L’été

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On ouvre la maison en grand, le petit matin est une promesse de fraîcheur, comme s’il fallait la capturer, en faire des provisions pour pouvoir affronter la chaleur à venir. Une petite brise ondule les branches du cerisier, on sort, sentir le frais tant que c’est encore possible. On fait le tour du jardin, une tasse de café à la main, prendre la mesure de cette fin de juin. On contrôle la croissance des tomates, on chasse les hôtes indésirables de la nuit, leur croissance c’est notre responsabilité, on se sent investi d’une mission, comme si l’on possédait quelque-chose de précieux. On ramasse quelques brins de menthe, juste pour sentir l’odeur.

 

Jouir l’été

 

On a mis la maison en position estivale, l’intérieur est désormais réduit à une arrière-boutique, l’extérieur devient notre pièce à vivre, il n’existe plus de plafond, notre limite c’est le ciel. On a préparé la transition, acheté des coussins profonds, des parasols, des fauteuils gonflables même, la régression est admise, l’été tout est permis ! Licence poétique, la nature s’étend, exubérantes, les cigales hurlent, les bruits se mélangent, la scie du voisin (l’été imprime de grands projets, des motivations nouvelles, une force de vie qui reparaît) se fond avec le chant des oiseaux hilares. Le petit chat, écrasé de chaleur et de paresse, ne quitte plus l’herbe fraîche. Nous on fait des courants d’air, notre grand-mère disait cela : « Il faut faire des courants d’air !», on marche pied nus sur la terre cuite, mais elle est déjà tiède, on cherche des stratagèmes pour calmer le feu. On fait des réserves d’eau fraîche, on s’assure d’un stock constant, on prépare des thés glacés, de savantes décoctions, et puis il y l’obsession des salades, immenses et colorées. On s’affaire à la cuisine, les montagnes de fruits et légumes : laver, couper, mélanger, taylorisme consenti.

 

Le bruit du ventilateur imprime une ambiance coloniale, on se prend à rêver de langueur exotique, l’été est un abandon. La radio diffuse des programmes spéciaux, une émission littéraire, le bruit des vagues en fond sonore, des souvenirs de vacances égrenés comme une douce nostalgie. On s’étend dans cette torpeur, dans cette mer d’huile, calme, lisse, profonde. Rien ne vient perturber cette placidité si ce n’est les rires des enfants qui s’ébattent dans les piscines. Leur plaisir remplit l’air d’une joie pure et contagieuse. Les chats des voisins défilent sur la terrasse, le quartier vit désormais comme une grande communauté, les frontières sont abolies, les portes s’ouvrent. Parce que l’été, on ne les ferme plus…

 

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2 Reactions

  1. creativpeople

    Un article de grande qualité, qui touche le cœur, la beauté de l’été nous est tellement bien décrite. Merci pour ce partage, et ce moment de rêve.
    Anais

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