la salle d’attente

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On a couru pour être à l’heure. En nage et maintenant il a du retard. Tant mieux.

 

On est seule, on profite de ce calme, de ce sas, coupé du monde.

 

Un lieu dédié à ce temps improductif : attendre. Comme si on avait, enfin, l’excuse pour ne rien faire, la permission : on est venu pour prendre soin de soi. Alors on s’enfonce dans le fauteuil avachi, fatigué d’accueillir des générations de fesses relâchées. Tout reflète cette usure : les magazines périmés, les affiches délavées, une plante souffreteuse qui n’en finit plus d’agoniser dans un coin sombre. Le store métallique filtre un jour maussade, une demi-pénombre éclaire la petite pièce. Le regard court de prospectus en titres racoleurs : la méditation en cinq leçons, se libérer des conditionnements du passé. On en profite pour fermer les yeux, jouir notre moment de calme. Ici, c’est médical, le silence est maître, tout le monde parle bas, comme si les mots étaient une gène, bénédiction suprême. On approfondit son souffle, presque surpris d’entendre le bruit de sa respiration. La sensation kinesthésique de son être.

 

Je suis.

 

On nage dans cette mer d’huile, seule, loin. Introspection, on a que ça à faire, rien ne vient nous distraire de nous. Penser à soi, pour une fois.

 

Même l’odeur est différente, une odeur de salle d’attente. On perçoit des sons, au loin, d’autres patients, certainement. Le règlement est affiché sur la porte, raide, impartial: « Tout rendez-vous annulé moins de quarante huit heures à l’avance sera dû sans feuille de soin ». On est prévenu. Le bruit de la VMC agit comme une berceuse, bande son technique. Pouvoir hypnotique de la récurrence : notre cerveau est désormais en veille, méditation non consentie.

 

Notre être s’enfonce plus profondément, de couche en couche, jusqu’à la torpeur, une vague mélancolie se dessine, le gris du sol contamine notre esprit. On ne résiste pas, on est venu pour être pris en charge.

 

Déchargé de soi, répit salutaire, depuis combien de temps n’avions-nous pas déposé les armes ?

 

La porte s’ouvre enfin, les mots nous parviennent, lointains, notre nom, écorché, il nous faut un temps pour réaliser que c’est de nous qu’il s’agit.

 

« On y va ? »

 

Comme un enfant qu’on arrache au sommeil, hagard, on se lève, on suit les indications de l’homme en blouse blanche, s’en remettre à autrui, à cette figure paternelle rassurante : lui sait ce qui est bon pour nous. Il va nous écouter, nous soigner, nous dire ce qu’il faut faire. Pour un moment encore profiter de cette petite régression.

 

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