ce qui est

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Je suis de retour chez moi, presque hébétée, aspirée par un tourbillon, celui de l’été. Un été pas comme les autres, un été de soleil et d’ombre, d’étoiles filantes et de météorites, de repos et de grande activité, d’harmonie et de cacophonie, de sérénité et de tourmente.

 

Est-ce là ce fameux équilibre, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre ?

 

Il fallait que je parte, juillet avait été bien occupé, pas moyen de me retrouver seule, un petit peu avec moi. J’en ai tant besoin…

 

Et puis je n’aime pas la foule, je la déteste même et puis les villes l’été pire encore. Il me faut le calme, le désert presque. En Août, une gageure…

 

Je voulais la France aussi, quand lui ne veut que la Méditerranée, la brûlante, la bleue, la bien occupée.

 

Mais j’ai tenu bon, il faut dire que le couple parfois connaît des tourmentes, des tremblements qui font frémir les fondations. Les vacances pour se retrouver, ou s’éloigner un peu plus, le résultat sera sans appel.

 

Je veux la France et je veux la France PROFONDE. Je veux les châteaux, je veux les vaches, les odeurs de ferme, les chevaux, les étangs, les longues balades à vélo, les ciels si purs qu’ils débordent d’étoiles, je veux reconnaître les constellations, je veux voir des hérons, des cygnes, des renards, des cerfs, des chevreuils, je veux la nature, le frais aussi, je n’en peux plus de ce soleil qui écrase tout, qui annihile la rêverie.

 

Le viaduc de Millau est une frontière, je l’imagine toujours comme une porte contemporaine, qui sépare le monde « civilisé » de l’autre. L’autre France, celle qui me manque tant… celle des réveils frais et calmes, des envies de me lever aux aurores pour voir la nature s’ébrouer de sa nuit.

 

L’autoroute est loin derrière, j’ouvre les fenêtres, de parcs naturels en villages, le paysage me divertit, me fait oublier les petits et les grands soucis.

 

Dieu que j’aime mon pays, chaque fois sa beauté me surprend, me trouble, l’Aveyron, puis le Périgord. Ce n’est pas possible d’avoir droit à tant de beauté. Un coin de campagne vallonnée, les maisons paysannes, les toits en lauze… L’architecture vernaculaire raconte la vie des gens, autrefois, tellement touchant. Une petite échauguette sur un château maladroit, quelques ruines éparses, une tour de garde, un prieuré abandonné, une poule traverse, je suis loin, je ne suis plus là, pour personne.

 

Je visite, je voudrais tout voir, mais il y a tant à découvrir… Je veux apprécier, ralentir mon ardeur, d’où me vient cette passion pour les châteaux, les grottes, les mystères du passé ?

 

Je pose mes valises enfin, je n’ai pas l’âme d’une nomade ça c’est sûr…

 

Un domaine de mille hectares, un château, des étangs, des métairies, des bois, des chevaux, de grosses vaches limousines, je suis au paradis, j’avais au moins besoin de ça, de cet écrin pour allonger ma rêverie et ma petite mélancolie. Ici elle pourra s’étendre, ici personne ne viendra la déranger.

 

Je me lève tôt, je ne veux pas perdre la nature de vue, je veux suivre ses rythmes, ses évolutions, ses nuances de couleurs, à pied, à cheval, en barque ou à vélo, je la traque, je l’observe, elle m’a tant manqué…

 

Je médite au bord de la rivière, le bruit de l’eau lave mon esprit de cette fin d’année destabilisante, je laisse le courant emporter ce qui doit l’être, tout.

 

CE QUI EST

 

Ici, il n’y aura que cet adage. Je caresse les limousines à la robe brune, énormes bêtes, leurs yeux si doux me rassurent, j’ai tant besoin de cette douceur là, de cette bienveillance aussi. Faire le serment, encore et encore, de ne plus laisser entrer que cela dans sa vie intime: douceur, bienveillance, intelligence. Il faut que je donne ça aussi, que je ne me laisse pas endurcir par les épreuves, parce que je deviens dure, malgré moi. Ouvrir, le cœur, séance de yoga au bord du lac, l’herbe est encore mouillée de rosée, pas besoin de tapis, je veux sentir la terre, m’ancrer, encore et encore.

 

Ouvrir, faire confiance.

 

Et puis je plonge, nager, longtemps, au début l’esprit s’arcboute, il compte les longueurs, et puis il cède, pris par cette méditation en mouvement.

 

Ce qui est.

 

Occuper ses journées de rien, manger, marcher, pédaler, cueillir des fleurs, observer le manège de la famille ragondin, en fin de journée, en être émue, comme si la nature nous ouvrait une porte ou plutôt la possibilité de regarder par le trou de la serrure. Privilégiée.

 

Un aigle, immense, s’envole juste devant moi, effrayé par le vélo, le pauvre n’a pas l’habitude d’être dérangé, ici c’est chez lui.

 

Le tour du domaine, tellement bien ici,tellement bien… Une vie immergée dans une campagne chantante, un immense potager, manger le poisson des étangs, les salades d’herbes sauvages, revenir les doigt noirs de mûres, les genoux griffés, piquée par les taons, rien à faire.

 

Rêver dans la petite bibliothèque (une bibliothèque n’est-elle pas la plus charmante des pièces?), composer des histoires, un peu gothiques, un peu mystérieuses, s’abandonner à une douce nostalgie, s’y complaire presque.

 

Voir, tout voir.

 

La lune est grosse, elle éclaire l’étang noir, les eaux profondes, je songe à des histoires de Maupassant, effrayantes, je demande à l’astre, au passage, des réponses aux questions que je ne peux dire à personne. Elle gardera le secret, je le sais.

 

Mystique.

 

Le soir, j’enfile un gilet, depuis combien de temps n’ai-je pas fait ce geste de me couvrir ? La nuit est fraîche, les chouettes hurlent, la vie des animaux reprend ses droits, chacun son quart.

 

Ce qui est.

 

Ce qui est…

 

Sera

 

?

 

 

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