Il est un air…

 

« Il est un air, pour qui je donnerais,

Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber. (…) » Gérard de Nerval

 

Le sud à cet avantage, l’été c’est un festival, de la musique partout, chacun peut faire son choix, de la grosse cavalerie aux délicatesses d’une nuit pianistique.

 

Le jour décline doucement, le concertiste se prépare, il ajuste, tire les plis de son pantalon, cherche la place, celle de la note parfaite et de son confort physique, l’un va-t-il sans l’autre? Rituels magiques ou tocs? Il place ses mains, ses pieds, ajuste le siège, un petit peu plus bas, un peu plus haut, hésite encore, palpe la page, la partition est bien là, au cas où.. mais je doute qu’il en ait vraiment besoin.

 

Je suis impressionnée, accrochée à ses moindres soubressauts, je suis au spectacle, mal assise, mais c’est le jeu, la musique prendra le pas sur mon petit confort. Les murmures du public s’envolent dans le ciel d’été, pas de plafond, pas de limite. Les premières notes frappées, le silence se fait, immédiat, Schubert à ce pouvoir. Même les bruyantes cigales cessent leurs cris, la musique charme.

 

Jeter un sort?

 

L’impromptu est lancé et moi je fonds, littéralement, sur mon petit banc, je voudrais me cacher pour laisser les larmes couler vraiment. Je ne sais pas pourquoi ce morceau  me transporte à ce point, une force divine, l’irrésistible pouvoir de la beauté parfaite? Schubert emmène mon esprit, loin, je lui lâche la bride, le pauvre a tant besoin d’évasion: je suis dans une maison bourgeoise, à la campagne au coin du feu, sur une route forestière à cheval, le vent dans mes cheveux, assise sur un môle embrassant un presque inconnu… Je voyage, je décolle, mon shoot de beauté, mon billet pour l’extase, Allegro moderato, Adagio, Allegretto,  les allures se succèdent, d’un pays à l’autre, d’un état à l’autre, de la mélancolie à la joie,  du passé à l’avenir en passant par un présent sans début ni fin, un maintenant qui se répand comme un caresse, une douce, très douce caresse… Mon coeur bât si fort, je sens ses battements comme des ondes de plaisir, jusque dans mon ventre, extase amoureuse, je voudrais vivre toujours ainsi, plus fort. Autrement à quoi bon?

 

La fraîcheur promise ne vient pas, cette année les nuits ne sont pas fraîches, la moiteur donne une autre dimension à l’été, elle appelle davantage la sensualité, la musique exacerbe cette indolence estivale, le pianiste en joue, se sert de ce climat alangui, ses mains bougent sur le clavier comme s’il caressait un corps de femme, délicates et fermes, assurées de leur effet, cet homme sait ce qu’il fait, où il va…  Cette parfaite maîtrise mêlée à cet indispensable abandon me fascine. Tout son corps vibre, joue, ressent.

 

L’amour physique est là, il emporte le public avec lui, tous respirent de concert, moi  je retiens ma respiration, j’ai tellement peur de briser le sortilège.

 

Puisque tout à une fin mais je n’aime pas ça… « Il t’en faut toujours plus… » me disait ma mère, elle n’avait pas tort, pourquoi les bonnes choses, les si bonnes choses de la vie sont-elles si éphémères?

 

« Il est un air, pour qui je donnerais,
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber.
Un air très vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets! »

 

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