princesse naufragée

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La plage est déserte, désertée comme un paradis abandonné, petite princesse naufragée. Les bateaux échoués, les volets fermés, les villas tristes jonchées de sable et de feuilles mortes. Les planches clouées devant les portes-fenêtres ; se prémunir de l’hiver comme on peut, la mer a ses assauts imprévisibles et violents. La petite station balnéaire sommeille, mélancolique et fière dans cette jachère subie. Le sable blanc héberge quelques branches de bois flotté, le sel est venu à bout de leur sève : lavés, vidés, figés pour l’éternité. Je vois les trésors rejetés : les petites tesselles de verre poli, les coquillages nacrés, les autres rebuts moins poétiques : bouteille plastique, morceaux de voile, canette brisée, hameçon tordu, bidon éventré. Inventaire à la Prévert de nos existences contemporaines, entre grandeur et décadence. Puisque la mer vomit ce qui l’encombre, la pauvre a ses indigestions, junk food malgré elle. Je la regarde, je la sens, je suis toujours si bien près d’elle, si profondément calme et apaisée. Puisqu’elle est la matrice, puisqu’en nous reste cette trace de l’océan originel, celui duquel nous sommes issus, ingrats que nous sommes, cracher sur notre mère. Mer/ mère, homonyme non fortuit, je ne crois pas au hasard… Savoir d’où l’on vient pour savoir qui l’on est.

 

Et puis il y ce rituel, boire cette eau que l’on dit impropre à la consommation et pourtant j’en bois, chaque gorgée est une renaissance, puiser l’énergie à la source, refaire le plein, eau vivante, vortex qui restructure, puisque rien n’est immobile dans la nature, retrouver l’information originelle.

 

Chaque saison a ses charmes, ses puissances, j’aime en sucer la substantifique moelle, en ressentir chaque nuance, boire l’hiver jusqu’à la lie. Janvier, le bord de mer est une nostalgie, un doux abandon, l’été un souvenir lointain et pâle. Je me plie à son rythme, Robinson échoué, il me susurre « laisse aller », puisqu’il sait que la « Vérité » est contenue dans cette assertion. Suivre le flot, s’abandonner, lâcher les volontés de domination de son emploi du temps, des autres, de soi-même. Ne rien prévoir, ne rien « remplir », vivre et laisser vivre.

 

Le soleil me picote délicieusement les joues, mon soleil préféré puisqu’il me laisse profiter de lui sans m’agresser, j’aspire sa puissance, son énergie, je fais le plein de vie.

 

Ici la nature est reine, les côtes sont ainsi, la puissance de l’eau, les courants, les vagues, les embruns, les éléments physiquement ressentis. Il y a cette connexion immédiate et évidente à quelque-chose de plus grand que soi mais de si intime en même temps. Microcosme et macrocosme, mouvement descendant et ascendant, je fais partie du tout, je suis TOUT, je suis.

 

Je suis.

 

 

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