la plage, les rouleaux et les glaces en pot

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Je ne sais pas pourquoi j’aime tant la plage, surtout les premières, quand le corps a tant manqué de soleil: brûler, brûler, brûler encore. Mais il y a autre chose, l’ambiance, la promesse des vacances…

 

Quelque-chose de léger, de frais, de joyeux: les couleurs criardes des jouets en plastique, des bouées, des paniers, des foutas; le bazar dans lequel on achetait une épuisette pour pêcher les crevettes grises, un petit seau, une pelle, un râteau, les souvenirs d’enfance, de joie outrancière, parce que la plage c’était le paradis, le degré ultime du bonheur, de la liberté retrouvée.

 

D’abord il y a les odeurs, de fleurs, de végétation exubérante, parce qu’ici tout pousse, tout sent plus fort: les Bougainvilliers fuchsia, les jasmins envoûtants, les palmiers ventrus, on en rêve de cet exotisme là. Et puis il y a les embruns, le petit vent qui fait respirer, plus profondément, on a l’impression d’un grand nettoyage, les poumons nets, l’eau nettoiera le reste.

 

Parce qu’à peine posé le panier,  on se jette à l’eau, on a tellement chaud, et puis les vagues… L’âme d’enfant revient, jouer, sauter, se faire malmener par les rouleaux, la série recommence, elles reviennent, énormes. On sent le petit frisson, la puissance de l’élément quand il se déchaîne, on boit la tasse, une fois, deux fois, on avait pas vu venir cette déferlante là, l’homme rit, on lui en veut un peu de se moquer, mais c’est de bonne guerre; brassée, essorée, on sort recouverte de petites algues brunes; on s’avachit sur le transat mou, on cherche les rayons, pour sécher, vite. Le ventre se rebelle, le grand air forme des appétits féroces, heureusement à la plage il y a des snacks, des choses que l’on ne mange jamais dans la vraie vie, on commande un thé glacé bien sucré, avec un Pan bagnat gigantesque, un grand pain rond, bien blanc et puis des frites, tant qu’on y est… Mais ici on digère tout très bien, le ventre ne gonfle même pas, comme quoi, le plaisir fait tout passer…

 

Après on ira chercher une glace, un cône, ou un pot que l’on dégustera avec une mini spatule en plastique rose, les souvenirs remontent encore et c’est très bien, parce qu’ici on a le temps de les contempler. On s’endort après ce repas diététiquement incorrect, on se vautre dans cette petite transgression, écrasée sur notre serviette chaude et sableuse, on s’abandonne à rêver, loin, autant qu’on veut…

 

Le bruit des vagues berce, les embruns font frissonner notre peau déjà cuivrée, on se redresse, doucement, on regarde autour, les gens, les couleurs criardes, la voix du vendeur de chichi, les enfants qui tentent de vider la mer avec leur pauvre seau, les mères zélées qui les poursuivent avec un tube de crème, mais l’enfant déteste la crème, et tout ce qui contraint sa nature de petit despote. On étire ses pieds, on contemple le verni, la couleur pop, puisque c’est l’été, tout est permis…

 

La semaine est loin, on le voit débrancher, l’eau c’est son grand kif, il attrape son masque et ses palmes, part loin, on s’inquiète toujours un peu, puisque c’est ancré dans notre nature… Mais on ne dit rien, on regarde l’horizon simplement, on aimerait ne pas le quitter des yeux et puis le spectacle absorbe, on voit les paddle, les surfeurs, les grosses vagues qui reviennent.

 

La chaleur est désormais insupportable, on s’extirpe de sa torpeur, le sable brûle encore les pieds, on grimace jusqu’à l’eau, comme si ça allait changer quelque-chose… Et puis on plonge, direct, le contraste nous coupe le souffle, mais très vite, il n’y paraît plus, on nage, loin, mais quand on tourne la tête, la plage nous semble toute petite, alors on revient, vite, parce qu’au fond,  il y a toujours cette peur archétypale, le monstre marin, JAWS, on ne s’en est jamais tout à fait remise…

 

L’homme vient à notre secours, les grosses vagues reprennent, la tasse encore, il rit, on lui balance  une brassée d’eau, on rit aussi, la mer a tout emporté avec elle: le temps, les soucis, le quotidien…

 

Demain? Peu importe la semaine à venir, ici elle n’existe même pas.

 

 

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