Bohème

 

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J’ai besoin de temps, pour tout, tout le temps. Mais le temps est si malmené : aller vite, penser vite, agir vite, temps organisé, géré (je déteste ce mot), chronométré. Tiraillée de toute part, entre opinions et projets multiples, organisation et modération, monde virtuel et soucis domestiques, peu à peu je me décentre, je laisse mon Vata (agitation) prendre le dessus et rien ne va plus. Alors, tentative désespérée de l’Ego (j’entends par « Ego » ce que je crois être/ ce que je crois que je dois être pour exister), je réponds à cette agitation par une pitoyable pathologie du contrôle : « je devrais être plus…; je ne suis pas assez…; et si j’arrivais à…; on devrait… ».

 

Jusqu’à ce que le système s’épuise de lui-même, désarmé par sa propre stérilité.

 

Alors, aculée, j’abandonne.

 

Chaque fois la vie me met dans ce coin, jusqu’à ce que je cède. C’est toujours la même leçon, à force je finirai bien par comprendre.

 

Vouloir contrôler, croire que l’on contrôle est une attitude de dément et surtout un gage d’épuisement à court (long) terme.

 

Mais il faut que je sois dans ce coin pour me soumettre à cette injonction métaphysique.

 

Alors, presque instantanément un bien-être m’envahit. Celui qui va avec un week-end prolongé, un week-end d’abandon, d’abonné absent.

 

Il faut dire que la technologie s’en est mêlée : plus de téléphone, d’internet, de télé, réseaux coupés depuis quelques jours. Comme si l’univers conspirait à ce retrait salutaire.

 

L’homme a tenté de faire des plans, d’avoir une vision d’avenir, j’ai dit : « non, aucune planification, nous irons où le vent nous porte, comme des romanichels. »

 

Alors la magie opère. Lorsque l’on s’abandonne au flow, à la vie comme elle vient, les dieux sont toujours avec nous : un ciel si bleu, des déclinaisons à en perdre la raison, un soleil indécemment chaud, les premiers bains de mer et avec tout un monde qui ressurgit : celui des vacances. La vie nu-pied, jambes à l’air et chapeau de paille ; les odeurs d’été, celles des pittosporum et des chèvrefeuilles. De la fraîcheur de l’eau à celles des ruelles d’un village perché, rouler tant qu’il fait jour, s’arrêter pour visiter des ruines romantiques, pister un aigle, cueillir un bouquet de fleurs des champs, manger une glace à la pistache, rattraper le liquide vert avec sa langue, marcher dans le sable, observer le calme du chat endormi sur un toit brûlant, faire demi tour parce que la vue en vaut la peine, s’embrasser Rue des amoureux, se faire des serments dans une église de campagne, demander des grâces à Saint-Antoine de Padoue, voir le soleil disparaître derrière le massif des Maures, dévorer une pizza assis au bord d’une fontaine, trinquer dans des gobelets en plastique (parce qu’on a décidé de déclarer la saison du rosé officiellement ouverte), manger une autre glace, parce que c’est le soir, commencer par la chantilly parce qu’elle symbolise les vacances, l’abandon, la chair que l’on remplit, sentir la pellicule grasse sur le palais, s’allonger dans la nuit, prendre le temps d’observer le ciel et de s’y perdre, se demander si on les seuls dans cet infini, en déduire que c’est impossible, songer à l’infini encore, à les théorie des cordes, à la physique quantique puisque tout est lié… S’endormir épuisé, l’infini finit par donner mal à la tête… Dormir de ce sommeil doux et espiègle, des rêves d’aventure et de vie plus simple.

 

Vivre en romanichel…

 

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