elle, à sa petite frimousse, je sens monter une vague de bonheur, quelle chance d’avoir une petite sœur, une amie pour la vie, quoi qu’il arrive, notre lien est indéfectible, assurance-vie de nos existences respectives, je chéris ces moments que nous venons de passer, ces heures à marcher dans les rues de Paris, pour découvrir le restaurant qu’elle a repéré, parce qu’elle est si exigeante et que j’aime cette exigence là. Se serrer dans les bras sur le quai de la gare, les larmes, je suis là petite sœur… Maintenant elle est à Pékin, je suis si fière d’elle, exploratrice, voyageuse, moi qui suis si mal à l’aise avec l’inconnu… Les paysages défilent, mes yeux se ferment, la ville, la grande, draine mon énergie, sortie de moi, la tête pleine du tourbillon de nouvelles rencontres, de nouvelles opportunités, aurais-je la capacité de tout faire ? J’ai dit oui, j’ai pris des engagements, maintenant, contre coup, j’ai peur, ne pas y arriver, ne pas être à la hauteur. Je respire.

 

On verra bien.

 

Un jour après l’autre. J’ai toujours avancé comme ça et, finalement, tout se fait, naturellement. Nos ressources, nos capacités sont toujours beaucoup plus grandes que ce que l’on imagine.

 

Les paysages changent, les toits pointus sont remplacés par les tuiles romaines, le sud est là. Mais je l’ai oublié déjà, si absorbée dans mon présent. Il arrive à grande vitesse pourtant, là où je suis, là d’où je viens.

 

Il m’attend sur le quai, il m’attend toujours sur le quai, il s’arrange toujours pour venir me chercher. Lui c’est chez moi.

 

Mais c’est toujours bizarre de rentrer, je suis mal à l’aise avec ça, il me faut un temps, ranger mes affaires, prendre une longue douche (se laver du train, de la ville, de la promiscuité et de la multitude). « Tu vas fondre ! » me crie-t-il depuis le salon. L’eau m’absout, l’eau permet le passage, d’un état à un autre.

 

Je suis ici.

 

J’avais oublié le soleil, je m’éveille avec lui, je n’en reviens pas de cette chance. Le calme, la lumière, la vue, la propreté.

 

Harmonie.

 

C’est le mot qui me vient.

 

Je suis ici.

 

Je bondis hors du lit, j’ouvre tout en grand, le chat vient se frotter, « tu lui as manqué ».Je fais le tour du jardin, je remarque les premières, les toutes petites fleurs, et puis l’amandier recouvert de bourgeons, la nature bouillonne, elle n’en peut plus de ce sommeil forcé, elle joue des coudes, à qui mieux mieux, les pieds dans les starting block, à vos marques…

 

Puisqu’il faut profiter, combien de temps cela va-t-il durer ? J’enfile mes baskets, s’ennivrer de nature, éliminer la ville, nettoyer les poumons.

 

Partir à l’aventure, avec lui je n’ai pas peur, carte IGN, boussole, couteau de survie, marcher, marcher, marcher. Brûler aussi, s’exposer, le visage, sentir les picotements, respirer les odeurs de thym, ramasser quelques brins pour l’infusion du soir, se frotter les mains avec et respirer encore.

Croiser les troupeaux sortis eux aussi de leurs étables, la trop longue trêve hivernale, tout le monde veut son quart.

Trouver un petit refuge, s’asseoir, longtemps, le bruit de la source, penser au paradis, à la vie sauvage, se dire qu’on aimerait bien aussi vivre comme ça, et si on essayait pour voir ?

 

L’équilibre.

 

Tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, faire pencher la balance entre les deux extrêmes, on le sait, désormais, que notre équilibre est dans cette oscillation des pôles.

 

Le paysage est à mourir de beauté, et cette lumière, cette lumière… On avait oublié à quel point on l’aimait…

 

D’un pôle à l’autre, extrême, aussi intensément que possible. Un maintenant sans borne dans lequel je m’abandonne, indolente et pour toujours, parce que maintenant, je suis ici.

 

Je suis ici.

 

 

fiatlux1 fiatlux2 fiatlux3 fiatlux4 fiatlux5 fiatlux6 fiatlux7 fiatlux8 fiatlux10

Favoris

Capture d’écran 2015-01-19 à 09.33.44

la disparition des lucioles

  Ce n’est pas une histoire lumineuse que je vais vous raconter aujourd’hui, ma gorge est encore serrée de ce malaise palpable, de ce désespoir qui suintait des murs délabrés.... Lire la suite ...

delos17

Apollon, Délos et moi

  Elle se mérite, on n’arrive pas sur une île comme ça, par hasard, l’insularité est une démarche volontaire. Il faut la vouloir, la désirer. Prévoir, prendre ses dispositions pour... Lire la suite ...

myk1

Mykonos

  D’abord il y a le bleu, en bas, en haut, celui du ciel et de la mer, partout, sur les toits des églises, les portes, les volets et puis... Lire la suite ...

Somtimes

Un an après

  Un an déjà(ici)…   Je rentrais d’un merveilleux séjour à Edimbourg, la ville dans laquelle vivait ma soeur, une parenthèse enchantée, un moment de partage, de joie, de légèreté... Lire la suite ...

Abonnez-vous !

laissez moi un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code