COMMENCE ET OSE

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Mon corps me fait mal: courbatures, tensions, il porte la marque de ma «nouvelle» vie, il travaille beaucoup, brave petit soldat, accomplit sans bruit et sans cri ce que je lui impose. Mais hier matin j’ai senti la rébellion, j’ai quand même dit « oui » à cette « petite »randonnée, mais elle s’est transformée en grande randonnée… Il fallait pourtant mettre un pied devant l’autre, avancer, coûte que coûte ; le mental prend le relais, puisqu’il le faut.

 

Je sens le tout frémir, vaciller. Je n’ai pas assez mangé, je n’ai pas assez dormi, j’ai trop poussé la « machine », mes jambes tremblent : fébrile.

Fébrile alors que je suis devenue forte.

 

FORTE?

 

Je m’assois, je fais quelque-chose d’inhabituel au cours d’une randonnée : je m’assois. Je m’assois parce que je ne peux plus avancer, je m’assois maintenant parce que l’environnement est sublime, parce qu’au dessus de moi le ciel est bleu, parce qu’autour la végétation exhale des odeurs de printemps, parce que les ruines de ce barrage romain sont si romantiques, parce que le son de la cascade, parce que ce bruit d’eau lave, apaise mon esprit.

FORTE…

Assise sur cette pierre polie par des siècles de fesses, cette jolie pierre couleur beurre frais qui a dû en voir passer des désespérés, des poètes, des amoureux, des enfants joueurs, des contemplatifs… Je marque une pause.

 

Que-suis-je devenue ?

 

Petit oiseau blessé, à fleur de peau et de larmes, hypersensible, frêle… Je regarde mes quadriceps désormais marqués, mes jambes, douloureuses de courbatures, d’efforts intenses, chaque jour renouvelés… Où est le petit oiseau fragile ? Je suis épuisée, mais j’avance cependant, forte.

 

FORTE!

 

Depuis combien de temps n’ai-je pas versé de larmes ? Je tente un calcule, je plonge dans les limbes de mon cerveau hyperactif, j’ai plutôt bonne mémoire, mais rien ne me vient, depuis combien de temps n’ai-je pas pleuré ? Un an, deux ans ? Plus ?!

C’est vrai que je n’y arrive plus, aurais-je fermé une porte ? Serais-je devenue insensible ? Suis-je simplement bien, équilibrée ? Serais-je parvenue à ce Graal des temps moderne : l’équilibre.

 

Equilibre.

 

Que signifie ce mot ? Un juste milieu serein, morose en somme, ou le balancement d’un pôle à l’autre, d’un extrême à l’autre ?

Des moments dans nos vies pour pleurer toutes les larmes de nos corps, d’autres, plus apaisés ?

Des périodes de passion, de tristesse, de sensibilité extrême et puis d’autres plus calmes, plus ancrées?

Serait-ce cela l’équilibre ? Passer d’un pôle à l’autre, jouir entièrement chacun, chaque état, le vivre d’autant mieux que je l’aurai vécu « à fond » ?

 

FORTE…

 

Ou peut-être ce fameux « privilège de l’âge » ? La quarantaine « forte », j’oserais même le mot « puissante ». La sensation d’avoir trouvé cette force, cette confiance aussi, en moi, en la vie, en ce qui est.

 

Ce qui est.

 

Maintenant, toucher du doigt cette sensation que rien n’est si précieux que ce que je vis aujourd’hui. Jouir cet inestimable maintenant, car, désormais on a pris conscience du compte à rebours, de la valeur des jours, chacun comme un nectar, chacun, jusqu’à la lie.

Vivre n’est pas pour demain, avant on se disait : « l’année prochaine ça ira mieux, j’aurai ceci, cela, j’aurai accompli ceci, cela.. » ou «  quand j’aurai… je serai » ; aujourd’hui on sait que rien n’est plus dangereux et irrationnel que cette façon de vivre à crédit.

Ma force, ma force d’aujourd’hui c’est d’avoir senti, cette puissance de l’instant. Ne pas vouloir plus, ni mieux, ni plus tard, ni autrement, mais vivre, ce que j’ai, comme je suis, maintenant.

 

Je suis assise sur ce rocher frais, l’eau coule, tout passe, je le sais, je ne peux rien retenir, rien diriger, rien contrôler, ni personne. Je suis dans ce courant qui ne s’arrêtera jamais, bien sûr je songe aux mots d’Aristote :

 

« Commence et ose être sage ; Différer l’heure de bien vivre c’est faire comme ce paysan qui attend pour passer le fleuve, que l’eau ait fini de couler. Mais le fleuve coule et, roulant toujours, coulera pour l’éternité. »

 

Commence et ose…

Commence parce que c’est maintenant, le bonheur n’est pas pour plus tard, ni pour ailleurs, ose parce qu’il faut oser, ne plus avoir peur.

Ne plus avoir peur…

 

Ça ira.

 

Ça va.

 

 

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