FIERCE

 

 

« on a deux vies et la deuxième commence le jour où on réalise qu’on n’en a qu’une » Confucius

 

Le temps des bilans, peut-être? L’arrivée du solstice d’hiver, certainement. Se retourner sur cette année presque passée, voir le chemin parcouru, les échecs et les réussites, les joies et les peines, les belles surprises et le déceptions.

Pour moi cette année fut particulière, 40 ans… La moitié de ma vie ( au mieux!) triste?

 

Le 17 avril au matin, il y a eu cette envie de m’enterrer dans un trou, comment pouvais-je avoir 40ans?! Comment le temps avait-il pu passer si vite, hier encore j’avais trente ans…! Je n’avais rien vu venir, je pensais que j’étais éternelle, certainement et surtout, que j’avais le temps, tout mon temps…

 

Je l’ai très mal vécu, très. Pas vraiment triste non, une étrange sensation plutôt, un agacement latent, quelque-chose que je ne comprenais pas, que je ne connaissais pas. Mais j’ai laissé faire, comme à mon habitude, j’ai laissé la « chose s’exprimer », voir ce qu’elle avait à me dire. Même si, bien sûr, je bouillais de lui dire: « va voir ailleurs si j’y suis, ne viens pas perturber ma vie! ». Puis, peu à peu, elle s’est laissée approcher, a essaimé quelques idées: « pas à la hauteur »,  » je ne suis pas encore là où je voudrais être », « si j’avais…je serais… »,  « Il faut que… ».

 

Alors j’ai compris, 40ans, je n’échappais pas à ce fameux bilan… Comme s’il y avait un but à atteindre. J’ai ruminé, ruminé, ruminé et un jour, je me suis éveillée avec une évidence, j’avais « mué » pendant la nuit, changé de peau. J’avais passé un cap, the cap!

 

Neuve?

 

J’ai saisi l’occasion, l’avantage d’être écrivain c’est que tout est matière à… , « il n’est rien qui ne me soit souverain bien jusqu’au sombre plaisir d’un coeur mélancolique »: la célèbre idée du poète alchimiste, transformer la boue en or…

 

ça tombait bien, c’était précisément le sujet du roman que j’étais en train d’écrire, je savais qui pouvait prononcer ces mots:

 

« – Il y a une sauvagerie, quelque-chose comme ça, une force de vie qui s’éveille ou plutôt que l’on autorise peut-être à s’exprimer, maintenant, parce qu’on a quarante ans. Parce que pour la première fois de sa vie on réalise qu’on va mourir, que le temps est compté, que, désormais chaque jour est précieux. Avant, on pensait qu’on avait le temps, le temps de perdre son temps, de s’occuper de l’opinion d’autrui, de ce qu’il convient de faire, d’avoir une carrière, des enfants. Maintenant c’est wild. Féroce comme ce compte à rebours. Oui il y cette puissance libérée, elle vient de loin, mais je pense qu’elle a toujours été là, contenue, parfois elle s’échappait un peu, mais vite je replaçais un couvercle étanche dessus, étouffer cette sauvagerie. Maintenant je crois que je n’ai plus peur de rien, je perçois l’urgence, ça pourrait s’arrêter, ça va s’arrêter. J’ai besoin de sentir que je suis vivante pour rester vivante, je ne peux plus remettre à demain, j’ai compris qu’il n’y avait pas de continuité, de but à atteindre, il n’y a que des moments qui se succèdent, les uns après les autres. La vie n’est qu’une suite de moments, des aventures que l’on choisit de vivre ou pas. J’ai compris en regardant un documentaire sur Arielle Dombasle,

– Sur Arielle Dombasle ? Tu plaisantes ?

– Non, elle est incroyable, je m’en faisais une mauvaise idée. J’ai pensé : « Mais cette femme est une Amazone, une rebelle… », j’ai compris qu’elle détenait cette clé, elle se jetait, elle, dans tout une série d’aventures, la vie comme une succession d’aventures, d’expériences : poser nue si l’envie lui prend, chanter, danser, tant pis si l’on chante faux, le plus important c’est l’envie, se costumer en super héroïne à cinquante ans, ridicule ? Non si c’est sa fantaisie, si c’est elle profondément, à force les autres s’habitueront ou pas. Qu’est-ce que ça peut faire ? Du moment qu’il y a le désir de vivre, fort. Je ne m’embarrasse plus de rien, j’ai attendu quarante ans pour me faire tatouer, quarante ans ! Avant j’écoutais les autres, «c’est vulgaire », «tu verras en vieillissant c’est monstrueux »…   Si demain on me propose «Danse avec les stars» j’y vais, si on me propose la couverture de «Lui» en nu intégral j’y vais, si on me demande de conduire une expédition en Amazonie j’y vais, si on me demande de danser au Crazy Horse j’y vais, si je tombe amoureuse  d’un homme qui vit à l’autre bout du monde j’y vais… Je n’ai plus de temps à perdre, c’est maintenant que ça se passe. »

 

Féroce, comme ce temps qui passe, FIERCE disent les anglo-saxons, fierce, parce que c’est maintenant qu’il faut vivre, demain il sera trop tard.

 

40ans pour réaliser que le but de la vie, c’est vivre.

 

Alors s’est produit, l’inimaginable: une puissance libérée, une forme de liberté féroce, d’urgence de vivre chaque jour, parce que désormais, je sais que le temps est compté.

 

Triste? Au contraire, une joie farouche, presque enfantine, comme si chaque moment contenait ma vie dans son intégralité, à la fois plus légère et plus intense, affranchie, peut-être; libre, certainement…

 

libre, certainement…

 

Et pour le tatouage, j’en ai très envie…

 

 

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