ces petits riens

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La tempête a battu la maison toute la nuit, les murs ont tremblé, le pauvre carillon de l’olivier n’en finissait plus d’émettre sa plainte, longue, aigüe, malmenée. Une accalmie, enfin, mais la prochaine rafale prépare son assaut. Je n’arrive pas à dormir, cela faisait longtemps que je n’avais pas passé une nuit comme ça, de l’électricité dans l’air, une énergie puissante et ravageuse, le vent. Les arbres se courbent, leur flexibilité les protège, courber l’échine, puisqu’il le faut. Le petit vélo dans la tête, tour de France de mes idées fantasques, à ce petit jeu, je suis une championne.

 

Je pense à l’amour. Je pense à l’amour parce que demain ce sera la Saint-Valentin, cette fête si décriée, reléguée au rang du kitsch ou pire, d’une célébration uniquement commerciale. Moi je pense que toutes les occasions sont bonnes pour dire aux personnes que l’on aime, qu’on les aime, pour s’offrir de petits (ou de gros !) cadeaux, pour célébrer ce cadeau de la vie qu’est l’amour.

 

Le petit vélo s’emballe, il fait des tours, monte le Ventoux, de cols en vallées il me laisse essorée au petit matin… Puisque je n’ai pas dormi… Je maugrée, la semaine commence bien! Ecrire sur l’amour ? Quelle idée ! Là vraiment, je ne vois pas du tout ce que j’aurais à en dire… Je descends l’escalier, en bas il fait bien chaud, l’homme a allumé un feu. La chaleur me réconforte immédiatement, toujours cette présence, cette énergie du foyer. Comme s’il s’agissait, chaque matin, de mettre en route la maison, et nous avec. La partie par le tout, le tout par la partie, métonymie/synecdoque de nos existences.

 

Passer de la tiédeur du lit à celle du salon, glisser doucement d’un état à l’autre, déjà je me radoucis, je me surprends à dire merci… Il n’est pas là, mais ce petit geste atteste de sa présence, de son attention, toujours si délicate, si subtile. J’avance jusqu’à la cuisine, le vent souffle encore et encore, violent, acharné, mais je sens l’odeur du café, mon odeur préférée, mon breuvage préféré. Le liquide noir fume, une si bonne raison d’apprécier les petits matins. Un geste de plus, merci, il a préparé le café, il a allumé le feu, il a coupé le pain qu’il a disposé dans le grille-pain, il a, comme chaque matin, écrit un petit mot, un petit mot d’amour… Kinder surprise de mes réveils, je me rue, sur ces feuilles blanches coupées en quatre, aujourd’hui, entre autres phrases, il a écrit cette citation d’Oscar Wilde : « Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles ».

 

Je la relis plusieurs fois, je sens monter une vague d’amour, de profonde gratitude, ces petites attentions du quotidien, rien ne décourage son ardeur, comment est-ce possible ? Ces petits riens… Je regarde autour de moi, malgré le temps maussade, la maison est inondée de lumière, je vois les fleurs qu’il m’a offertes la semaine dernière, je sais qu’il n’achète jamais un bouquet tout fait, il choisi chaque branche, chaque couleur. Je sais que lorsqu’il me fait un cadeau, il réfléchit longuement, il cherche, fouille, se renseigne : s’il offre un diamant vous pouvez être sûr qu’il sait désormais tout de ces pierres, taille, origine, pureté, conditions éthiques…

 

Ces petits riens…

 

C’est dans ces minusculeries du quotidien qu’un être se révèle, qu’un amour se révèle…

 

Car rien n’est plus puissant que le quotidien, c’est ça qui fonde un couple, c’est ça le vrai challenge d’un couple, survivre au quotidien, « puisque la vie est effroyablement quotidienne », écrivait Le Corbusier…

 

 

Puisque la vie est effroyablement quotidienne…

 

 

Happy Valentine’s day à tous les chevaliers du quotidien !

 

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2 Reactions

  1. stéphanie

    Tellement beau ce texte que j’en ai les larmes aux yeux. Je n’imaginais pas « l’homme » que je connais aussi attentionné.

    • julie

      Merci Stéphanie. Et oui, il n’a pas l’air comme ça, plutôt rustique, mais derrière les apparences….

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