La grenouillère

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Je voulais y aller depuis longtemps, j’avais l’intuition que cet endroit c’était moi, nous, cette façon d’envisager ce qui aujourd’hui relève du luxe: l’espace, la nature, une architecture vernaculaire, une cuisine « vraie ».

 

Je songe au bocage normand, la petite route sinueuse, les vergers, les pommiers, le vert des prairies, des nuances infinies. Pourtant c’est déjà le Nord. Une petite bruine obscurcit l’horizon, tant mieux, cela renforce le mystère, nous allumons les phares, il est 16 heures…  De petites gouttes meurent sur le pare-brise, l’auberge est enfin en vue, La Grenouillère nous attend.

 

Au pied coule la Canche, décidément je songe à Maupassant, à son Pays de Caux, romantique comme cette rivière, comme cette bruine, comme cette semi-obscurité. Je le regarde, je lui souris, il sait, je suis au paradis. Certain (beaucoup) cherchent désespérément le soleil, moi je suis en manque de pluie, de calme, de vert, de propreté, de pureté je crois.

 

Nous pénétrons dans cette petite auberge, sombre d’abord, la cheminée, immense, le temps s’est arrêté. Les boiseries noires, les odeurs de maison de campagne. Nous suivons l’homme à bretelles, le parcours commence. Nous laissons le passé derrière, de baie vitrée en toit de zinc, la lumière entre, la vieille bâtisse se métamorphose en un bâtiment contemporain. Brut comme ce jardin naturel et sophistiqué dans lequel nous évoluons désormais. De petits canaux en herbes sauvages nous marchons le long d’un chemin sinueux, bordés d’espèces endémiques: ici un verger, là quelques plantes potagères, au loin le bocage.

 

Parvenus à notre hutte nous découvrons, comme des enfants curieux, chaque détail d’architecture: la baignoire dissimulée dans un grand coffre, les petites cachettes, l’immense baie qui cadre un panorama sauvage. Seuls au monde, loin de tout ce qui encombre, pollue, dissimule.

 

Pur.

 

C’est ce mot qui me vient, cette envie profonde et décadente d’une (semi) citadine en mal de nature. Je ne sais si ce sont mes tout frais quarante ans qui déjà bouleversent mes désirs ou les vacances qui mettent mon esprit en jachère? La possibilité, la liberté de penser autrement, détachée du quotidien, des automatismes qui masquent notre « vrai » nous? Nettoyée par l’environnement et le recul, je sens des choses remonter, je ne juge pas ces ressentis, j’observe. Mais toujours,  toujours, revient ce mot: « pur ».

 

Quitter la ville?

 

Cette deuxième partie de vie, cette vie qui commence (ne dit-on pas que l’on a deux vies et que la seconde commence lorsque l’on réalise qu’on en a qu’une…?), ces aspirations différentes, vivre autre chose, autrement, se rapprocher de ses désirs profonds. Ce n’est pas le fruit d’une réflexion mais de sensations, c’est mon corps qui m’envoie les signaux; très pragmatique, il m’indique que je suis là, parfaitement en accord avec moi, BIEN.

 

Est-ce le lieu? L’architecture? Le bois? Le mythe de la cabane? L’exil? Le paysage contemplatif?

 

Une vie encore plus centrée sur la nature, dans la nature, loin des affres de la ville surpeuplée, polluée, affamée.

 

Je contemple le vert, le ballet des abeilles, la danse des papillons, j’écoute les « ploufs  » des grenouilles, leur coassement, je respire un air vivifiant, une petite pellicule d’humidité sur ma peau, les joues rosies et fraîches.

 

Et puis il y a ce festival, le repas, le soir, le grand chef, Alexandre Gautier, on est venu pour ça aussi… une expérience c’est au moins ça. Les gnocchis à la truffe d’été, les gnocchis à la truffe d’été… ! Je n’avais jamais mangé de gnocchis, je redécouvre ce met, ordinairement si bourratif… Je ne pourrai plus manger de gnocchis ailleurs… fondants, léger, crémeux,  la truffe qui explose sur ma langue, et…

… Et la « Bulle du Marais », et toutes les petites attentions (« pour faire plaisir » repète la serveuse avec son accent (italien?) charmant et ses bretelles de petit poulbot) et  le cake aux cerises dans la chambre, et l’élixir du père G., et la dame du petit déjeuner, et les salades de fruits frais et le riz au lait et la confiture fraise-menthe sauvage, et la brioche tiède, et…

 

 

J’aime tellement les passionnés, les gens qui font de leur métier un art, ceux qui jamais ne renoncent, ceux qui tirent l’humanité vers le haut. Sans chichi pourtant, sans bling-bling, sans faux semblant. Ici c’est vrai, ici c’est PUR.

 

 

PUR…

 

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2 Reactions

  1. stéphanie

    Tes écrits me font voyager… ce besoin d’authenticité, de nature, de bon et de vrai… plus je vieillie et plus je m’éloigne de la ville et du superficiel si caractéristique à nos villes. Je suis en total accord avec tout ce que tu écrits.
    Bonne semaine

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