De mon petit village fumer la cheminée

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Les départs, me sont toujours douloureux et les retours aussi. Je voyage mal parce que j’ai besoin des présents sans limitation pour m’étendre. Anticiper, faire ma valise, quitter mes habitudes, me trouble, fait vaciller mon équilibre, et puis les dés sont jetés, la valise dans le coffre. L’arrivée enfin, comme un chien qui avance sans se retourner, parvenue à destination, j’oublie, presque, d’où je viens et je m’adapte si vite, si bien, que l’idée de rentrer m’est instantanément douloureuse.

 

Je me demande comment on peut vivre ailleurs qu’ici, pourtant l’air humide et froid pique mes joues si fort, mes baskets sont maculées de boue, j’aurais dû prendre mes bottes en caoutchouc (j’aime tant mes bottes en caoutchouc). Le matin est encore endormi de brume, je suis seule, pas un bruit si ce n’est un bruissement, tout près, au bord du chemin. De l’autre coté c’est la forêt, immense avec ses hautes futaies, avec ses cerfs, ses biches, ses chevreuils, ses blaireaux, ses renards, ses lapins, ses faisans… Mais je suis seule alors je préfère marcher dans le village. Je fais le tour, parce que c’est mon rituel : quel que soit l’endroit, marcher pour découvrir, marcher pour s’imprégner des lieux, les sentir, les ressentir. Mais ici je connais, ici c’est chez moi, mes racines, je respire fort, l’air de plus en plus loin, je soupire, d’aise, retrouver mon « chez moi ». Tout m’est un ravissement : l’odeur de cet air que je respire, les senteurs de « vert », de chlorophylle, de mousse, de champignon, d’humidité : un pied devant l’autre, j’observe, les petites maisons en pierre de taille, les pignons en « pas de moineau », les toitures en ardoise, la sublime église, son étonnant clocher en bois, la mairie, sur laquelle il est écrit « mairie- école », un ordre rassurant, la fonction qui s’impose. Je marche depuis une demi-heure et je n’ai pas croisé de voiture, comment est-ce possible ? A vivre dans un endroit surpeuplé j’avais oublié que ce calme était possible, qu’un air sans particules fines existait. Je quitte les habitations pour me diriger vers les pâtures, les chevaux courent, libres dans leurs prés immenses, la forêt est toujours là, elle entoure le village, j’aperçois une biche, au loin, le troupeau qui suit. Je me fige, je suis au paradis, je veux vivre ici, je m’absorbe dans ce fantasme d’une vie plus simple, plus « pure ». Régulièrement cette fantaisie de vivre dans une petite ferme, un petit cottage, dans la nature, dans un petit village comme celui-ci, tranquille, le matin, je n’aurais qu’à enfiler mes baskets pour aller marcher, sentir le monde, l’air vivifiant, observer les canards sauvages sur le petit étang noir, le jour qui se lève douloureusement, parce qu’ici le soleil n’éclaire pas tout, il reste du brouillard pour la magie. Il n’y aurait même pas de clôture, puisqu’ici la vie est libre, la ville seule est une menace, un épuisement.

 

L’année s’achève, mes pas frappent le sol blanc de givre, la campagne est frigorifiée, je remonte mon écharpe un peu plus haut, j’aurais dû prendre un bonnet, mais je n’aime pas les bonnets. Je remets ma vie en question, la marche enclenche toujours ce genre de questionnements existentiels : quel est le sens de ma vie ? Qu’est-ce que c’est que vivre ?

 

J’ai fini l’année sur les rotules, c’est vrai, j’ai dit oui à tout, par peur (peut-être) de manquer une opportunité/d’argent/ d’amour ? Toujours cette peur… Décidément, j’ai encore du chemin à faire…

 

La question revient, lancinante, obsédante : qu’est-ce c’est que vivre ?

 

Je marche, je suis bien.

 

Je sais que cette vérité est là, évidente. Marcher, tous les jours sentir mes pieds sur le sol, respirer la forêt, l’air pur.

 

C’est certainement ça qui me met en colère, vivre dans un endroit si peuplé, si pollué. Comment avons-nous pu construire une telle aberration ?

 

J’ai besoin d’air pur.

 

J’ai besoin de respirer, vraiment.

 

Je respire, enfin.

 

J’ai coupé les ponts, ici il n’y a même pas de réseau, pas d’internet, quel soulagement.

 

Je pourrais marcher des heures, la machine est en route, le froid stimule la machine, la machine est en mouvement c’est son état normal de fonctionnement, elle a été prévue pour ça, la machine.

 

Je rejoins les habitations, au loin la maison de mes parents, la cheminée fume, promesse réconfortante d’un foyer accueillant. Dedans on fera des jeux de société, on jouera aux cartes, on mangera, puis on marchera, puis on dormira beaucoup, puis on parlera, puis on boira des vins naturels, plus que d’habitude, parce qu’ici on prend le temps de vivre à nos heures, de laisser nos appétits s’exprimer.

 

Il faut « couper » pour s’apercevoir de l’aberration de nos vies parfois, de cette course effrénée, au travail, à la renommée, à l’argent, à remplir le vide…

 

Qu’est-ce que c’est que vivre ?

 

Je rentre le cœur lourd et léger à la fois. La nostalgie « de mon petit village qui m’est une province et beaucoup davantage… », le cœur léger aussi de penser, qu’il y a cette possibilité de vivre autrement, que ce n’est peut-être pas inaccessible …

 

Que tout est peut-être beaucoup plus simple que je ne l’imagine.

 

 

Simplifier.

 

Le chat se frotte à moi, lui a eu peur que je ne revienne pas puisqu’il vit le présent éternel… La baie vitrée est inondée de soleil, c’est bien aussi finalement le soleil, le ciel bleu de l’hiver provençal, les odeurs de romarin qui persistent, comme s’il fallait un signe, un bouquet de bienvenue.

 

 

Le paradis est où je suis ?

 

 

Welcome 2017!

 

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2 Reactions

  1. LAURENCE BAUDOIN

    Je viens de découvrir votre site et tout EST BEAU, merci pour ce partage de belles choses, d’émotions et de pure bonheur.
    Une très belle journée à vous,

    Laurence

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