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On a marché quatre heures, vingt kilomètres, dans le froid. Glacés, les joues qui piquent, le corps tendu, chaque muscle atteste l’effort. Le ventre est creux, il a donné tout ce qu’il avait. Les réservistes sont entrés en jeu, mais ça ne suffit pas, il se tord, émet des grincements. De gargouillis en plaintes sonores il marque son mécontentement.

 

La faim.

 

Une faim puissante, une faim primaire s’empare de nos entrailles.

 

L’idée, elle vient, mais je n’ose pas prononcer le nom. Je lui ai tellement dit : « non c’est dégueulasse ». Mais elle n’est pas le fruit d’une réflexion, d’une conscience, le cerveau reptilien a pris le dessus.

 

Animal.

 

« J’ai envie d’un Mac Do. »

 

Il s’empare de la phrase, s’en saisit, il n’attendait que ça.

 

Le chemin du retour prend des allures de quête. Nous traquons les panneaux verts et jaunes. Chasse au trésor post-moderne, de nationales tristes en ronds-points paysagés nous touchons au but.

 

La ZAC est là, piteuse entrée de ville. Les gigantesques panneaux publicitaires étirent leurs couleurs crues, leurs promesses criardes. Nous tournons encore. Giratoire, le monde moderne est devenu circulaire.

 

Des châteaux de tôle ondulée, des océans de voitures, quelques tentatives de verdure, arbustes souffreteux, tentent de rappeler que la nature n’est pas complètement abolie ici. Nous cherchons encore, perdus au milieu de cette oasis décadente. C’est ici que l’on prend toute la dimension de ce que société de consommation signifie. Les yeux s’épuisent vite, mal habitués qu’ils sont à tant de sollicitation.

 

Nous arrivons, enfin. On n’entre pas à l’intérieur, puisqu’on n’est même pas obligé de descendre de voiture !

 

Une voix féminine sort d’un haut parleur étonnamment gros et rond. Big brother du gras.

« Ce-sera-tout?-deuxième-guichet-vingt-sept-euros-quatre-vingt. »

Un paquet brun nous est remis par une main emmanchée d’un bras nu. Un « bon-appétit-bonne-journée » accompagne le geste.

 

Je pose le colis entre mes jambes. On ne va quand même pas attendre de rentrer. Pendant que c’est chaud…

 

Sur le parking comme des chiens errants.

 

Clébards.

 

Je déplie les bords du sac de kraft, une odeur de graillon envahit immédiatement l’habitacle. Mon ventre donne un coup de pied, la bête réclame son gibier.

 

Je commence par les frites, parce qu’au fond, je viens ici pour ça, bien chaudes et bien salées. Croustillantes, dans ma bouche c’est l’extase.

 

Je dévore : « t’es sûr que tu voudras les tiennes ? », insatiable, prête à avaler tout ce qui ce qui se trouve dans ma gamelle.

 

Sous ma langue le Filet-au-fish fond, parce qu’ici la nourriture ne nécessite aucun effort de mastication.

 

Régression.

 

Avaler ce poisson pané entre deux tranches de pain moelleux et sucré c’est comme s’affaler dans un sofa mou, perdre le contrôle de soi, abandonner la lutte.

 

Avachie de la mâchoire toute mon âme se répand, se vautre dans ce plaisir gras.

 

L’animal se venge du diktat diététique, du contrôle qualité permanent. La friture soumet l’être de principe :

« J’en veux un autre ! »

Le sucre appelle le sucre, insatiable, je n’ai jamais su rationner mon plaisir, surtout s’il est transgression.

 

Pêché de chair.

 

Après, c’est la honte. Les montagnes d’emballages vides, pièce à conviction de mon vice. Comme un orgasme coupable, le film porno irregardable une fois que l’on a joui.

 

Mal au cœur.

 

Le foie n’a pas l’habitude, et puis les mots pitoyables, promesse d’alcoolique :

« Plus jamais je ne mangerai ce truc ! »

 

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