mauvaise graine!

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J’aime les jardins, j’aime les jardins simples, j’aime les jardins des petites maisons de province, j’aime leur poésie, leur désuétude, j’aime leurs herbes folles, leurs mauvaises graines.

 

Le printemps est là, ce matin à ma porte, le chat s’étire, se roule d’aise devant cet évident renouveau, il suit les rayons, se gorge de cette énergie bienfaisante. La petite bête me suit partout, trop heureuse de constater le retour de sa maîtresse dans son royaume.

 

Le printemps est là, c’est toujours un monde qui me revient, les herbes folles encore, premières à pointer leur nez, les plus vivaces, les plus vivantes. L’odeur est la même, cette odeur de petit village dont je ne me suis jamais départie. Mon petit village, le temps coule doucement, paisiblement, la cloche de l’église sonne les heures, comme s’il ne fallait pas oublier que chacune est précieuse. Ce n’est plus le même village, mais je me raccroche toujours voluptueusement à ce son de campagne, j’en ai besoin, la ville ne procure pas cet émerveillement là, le printemps n’est pas le même dans la multitude urbaine, il me faut le sentir physiquement, charnellement en imprimer la marque. Ce matin les oiseaux piaillent si fort, comme s’ils savaient, eux aussi, que le plus dur est derrière eux. Le jardin s’anime, les abeilles sont revenues, les bourgeons sont verts, dans quelques jours ils s’ouvriront complètement. Tous s’enflent de cette puissance de vie. Parce que la vie revient, chaque année c’est pareil, ma saison préférée, je ferme les yeux, le soleil picote ma peau, c’est tout un univers qui renaît, les après-midi à bicyclette, rue des carreaux, avec Christelle, le cochon d’Inde Titi-Monique dans un panier sur le porte-bagage, les légumes qu’on allait marauder dans les jardins ouvriers, la peur de se faire prendre, les joues rosies de grand air et de liberté, les goûtés dévorés, parce que la vie sauvage forment des appétits féroces, les jambes striées de piqûres d’ortie, d’égratignures, de croûtes, la volonté  de jouer, d’explorer, d’avaler, autant que possible, le bonheur de ce printemps revenu.

 

Mauvaises graines, petites trainardes… Les parties de sonnettes, les pétards dans la boîte aux lettres du curé, les sprint, les frayeurs, les cache-cache, les cinq francs de bonbons qu’on allait acheter chez Madame Lucas, la boulangère austère: « trois à cinq centimes, deux à vingt, encore trois autres à dix… », parfois on prenait les plus chers, les Nounours chocolat-guimauve, on ressortait en serrant ce petit sac de papier blanc tout contre soi, comme un trésor, on dégustait les crocodiles, les Veinards, les boules-coco, on s’en échangeait, quelquefois.

 

Je trainais, les bons soirs d’avril, après l’école, rue du Général Koenig, je regardais les jardins, chez les gens, les casiers des lapins, square des Castors, les poules de Mme Pesant, leur cul pelé; avec mes cousines, on leur jetait des cailloux blancs, ça nous faisait tellement rire, l’enfance est moqueuses, farceuse; petites pestes!

 

La campagne était un terrain de jeux, de découvertes infinies, on avait le droit à cette liberté là. Libres, on poussait comme l’ herbe folle, sans contrainte, sans tuteur, là où le vent nous portait, on faisait des cabanes, on s’inventait des échoppes de marchandes, on y vendait les légumes volés, on clouait des boîtes de camembert sur un morceau de bois pour fabriquer les plateaux de la balance, on inventait des potions, des remèdes qu’on faisait boire au chien. On habillait les chats avec nos robes de poupée, les braves bêtes se laissaient faire, on attrapait le lapin Cornet de frites par les oreilles, on avait l’impression d’être les plus heureuses, les plus riches de la planète. D’ailleurs le monde n’existait pas, le monde se réduisait à notre village, on partait peu, on n’aimait pas trop partir, ailleurs il n’y avait pas les copines, les animaux, la ferme, les bois sombres et mystérieux, les jardins de la rue des carreaux, les outils pour bricoler,  les possibilités infinies…

 

Contentement.

 

Eduquée au contentement, à l’émerveillement, à la douceur créative de l’ennui, aux rythmes des saisons, aux splendeurs de la nature. La sobriété heureuse en somme…

 

Aujourd’hui encore, et pour toujours je crois, je garde cette puissance là, dans mon coeur, dans tout mon être, cet inaliénable socle de vie.

 

Je serai toujours cette petite fille espiègle(emmerdeuse!) qui pédale trop fort et tombe souvent, qui dévale les pentes de la vie le plus vite possible,  qui cherche à faire des cabanes, à vivre des aventures, libre, les joues rosies de grand air, avec un chat dans les sacoches de son vélo…

 

 

Au printemps, à la vie qui recommence, aux ailes qui poussent, aux coeurs qui battent plus forts, aux envie qui reviennent,

 

et à mon petit (gros!) chat chéri, Nounouche…

 

 

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