Bonne chère

bonnechere

 

Ça commence en fin d’après-midi, une petite distraction, le nez levé, difficile de rester concentré. L’appel du ventre, mais aussi de l’esprit, une envie sophistiquée et simple à la fois : combler une pulsion animale en même temps qu’une envie de bonne chère .

Alors je monte mes châteaux en Espagne, l’esprit s’aventure dans le palais de mes délices, la mémoire tourne à plein régime, que reste-t-il dans mes réserves?

Trois courgettes, deux œufs, un pot de ricotta, de la coriandre fraîche…

La machine est en route, l’ordinateur mental passe en revue toutes les combinaisons possibles, le ventre se manifeste de plus en plus bruyamment, l’esprit veut résoudre l’équation, parfaite : celle du plaisir maximal.

L’évidence se dessine enfin: des galettes courgettes/ricotta !

Délivrée de mon labeur cérébral je me réjouis de ce moment brut, de cette pleine conscience créative : je lave, j’épluche, je coupe, je râpe, je casse, je mélange, je goûte, je rectifie. J’observe la rougeur de la poêle chauffée à blanc, l’huile d’olive se rétracte puis s’abandonne, vaincue elle se répand en petits filets irréguliers, étoile expansive. Je jette l’ail qui se crispe instantanément et rôti, je respire cette odeur de bienvenue. Enfin je dépose une grosse louche d’appareil. Le liquide prend des poses, puis se fige, je rabats les coulures qui ont pris trop de liberté. La pâte souffle, boursouffle, cloque et puis claque. Concentrée, je contemple cette vallée martienne, ces volcans qui surgissent par vague. Les extrémités brunissent, délicatement je glisse une spatule sous le disque brûlant, je ne respire plus, un mauvais geste viendrait tout gâcher, l’opération est périlleuse.

Upside down.

Un coup sec, le geste est impérativement franc, la galette ne doit pas sentir notre hésitation. Prise par surprise, elle s’étend, toute dorée et moi je me rengorge de ma dextérité. J’hume, je contemple, j’anticipe le goût et les compliments. Je songe à son plaisir, à lui, rentrer dans une maison qui mijote, prépare, œuvre à la vie domestique.

La première galette glisse dans une assiette, l’appel est trop fort, je déchire un petit morceau, puis un autre, l’intégralité de la préparation subit le même sort… « C’est pour goûter » me dis-je, comme s’il fallait une excuse. Je dévore ce plaisir interdit, cet engloutissement animal, debout devant la cuisinière, alors j’ose : le met appel un petit verre de vin. Une gorgée, la première, symbole d’une journée achevée, d’une détente enfin autorisée, le passage d’un monde à un autre, sas de décompression réglementaire.

Je recommence, jusqu’à épuisement de la pâte, le rituel de cuisson. J’ai l’impression d’accomplir un geste essentiel : nourrir. Fonction primaire, je me sens investie d’une mission, j’injecte de l’amour en même temps que du sel, je m’inscris dans une lignée, une continuité de gestes, ancestraux.

Je m’absorbe dans ce moment qui n’a d’autre fin que lui-même, je suis bien.

Bien,

Juste cela, bien.

 

 

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Mug et plat: ENW ;

 

 

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