let’s go somewhere rich!

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J’étais si lasse, si fatiguée par cette semaine de travail intense, d’émotions intenses, j’avais besoin de partir, de me dépayser vraiment. Oublier le quotidien, les luttes, les injustices, les fatigues physiques et mentales.

 

Couper.

 

Je voulais quelque-chose d’exotique, loin de la ville connue, loin d’ici.

J’ai eu ce flash, un désir remonté à la surface, ma sœur m’avait dit, il y a longtemps : « Tu devrais y aller c’est sublime », elle savait de quoi elle parlait, elle travaillait à L’Ifremer de Villefranche-sur-mer. Mais je trouvais des excuses : deux heures de route, jusqu’à la frontière italienne, pas le courage. Et puis ce week-end, l’évidence était là, levée de bonne heure, je suis prête !

 

La route est belle, le bleu du ciel se fond dans la mer, les oiseaux planent sur le Mistral, flow inné, opportunistes de la nature, ils balancent, flottent nonchalamment au gré des courants. Si seulement j’avais cette légèreté là…

 

Bientôt le rocher se dresse, à-pic vertigineux, il fallait tout de même de l’audace pour construire sur un tel site. De l’audace, c’est peut-être ce qui me manque le plus en ce moment, je sens cette inertie, autour de moi, le poids des jours frileux, des esprits contenus. Ici c’est un peu New-York mêlé de Dubaï, les buildings, contemporains, ce cliché qui fait de cet endroit le paria des âmes vertueuses.

 

Riche.

 

Paradis fiscal conspué, bien sûr, Monaco, c’est cela. Mais c’est aussi ce formidable panorama, cette mer à 360°, un contact presque brutal. J’ai besoin de ça, juste maintenant, cette claque, ce vent qui me fouette et me rend vivante. Parce que c’est mon caractère, il faut toujours que je recherche cette vérité sauvage, quitte à souffrir, quitte à perdre. Tout plutôt que le tiède, que le faux.

 

Nous passons la frontière, ce n’est plus la France, Monte-Carlo (j’adore ce nom)… Ici les accents italiens chantent, ici les parking brillent, les toilettes publiques sont propres, les crottes de chien inexistantes, les papiers gras prohibés. Je me délecte de cette propreté, de cet ordre rassurant. Ici le calme règne, ici je me sens bien.

 

Je marche le long de la falaise, chemin de ronde méditatif, j’observe, fascinée, le ballet gracieux des goélands. Je les suis jusqu’au musée, ils semblent me guider, espiègles, vers cette destination.

 

Le bâtiment est majestueux, depuis la mer jusqu’au ciel, il s’étire à quatre-vingt cinq mètres de hauteur. Nous grimpons au sommet, l’estomac nous rappelle qu’il est midi. Le soleil brille, on croirait presque à l’été, le quotidien est si loin déjà, on commande des frites, parce que c’est un peu les vacances, le goéland nous suit toujours, je crois bien qu’il est très intéressé par mes frites, ce qui nous fait déjà un point commun. Les frites appellent toujours une glace, une glace de côte d’Azur, bien haute, bien grosse, avec beaucoup de chantilly. Après je n‘ai plus envie de bouger, bien sûr, je voudrais m’allonger, à l’abri du vent, au soleil, avec mon copain le goéland. Mais je ne laisse pas ma nature contemplative prendre le dessus, puisque je suis venue pour ça: je descend dans les entrailles de cet impressionnant bâtiment, loin, profond, dans le noir.

 

 

La porte de l’ascenseur s’ouvre, je suis ailleurs, sous les mers, vingt mille lieux sous les mers… Comme une petite fille je m’émerveille: les couleurs, les incroyables couleurs des poissons, comment la nature peut-elle créer tant de beauté, de variété ? Les méduses me fascinent, je reste si longtemps à les contempler, je vois la pulsation, celle de la vie, puisque rien, non rien n’est jamais immobile dans la nature, il y a toujours ce battement, ce Prana, ce souffle de vie. Le mien est coupé, il y a tant à voir, à s’émerveiller. Je vois les créatures « dangereuses », les requins, les piranhas, les poissons-pierre, mais je ne sens rien d’effrayant, je ne perçois que leur vulnérabilité, pauvres bêtes menacées par notre folie. J’espère qu’ils sont nés en captivité, mon cœur se serre en pensant au contraire. Puis vient le moment le plus touchant, plus loin, à l’étage supérieur, autour d’un petit bassin, les panneaux proposent de… caresser les requins… Mon Dieu… La vision d’un animal sauvage me bouleverse toujours profondément mais l’approcher de si près, le toucher… Quel privilège ! Je me lave les mains avant de plonger le bras dans l’eau habitée de petits requins. Mon cœur bât fort, j’ai tout de même une appréhension, j’aime ce minuscule frisson. Je le vois arriver, vers moi,  vraiment vers moi, il sort la tête de l’eau, comme s’il cherchait, comme s’il voulait cette caresse… Ma main glisse le long de ce flan lisse, je n’en reviens pas. Je ne veux plus partir, ce contact avec l’animal est si puissant, si inespéré, si privilégié.

Il faut bien ce résoudre cependant… « On reviendra Julie… », il fait le malin, mais je vois bien que lui aussi est très touché.

 

Riche ?

La richesse n’est pas forcément là ou l’on croit, il faut être riche de sentiments, d’intelligence pour être capable de créer un endroit comme celui-là, un endroit qui fasse prendre conscience de l’incroyable beauté de la nature, de sa vulnérabilité et de ce besoin impérieux de la préserver.

 

A l’extérieur, un jardin botanique se déploie en une ravissante promenade le long de la falaise, le goéland revient, je crois qu’il m’aime bien, et c’est réciproque. Je le photographie longuement,  il prend des poses, cherche son meilleur profil, il s’agit tout de même d’un goéland Monégasque !

 

Nous déambulons dans la vieille ville, les façades colorées rappellent l’Italie, la France est loin et c’est très bien comme ça. Je guette les détails, les débords de toitures, les enseignes, quelque détail insolite, je me délecte des écussons, des drapeaux, des gardes immobiles et raides, des noms de rue : « Rue Princesse Marie de Lorraine, Rue Princesse Grace, Rue Prince héréditaire Albert… ». Je suis ailleurs, loin, espace temps parallèle, la révolution n’a pas eu lieu ici et personne ne semble s’en plaindre. Le règne des princes et des princesses, un monde de conte de fée, l’architecture semble d’ailleurs irréelle, décor de carton-pâte, trop propre pour être vraie. Mais je m’en moque, je reste dans ma féerie, puisqu’elle me réconforte, aujourd’hui, je suis dans un pays où : «  Tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté… ».

 

Je ferme les yeux, ils sont si lourds, la mer, le vent, les émotions sont venus à bout de ma vitalité, je profite du trajet pour prolonger ma féerie…

Puisque les princes et les princesses existent…

 

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