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On se force un peu, puisqu’on est en couple, il faut faire des concessions, paraît-il. Son envie est touchante, la glisse comme un caprice d’enfant, une pulsion de vie, de jeu, on n’a pas le cœur de dire non, son plaisir sera le nôtre. Puisqu’ils nous ont invités, c’est adorable.

 

Nous, on pense à tout ce qui encombre, les valises énormes, le matériel, anticiper, prévoir; des températures polaires, l’avant/ après ski, que portera-t-on au réveil ?

 

La petite voiture pleine comme un ventre de sénateur, l’épaisse doudoune entrave nos mouvements; lui sourit déjà, la route ce sont les vacances qui commencent.

 

Les réticences disparaissent avec l’apparition des premiers sommets. Le blanc, magique, des admirations enfantines, l’envie maintenant de s’enfoncer jusqu’aux genoux, de se perdre dans cette étendue cotonneuse.

 

Mais on est en groupe, la masse l’emporte, démocratie totalitaire. Se détacher d’emblée serait un acte dissident, puisqu’on est là pour faire plaisir… Consensus.

 

Les chaussures de location, les pieds des autres dedans, mieux vaut ne pas y penser ; les questions indiscrètes, devant tout le monde, vous pesez combien ? Le tournevis à la main, l’homme jauge, règle, mesure, ajuste.

 

Affublée d’un déguisement bigarré : rose/blanc/fluorescent, on avance, péniblement, de bâtons, en paire de ski, démarche gauche, malaisée, combien pèsent ces p* de chaussures ?!

 

On fait la queue, la glisse se mérite, on pense à ce qu’on a quitté, la civilisation, ici c’est pire. L’humanité se donne des rendez-vous à heure fixe, comme si elle ne pouvait pas se passer d’elle-même.

 

Le télésiège nous emporte enfin, la hauteur éloigne instantanément les contraintes. Le silence ouaté.

 

La machine nous dépose délicatement au somment. Ici c’est l’extase, le monde a disparu, la descente est à nous. Le frottement des spatules sur la poudreuse, la vitesse fait pleurer nos yeux.

 

Entre les sapins, on prend son temps, petits virages serrés, joie de maîtriser son allure. On respire, profondément, on force le trait : l’air pur est un luxe. On nettoie, purifie, élimine la ville.

 

La peau porte les stigmates du grand air : de petits grains de beauté apparaissent sur le nez. Les joues rosies d’altitude, lifting instantané.

 

Saoulés de dépense physique et d’espaces infinis, la tête tourne un peu. La chaleur du petit appartement soumet le corps à un contraste saisissant. Les tours de douche (on a perdu l’habitude de la vie en groupe), les contorsions pour atteindre ses affaires, laisser de l’espace aux autres. Ajustement. L’instinct grégaire n’est pas une évidence, le monde moderne coupe décidément l’homme de sa nature première.

 

On découvre ses amis autrement, les idiosyncrasies de chacun, une intimité se crée, indubitablement, au retour les liens seront plus forts. Aimer se réveiller avec eux, la grande table du petit déjeuner, celui qui presse les oranges, celui qui s’est levé plus tôt pour aller chercher les croissants, l’odeur du café qui coule, les discussions qui se prolongent tant que les tasses sont plaines. Le plan des pistes étalé sur la table, le programme de la journée. Une joyeuse routine s’établit, comme une évidence, une cadence de vacances.

 

Puis, il y a le soir de la fondue, là-haut, tout en haut, au refuge. On monte en motoneige, un petit événement, on crie, comme des enfants dans un grand-huit. Le chalet, en bois, les peaux de bête sur les banquettes, la grande cheminée, la buée sur les vitres, les réchauds qui fondent le fromage, les piques, le vin blanc. On parle trop fort, on boit beaucoup, il y a celle qui lance l’idée, géniale : Et si on redescendait à pied ?

 

Les hommes n’ont pas le courage, qu’ils ramènent les enfants. Nous on veut vivre des expériences.

 

Le silence en pire, un silence insonorisé, homologué par la NASA. Seules au monde avec la nuit, les étoiles et le blanc. La lune, quasi pleine, offre le secours d’une lampe qu’on ne possède pas. Les bruits des animaux nocturnes procurent le petit frisson de l’aventure, le guide a dit qu’il y avait des loups… Les constellations offrent un spectacle fascinant, aucune pollution lumineuse ne vient perturber le spectacle. On se sent privilégié, au delà de ça même, gagnante de la loterie de l’univers. On marche fascinées, hallucinées, longtemps, et si on ne retrouvait pas le chemin ? Un petit frisson pour se sentir vivre, petite pichenette à la monotonie de nos vies hypersécurisées. Les téléphones n’ont plus de batterie, on en rit, comme des gamines, on régresse, on glisse, on tombe, on pousse la luge, on rit encore, fort, pour rien.

 

Enfin, les lumières sont en vue, on aurait voulu que ça dure plus longtemps…

 

On s’endort comme des enfants qui auraient trop joué, le sommeil du juste, d’une traite, depuis combien de temps n’avions-nous pas dormi ainsi ?

 

C’est sûr, on reviendra l’année prochaine.

 

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2 Reactions

  1. Florence

    J’ai moi aussi passé 4 jours à Vars et découvert les joies des randonnées en raquettes, loin de la foule, en dehors des sentires et la découverte de cette nature suavage (que je connais pourtant l’été ) m’a enthousiasmée . Cette sensation de de liberté d’être loin de tout , d’apaisement, de fierté de s’être dépassée, de respirer un air si particulier et si bénéfique…. Le bonheur !
    Belle semaine sous le soleil

    • julie

      Merci Florence de partager tes impressions. En effet, la nature, la montagne, l’exercice physique agissent comme de puissantes vitamines!

      A bientôt!

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