kiss me slowly

utopia

 

« La canicule est là, rare à Paris. Des ambiances d’orient, de chaleur sèche, de poussière dans l’air. Des nuits qui n’en sont plus, blanches, moites, harassantes. La chaleur exhale un érotisme latent. Les dieux donnent le la, ils plantent le décor, marquent cette rencontre du sceau de l’amour physique. Read the signs. Puisqu’il faut se dénuder, puisque le thermomètre indique 34 degrés en ce début de soirée. Je me plie à son exigence, je me range à ses injonctions : épaules nues, bustier, juste ce qu’il faut pour ménager la décence, révéler l’ardeur. Je ne m’habille jamais ainsi d’habitude… Je descends l’avenue du Président Wilson, vivante. Vivante comme si c’était la dernière fois, comme s’il fallait vivre plus parce que ça allait s’arrêter demain. L’inconnu tiraille mon ventre, des picotements de plaisir, de petites aiguilles éparses come des araignées qui chatouillent. Les hommes se retournent sur mon passage, parce que ce soir là je sais que je suis belle, touchée par la grâce, pleine d’une énergie de vie plus grande que moi. Des interpellations, je souris, je ne retiens rien, je ne masque pas mon plaisir d’être en vie, ce soir d’été, à Paris, maintenant.

 

Il m’attend assis sur son scooter. J’aime l’idée qu’un homme m’attende, m’espère. Je vois dans ses yeux qu’il n’est pas déçu, euphémisme, son visage s’illumine, le miens avec. Une telle symétrie est à célébrer, nous aurions dû, à cette minute même, lever nos regards au ciel et remercier de concert l’univers. L’alchimie amoureuse est une grâce, un moment de communion parfaite avec l’existence, le sentiment d’avoir touché le loto dans l’ordre.

 

Nous traversons le pont, maladroits, embarrassés par ce trouble naissant, surpris de ce cadeau qui nous est fait. Depuis combien de temps n’avions-nous pas rencontré quelqu’un qui nous chavire instantanément ?

 

Love at first sight.

 

Ce que l’on prenait pour une légende urbaine, un concept niais se dévoile soudainement à nous. Nous n’étions pas préparés à ça.

 

Nous cherchons un restaurant, n’importe lequel fera l’affaire, aucun des deux ne veut affirmer un choix de peur de décevoir l’autre, d’imposer une volonté qui pourrait être mal perçue. Rien ne doit mettre en péril cet amour si prometteur.

 

Je ne me souviens plus du contenu du repas, aucun souvenir, ni des mots échangés, la tension est trop forte, le cerveau concentre ses efforts vers la séduction, tout mon être poursuit ce but : lui plaire, me fondre dans ce moment au delà du bonheur, au delà du plaisir, il faudrait inventer un mot (béatitude a une connotation religieuse, ici je le veux avec tout mon corps, mon cœur, mon esprit). Je parle certainement trop, trop vite dans tous les sens. Il m’observe, je sens que je lui plais. Il ne tente rien. Moi je voudrais qu’il m’attrape la main.

 

Je sais, j’ai l’intuition profonde, animale que ces instants resteront gravés à jamais, quoi qu’il advienne de nous deux. Je ne sais pas combien de temps nous restons attablés, longtemps, certainement même si cela me semble un éclair. Après nous marchons le long des quais, la chaleur est toujours là, accablante, nous étirons le plaisir de la découverte, le moment où l’on monte l’escalier.

 

Il ne m’embrasse pas, j’en crève. Je sais ce que je veux, lui, maintenant et pour un long moment, certainement. Il me propose de me raccompagner, en scooter. Nous roulons dans Paris, Dolce Vita, nuit romaine, je suis ailleurs. La vitesse ne rafraîchit toujours pas, impossible d’échapper à cette moiteur. Les rues défilent, ma joie en mouvement, le ventre brûle davantage.

 

«C’est ici.»

 

J’enlève mon casque, lui le sien. Je dis : « merci pour cette soirée. » Mes yeux dans les siens, aussi loin qu’on peut aller. Nos bouches se rapprochent.

 

Kiss me slowly

 

Des baisers qui s’étendent, tard dans la nuit, juste cela des baisers, comme des adolescents affamés. S’embrasser sans fin, doucement, comme pour rattraper un temps révolu, comme pour conjurer le sort d’un amour voué à une mort prématurée ou à la routine. Jouir doucement, retarder autant que possible le moment où il faudra donner un nom à ce que nous vivons.

 

Nous ne nous connaissons pas encore, l’autre est une infinité de possibles. Belle histoire ? Parenthèse enchantée ? Mariage ? Trois enfants ? Une vie ? Quatre heures ? Quatre jours ? Quatre mois ? Quatre ans ?

 

Rien n’est joué, rien n’existe que ce moment, ce présent voluptueux, ce maintenant sans borne qu’on ne voudrait en aucun cas circonscrire.

 

Mais il faut se séparer pourtant, garder un peu de cet avant goût de bonheur, cette promesse d’un amour plus fort que les autres.

 

Préservez le mystère des corps, prolonger l’érotisme. Et s’il ne survivait pas à la chair ? « Bonne nuit… à demain… Le premier éveillé appelle l’autre. »

 

Je ne dors pas cette nuit là. La chaleur certainement, et la promesse de demain, probablement. »

 

 

Extrait de mon prochain roman… work in progress … teaser…

 

 

image: Utopia, Neïla Serrano,

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