Chartreuse de La Verne

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J’aime la France, j’aime mon pays, j’en suis amoureuse, folle… Aussi loin que je me souvienne je suis captivée par son histoire, son mystère, je veux faire des détours, visiter grottes, châteaux, sites remarquables ; quand je lis, quand j’entends parler de l’un d’entre eux, je prends des notes, j’en ai tout un carnet, voir, explorer mon merveilleux pays. Juste là, tout près,  il y a des merveilles, des éblouissements, des raisons de croire en Dieu, en quelque-chose d’infiniment GRAND.

 

Le massifs des Maures, j’étais souvent passée à coté, en allant à Saint-Tropez, la sublime route de la Garde-Freinet, je voyais, au loin, les montagnes, les forêts qui me semblaient si épaisses, si pleines de promesses de randonnées infinies. Je savais aussi qu’une chose extraordinaire se cachait en son cœur, je savais qu’il fallait mériter ce joyau, marcher longtemps, gravir un terrain escarpé, mais j’aime ce qui se mérite, car à « vaincre sans péril on triomphe sans gloire… ».

 

 

Hier c’était décidé, c’était le jour, une évidence, la Chartreuse de la Verne, serait à nous, j’étais excitée, tellement excitée à l’idée de partir à l’assaut de ce massif mystérieux, de cette retraite mystique.

 

Nous nous perdons, bien sûr le GPS est exclu ou serait l’aventure autrement ? La technologie a annihilé le mystère, le goût de l’exploration, alors qu’une carte… Elle promet des trésors, des découvertes, des surprises… Se perdre c’est s’ouvrir à la possibilité de l’éblouissement.

 

Alors nous nous perdons, nous faisons demi-tour, plusieurs fois, les petites routes de campagnes sont bordées de champs blonds, blonds comme les blés justement, les ânes, les vaches, les chevaux, douce France… Chaque fois c’est l’extase, l’ombre des platanes, les odeurs, de fleurs, de crottin, de nature… Douce régression, temps suspendu, ici ce n’est plus le XXIème siècle, la vie au ralenti, un tracteur encombre la toute petite route, nous avons le temps, l’obligation de ralentir et c’est très bien comme ça.

 

Collobrières est enfin en vue, c’est de là que nous partirons, l’ascension du massif, point de départ de mes espérances.

 

Le village est ravissant, désuet, le petit pont, la guinguette recouverte de jasmins odorants, la fabrique de marrons glacés (c’est l’activité locale, les châtaignes font vivre les habitants, depuis des générations), le retour promet des extases pour mon ventre de gourmande, les marrons glacés sont mon péché mignon, ultime, la glace aux marrons n’en parlons pas…. Mais ce sera pour après, après l’effort que je sais intense.

 

Je me suis préparée, parce que chaque randonnée me paraît toujours un Everest, au fond je suis une petite paresseuse qui préfère manger des glaces en regardant passer les gens, mais j’ai quand même ce besoin de nature, de sentir mon corps se mouvoir, marcher, parce que je sais que nous sommes faits pour ça, j’ai même ma conviction profonde : la bipèdie (la marche), est ce qui a contribué à nous faire évoluer: homo erectus. Alors ne plus marcher serait se couper de sa nature, de ce qui fait de nous des hominidés.

 

Un pied devant l’autre, nous pénétrons dans la forêt, profonde et sombre. Je ressens quelque-chose, je lui demande : « – Tu as pris ton couteau ? » Il rit, bien sûr, lui n’est pas peureux, moi je sens une atmosphère, bizarre. Je sais l’histoire de cette forêt, elle abritait les voleurs, asile de voyous, bandits de grand chemin, le sang a dû couler ici. Les arbres grincent, les ronces me déchirent les jambes, je ne suis pas rassurée, j’ai l’impression de déranger… Au détour d’un sentier nous tombons sur un étrange abri de pierres sèches, quelques roches assemblées de façon étrange, rituels magiques ? Maison de sorcière ? Je sais que l’endroit que nous allons visiter a été construit au XIIème siècle sur les ruines d’un temple païen, un temple dédié à la déesse Laverna, protectrice des… voleurs… Il doit bien en rester l’esprit, puisque je crois que tout garde la trace de tout… Rien ne s’efface, rien ne disparaît… Je le vois rire en coin, mes histoires d’enchanteur l’amuse, pourtant, il ne me contredit pas plus ça, il ressent lui aussi, l’atmosphère oppressante.

 

Les cuisses brûlent, nous marchons d’un bon pas, comme s’il fallait sortir, vite, de cet endroit, les troncs torturés jalonnent notre chemin, je frissonne (mais j’aime ce petit frisson!).

 

Enfin, la lumière revient, nous sortons des sous bois, le panneau indique : Chartreuse de la Verne, 1 km. Je respire mieux, je soupire, je vide la gourde, nous reprenons notre course.

 

Je pousse les branches, je peste un peu, nous marchons depuis si longtemps… Je lève la tête, elle est là, juste derrière les arbres, majestueuse, plantée au sommet du massif escarpé : la Chartreuse.

 

 

Je n’en reviens pas, lui non plus, la fatigue est oubliée, instantanément, la beauté se mérite, y venir en voiture serait une aberration.

 

Sourire extatique, je cours à sa rencontre, je regarde partout, partout, les pierres, ce somptueux portail en Serpentine, cette étrange pierre verte, la vierge trône, je pense à Laverna, à Isis, la face féminine de Dieu.

 

Je trépigne, nous allons visiter ce lieu !

 

La petite porte est une promesse de magie, nous entrons dans la pièce sombre et fraîche, deux petites dames nous accueillent, hors du temps, comme ces lieux cachés du monde, ici c’est loin, ailleurs, en dehors de… 4ème dimension, certainement.

 

Nous avançons de pièce en pièce, l’architecture, austère, minimaliste est au service de la fonction : cellier, gigantesques pressoirs, fours à pain, bergerie… Sas laïc, poste frontière entre le profane et le sacré ; des chants liturgiques s’échappent de la chapelle romane, incantations mystiques, nous avons traversé le pont.

 

Cloître, déambulatoire méditatif, jardin de rose, préfiguration du paradis, petite vierge dans son alcôve, poétique intermède, je songe à cette possibilité de retraite, ici le silence est roi, ici, il s’agit d’être. J’observe les cellules monastiques : un minuscule lit en alcôve, un bureau devant une étroite fenêtre qui ouvre sur ce jardin de roses, le coin pour méditer et prier, le tout petit cabinet de toilette, les murs badigeonnés de chaux blanche. Ecrire, écrire, écrire ; prendre le temps de rêver, de laisser vagabonder son esprit, sans but, la paix me contamine, ici c’est obligé.

 

Nous ressortons enfin, le soleil, violent contraste, nous ramène à la vie, à l’activité, au monde tel qu’il est.

 

Nous redescendons sans parler, comme si la vie monacale avait imprimé sa marque, vœux de silence ? Mais bien vite, le péché nous rattrape : je n’ai pas oublié la fabrique de marrons glacés, ses glaces : «  une triple s’il vous plaît… ».

 

Après l’effort, le réconfort, quel bel adage !

 

Assise sur le petit pont de pierre, je déguste (dévore) ma TRIPLE glace, j’aurais pu en manger quatre, mais j’ai levé les yeux vers l’ermitage, tout là-haut, la gourmandise, l’un des 7 péchés capitaux…

 

La transgression, rend les choses encore meilleures…

Et puis dans ma religion à moi, on dit que le plaisir est Sacré.

 

 

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