Jusqu’au sombre plaisir d’un coeur mélancolique

mélan

 

La maladie attaque d’ordinaire au printemps. Malgré le renouveau, les injonctions d’être heureux, plus fort. Tout incite à la joie : le soleil revenu, la lumière éclatante, les journées à rallonge. Comme s’il était de bon ton d’être joyeux, simplement parce que toutes les conditions sont réunies. Alors la petite bête s’éveille, peut-être profit-telle de ce substrat favorable ?

 

D’abord imperceptible, une patte qui dépasse, un entrain qui n’en est pas un, des prétextes pour ne pas sociabiliser. Puis tout le corps passe, sombre cafard, il trotte et cavale, épanoui, décomplexé, aplatissant ce qui nous appartenait auparavant : notre volonté.

 

D’abord on lutte, comme des sauvages, on s’en veut tellement, on culpabilise, on a été dressé pour ça. On juge, on maltraite, quelle faiblesse que cette petite tristesse! On cherche des solutions, des subterfuges pour masquer le trouble, le contenir tout au moins. On sort l’artillerie lourde, le grand air, l’activité physique: un footing ! Mets-toi un bon coup de pied aux fesses, ne t’écoute pas !

 

Mais les pieds ne décollent pas, ils traînent davantage, on finit par racler le bitume.

 

Ventre à terre, on ne peut pas descendre plus bas.

 

Alors on dépose les armes, vaincus. On s’abandonne à cet accès de bile noire, puisque l’antiquité nous dit qu’il est l’apanage des génies…

 

On laisse le liquide se répandre partout, on prend même du plaisir à le sentir passer, des pieds jusqu’à la tête il ne trouve plus aucun obstacle.

 

On est parti.

 

Seul au milieu du néant, vide intersidérale, on se laisse flotter, on ne veut rien, on attend rien. L’être s’aplatit, l’ego tyrannique n’est plus : ce que je crois être, ce que je dois être.

 

On se roule en soi, bien au chaud dans ses entrailles. La souffrance peut s’exprimer, on lui laisse toute la place. Petit chat en boule, on s’enfonce dans cette langueur vaporeuse, on étire une patte, puis l’autre, tout le corps enfin. L’apathie se transforme en une sorte de volupté grasse, l’inertie en une espèce de clairvoyance, d’état second; On flotte entre deux mondes, on entrevoie l’absence de sens, le Teatrum mundi. Mais cette réalité sèche ne nous fait plus peur, on l’observe c’est tout.

 

Regardé droit dans les yeux le désenchantement se dérobe, penaud, puisqu’on ne le craint plus.

 

On se prend dans les bras, petit enfant blessé, on a bien le droit d’être triste, vulnérable. On écoute ce que la douleur veut nous dire, on lui laisse le temps dont elle a besoin, on la berce, on la cajole, on la couche contre son sein. Alors elle s’endort peu à peu, apaisée par cette profonde bienveillance.

 

Elle reviendra d’autant moins violemment qu’elle sait qu’ici on ne la méprise pas.

 

Puisque la lumière n’existe pas sans l’ombre…

 

 

Jouir, Extrait; Work in progress…

Favoris

Capture d’écran 2015-01-19 à 09.33.44

la disparition des lucioles

  Ce n’est pas une histoire lumineuse que je vais vous raconter aujourd’hui, ma gorge est encore serrée de ce malaise palpable, de ce désespoir qui suintait des murs délabrés.... Lire la suite ...

delos17

Apollon, Délos et moi

  Elle se mérite, on n’arrive pas sur une île comme ça, par hasard, l’insularité est une démarche volontaire. Il faut la vouloir, la désirer. Prévoir, prendre ses dispositions pour... Lire la suite ...

myk1

Mykonos

  D’abord il y a le bleu, en bas, en haut, celui du ciel et de la mer, partout, sur les toits des églises, les portes, les volets et puis... Lire la suite ...

Somtimes

Un an après

  Un an déjà(ici)…   Je rentrais d’un merveilleux séjour à Edimbourg, la ville dans laquelle vivait ma soeur, une parenthèse enchantée, un moment de partage, de joie, de légèreté... Lire la suite ...

Abonnez-vous !

laissez moi un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code