Félicité

FELICITE

 

Félicité: grand bonheur; contentement intérieur; béatitude

 

 

Sans dessus dessous, emportée hors de moi, les mêmes causes produisent les mêmes effets: Paris m’éloigne de moi-même.

 

D’abord je n’y prête pas garde, je me grise de la ville, la grande, la rapide, la trépidante, je marche vite, je cours après le métro, comme si ma vie en dépendait, comme si je n’avais pas le temps de prendre le prochain. J’avale les kilomètres et les quartiers, make the most of it, mes pieds chauffent et brûlent, je ne les écoute pas. Je dors peu, mal, je mange moins, je respire à demi, même plus avec mon ventre. La ville me contamine, mémoire cellulaire ou mimétisme frénétique?

 

Même le cours de yoga auquel j’assiste me semble « hors sol »: rentabilité, inhumanité, vingt-deux euros le cours collectif, une heure « sharp », pas de temps à perdre, mon sourire est remballé, time is money…!

(Est-ce que je donne le nom de ce studio pourtant réputé, de cette prof chaudement recommandée, non, ce ne serait pas « yogique », il existe déjà tant de guerre en ce domaine, tant de police du yoga… Ne dis rien Julie! Moi qui ne compte pas « strictement » mon temps, qui me dit que donner des cours de yoga, c’est vouloir aider l’autre, donner un peu (beaucoup) de soi, chercher, révéler la lumière, faire du bien…)

Inutile digression, chacun fait comme il peut/croit être bien (vraiment?!).

 

Je sens quelque-chose rétrécir en moi, mon ADN se contracte, le pauvre, lui qui aime tant notre Slow-life. Mais, brave petit soldat, il donne le change, repli son tapis sans rien dire, tire sa lourde valise, slalome entre les passants pressés, évite les chauffeurs hystériques, subit l’air pollué, les mines renfrognées. Malgré sa bravoure, je le sens donner des coups de pieds, la peau n’est plus ce qu’elle était, le petit hâle aixois s’est laissé ternir, grise, puisque sourire est malvenu, la couleur sombre contamine tout sur son passage. Mes cheveux ont repris leur forme parisienne: mousseux, entre pluie fine et éclaircie, ils se rebellent eux aussi, cendrés.

 

Il m’appelle, il me dit: « le cerisier est en fleur! »

J’ai envie de crier, pourquoi ne m’a-t-il pas attendue?!

Je guette ce moment et maintenant, c’est malin, je ne verrai pas cette beauté.

 

 

Je suis rentrée ce matin, le cerisier m’avait attendue, il avait gardé ses fleurs encore quelques jours, cherry blossom, juste pour moi, j’en suis certaine.

 

Une odeur de printemps, de fleurs à peine écloses,  cette fois c’est sûr, il est bien là. Je déroule mon tapis de yoga, fi des grands studios parisiens, des « super stars », je préfère être seule. Je fleuris Ganesh, mon cher Ganesh, je lui dis ses mantras, les yeux fermés, les mains en prières, OM GAM GANAPATAYE NAMAHA, enfin je peux entrer en moi, renouer le contact avec cette partie si intime de mon être et si universelle à la fois. La nature guide cette méditation, le soleil brûle ma joue gauche, les abeilles bourdonnent autour de moi, vibration primitive, corps de félicité. Je n’ai aucun effort à produire pour entrer dans l’instant, je suis l’instant, je respire avec le petit vent qui remue mes cheveux, je sens les tâches de rousseur se former sur mon nez.

La pratique s’imprime d’elle-même, je laisse venir à moi les asanas dont j’ai besoin, naturellement maintenant, l’intuition guide l’enchaînement, ouverture de coeur, puisque j’ai besoin d’expansion…

 

Mon petit ADN renfrogné retrouve sa place, il s’ouvre, s’aère, respire avec moi.

 

Ganesh me regarde, espiègle, son gros ventre m’apaise, j’ai besoin de m’ancrer, tellement besoin de m’ancrer. La ville m’a éparpillée. Je recolle les morceaux, doucement, un mouvement/un souffle, la conscience dans chaque partie du corps, jusqu’au bout des doigts, l’air sur ma peau, je frissonne d’aise et de plaisir, le soleil picote davantage, j’aime tant pratiquer à l’extérieur, Guerrier II: mon regard se plonge dans le ciel, le bleu, l’infini.

 

Macrocosme qui régénère mon microcosme, l’éléphant et la souris, Ganesh porte ces symboles. Dans sa main droite le fruit, la douceur, la récompense pour le chercheur de vérité.

 

Le chercheur de vérité…

 

J’ai besoin de ce rappel, pour ne pas me perdre, dans les compétitions, les luttes, les fausses aspirations, les déballages d’ego.

Rester sur son axe, je songe aux mots de Montaigne:

« Composer nos moeurs est notre office, non pas composer des livres, et gagner non pas des batailles et provinces, mais l’ordre et la tranquillité à notre conduite. Notre grand et glorieux chef d’oeuvre, c’est vivre à propos. »

 

Vivre à propos, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, Montaigne était un grand yogi…

 

SOPHIA UNIVERSALIA, SOPHIA PERENNIS

 

Le yoga n’a pas le monopole de la sagesse, de la pleine conscience, c’est un fond commun, éternel, une simple question de connexion à soi, d’intuition et de recherche de vérité.

 

Car au fond, c’est de cette quête dont il s’agit, toujours la même: Qui-suis-je? Où vais-je? Y-a-t-il un sens à tout cela?

 

Il existe différentes routes pour parvenir à un sommet, chacun la sienne, chacun à son rythme. J’ai plutôt un train de sénateur, prendre le temps de marquer chaque pas, d’observer le paysage, le ciel, après tout, la vie est une randonnée, une jolie randonnée, prendre la mesure et le plaisir d’être sur ce chemin car rien ne nous dit que nous parviendrons au sommet; serons-nous assez forts? assez sages? Est-ce vraiment le but?

 

Moi j’ai de bonnes chaussures et un sac à dos bien rempli: de délicieuses choses à manger,  une couverture confortable, un gilet tout doux, une boîte d’aquarelles et de bons livres … De quoi passer les cols escarpés, me replier en cas d’orage, peindre quand le corps n’avance plus, courir quand l’énergie est là, dormir quand la nuit arrive, manger si la faim me tenaille.

 

Félicité.

 

« Il n’est rien si beau et légitime que de faire bien l’homme, et dûment, ni science si ardue que de bien et naturellement savoir vivre cette vie; et de nos maladies, la plus sauvage, c’est mépriser notre être. » M.

 

 

 

FELICITE5FELICITE1 FELICITE2

Favoris

Capture d’écran 2015-01-19 à 09.33.44

la disparition des lucioles

  Ce n’est pas une histoire lumineuse que je vais vous raconter aujourd’hui, ma gorge est encore serrée de ce malaise palpable, de ce désespoir qui suintait des murs délabrés.... Lire la suite ...

delos17

Apollon, Délos et moi

  Elle se mérite, on n’arrive pas sur une île comme ça, par hasard, l’insularité est une démarche volontaire. Il faut la vouloir, la désirer. Prévoir, prendre ses dispositions pour... Lire la suite ...

myk1

Mykonos

  D’abord il y a le bleu, en bas, en haut, celui du ciel et de la mer, partout, sur les toits des églises, les portes, les volets et puis... Lire la suite ...

Somtimes

Un an après

  Un an déjà(ici)…   Je rentrais d’un merveilleux séjour à Edimbourg, la ville dans laquelle vivait ma soeur, une parenthèse enchantée, un moment de partage, de joie, de légèreté... Lire la suite ...

Abonnez-vous !

laissez moi un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code