le quai de gare

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On remonte son col un peu plus haut, le vent traverse les mailles serrées du manteau d’hiver, impossible de se réchauffer, l’humidité remonte par les pieds.

 

Le gris résonne à l’infini : la pierre qui recouvre le quai, le métal des rails, les poteaux de transmission, le ciel. Partout où le regard se porte, le camaïeu décliné sans limites.

 

L’harmonie de la nostalgie, douce ou profonde, l’attente donne corps à cette petite mort, l’attente offre la possibilité du souvenir.

 

Partir.

 

Quai des espérances, des ventres déchirés, des papillons qui picotent, font sentir la vie plus fort. Les images affluent, désordre affectueux. On songe à la destination, aux rencontres peut-être. Chaque départ est une promesse d’aventure, de possibilités nouvelles. On sait qu’au retour on sera changé, quoi qu’il advienne.

 

On traîne des pieds pourtant, la veille, la paresse de quitter le quotidien, d’aller dormir dans un autre lit, le tracas de préparer sa valise, quel temps fera-t-il ? Se bousculer un peu, chaque départ est un arrachement. Mais maintenant on est là, le train va arriver, question de minutes. Les yeux tentent de percer l’horizon, l’esprit s’y perd, entre passé et avenir, on n’est jamais tout à fait dans le présent sur un quai de gare.

 

Les jambes s’impatientent, les pieds engourdis, glacés, on se refugie dans sa tête, alors c’est un monde qui revient. Réminiscences, moments que l’on croyait perdus à jamais, tous les départs de nos vies, ils se bousculent, à qui mieux mieux. Etudiante, les dimanches soirs, les quais délabrés d’une petite ville de province, TER miteux, ventre serré; TGV grandioses, amoureuse, aiguillons de plaisir, première classe de ma vie.

Les strates défilent, film super 8, visages saccadés, le trajet offrira la possibilité du développement.

On pourra se perdre dans cette évocation, sans culpabilité, sans soucis de productivité, d’un point à un autre, le temps n’existe pas, le monde est aboli, ici on est nulle part.

 

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