Try me

 

Misérable.

Le front est chaud, le corps tiède, accablé par des jours de lutte et d’enfermement. L’esprit troglodyte a perdu sa vitalité, peu à peu il s’abandonne à une torpeur qui devient presque consentie.

 

Tout l’être s’avachit, les vêtements suivent ce mouvement de déréliction: t-shirt mou, legging, grosses chaussettes, que les tissus se fondent, ne fassent plus qu’un avec ce corps alangui.

 

Les cheveux en bataille, la grosse couverture que l’on monte bien haut contre son menton, petit oiseau blessé sur son canapé moelleux. Parce que désormais, le canapé est devenu notre donjon, le centre névralgique de notre existence.

 

La vie des autres est loin, le monde existe-il encore?

 

Misérable.

 

Notre seul contact avec l’extérieur part le matin, tôt, rentre le soir, tard. On guette son retour, point de ravitaillement essentiel à notre survie.

Mais on a un peu honte, cet abandon, cette diminution, ce qui, quelques jours auparavant ressemblait à une femme. L’amour peut-il survivre à ce quotidien trash?

 

On entend la clé dans la serrure, on n’a même pas le force de se lever, la maladie est un implacable despote, puisque, de toute façon, on est misérable, puisque l’autre va bien finir par voir l’ampleur de cette déchéance, le nez dégouline, les yeux sont rougis, on tremble encore. On voudrait se cacher dans une grotte, ne pas se montrer comme ça, on voudrait trembler en paix, transpirer en paix, expier la maladie, comme un bête blessée.

 

Il entre dans la maison, un courant d’air froid avec, il tourne la tête vers nous, il va s’apercevoir de son erreur de choix, il va voir ce que c’est que la vérité d’un être dépouillé de tout artifice, nu, vulnérable, à terre. Il rentre, s’arrête, nous fixe un moment. Les mots s’envolent, surréalistes et inappropriés:

« Tu es belle ma chérie ».

 

Tu es belle ma chérie, alors que dans la glace, on ne voit qu’une figure pâle et abattue, des cheveux tristes comme la grippe qui nous assaille depuis des jours.

Tu es belle ma chérie

On se retient de l’engueuler, se moque-t-il de nous, de notre pauvre condition, est-ce qu’on y peut quelque-chose? Et-ce que c’est le moment d’être ironique?!

 

Mais on n’a même pas l’énergie pour un conflit, et puis on sent bien que ce n’est pas de ça qu’il s’agit.

 

Tu es belle ma chérie…

 

Les yeux de l’amour? Ceux qui déforment tout, qui voit l’autre avec le prisme distordu d’un coeur aveuglé?

 

Non. le sien ne peut plus l’être, depuis le temps… Ce « tu es belle ma chérie » signifie, je t’aime, comme tu es: malade, en pleine forme, coiffée, décoiffée, maquillée, nue, au réveil, au coucher, heureuse, malheureuse, bronzée, blanche, affaiblie, enjouée, victorieuse, perdante, courageuse, paresseuse, ambitieuse, abattue, féroce, douce, loyale, petite menteuse, sophistiquée, simple, tempétueuse, calme, posée, hystérique, déterminée, pleine de contradictions, forte, faible…

Je t’aime dans ta vulnérabilité.

 

Vulnérable.

 

Et si justement c’était à ce moment là que naissait l’amour, quand on accepte de baisser la garde, de se montrer nu, mais vraiment nu, car la nudité physique n’a rien d’intime, la plus plus grande intimité c’est montrer la nudité de son être, nos failles, nos névroses, nos peurs, nos inavouables fantasmes, nos inavouables faiblesses…?

 

Just as you are…

 

 

Happy Valentine’s day!

 

 

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