VIP de la vie!

cass28

 

Je ne voulais pas écrire sur la nature, pas « encore ! », j’avais prévu autre chose, fait mes recherches, structurer mon idée. Mais voilà… La vie en décide autrement et comme je lui laisse toujours la bride.

 

Ça a commencé comme ça, un réveil inondé de soleil. Février nous joue souvent ce tour. Comme s’il fallait un répit à l’hiver, une compensation pour tenir le coup, un teaser d’été, des promesses de vie plus forte.

 

Evidemment ces rayons me donnent envie de mer, de bleu, d’éblouissement. Puisque j’en veux toujours plus.

 

Mais pas trop loin, la voiture ce n’est pas mon gibier… Le plus près ? Les calanques de Cassis.

Bien sûr.

 

Bien sûr, c’est si près et pourtant chaque fois je me dis que je devrais y aller plus souvent. Particulièrement l’hiver, déserté par les touristes le lieu révèle sa splendeur.

 

Il faut marcher un peu pour accéder à ces merveilles cachées, heureusement, si tel n’était pas le cas je me demande ce qu’elles seraient devenues.

 

La première étape, ma première étape, mon petit plaisir, c’est le souffle du dragon. Les gens d’ici l’appellent « La narine de Neptune », il s’agit d’un trou de deux centimètres de diamètre qui débouche dans une grotte sous marine semi-immergée. Quand le vent s’engouffre dans la cavité cela produit un son qui rappelle le bruit du souffle. Mais un souffle de géant, de dieu, de créature mythique !

 

La première fois que j’ai entendu ce son puissant, j’ai imaginé le souffle d’un dragon, une sorte de monstre sorti des entrailles de la terre.

 

Une petite magie, même si elle est explicable… L’effet est saisissant, le son, les vibrations du son qui vous secouent, le paysage grandiose, la falaise abrupte…à n’en pas douter vous vous croyez transportés au temps des Titans.

 

Mon deuxième plaisir consiste à aller m’asseoir tout au bout, loin, jusqu’où on peut aller sans tomber dans la mer. Là où les vagues se déchirent à mes pieds. Ça me fait peur, ça tremble, ça gronde, ça mousse, ça écume, ça secoue. Le vide m’attire, je le sens physiquement s’emparer de moi, un vertige qui liquéfie mes jambes et ma volonté. Mais j’aime me faire peur, un supplément de vie, de sensation dont je ne me prive pas, même si je dis «Recule-toi, c’est dangereux ! » (on a toujours beaucoup plus peur pour ceux que l’on aime que pour soi…).

 

D’ici je peux regarder l’horizon et me perdre dans sa ligne de fuite. Ici les bleus se mélangent, se fondent et se contrastent : bleu nuit des profondeurs, bleu transparent de l’eau qui s’écrase contre les rochers,   bleu du ciel qui décline son camaïeu de l’indigo au turquoise.

 

Fifty shades of blue…

 

Le soleil m’éblouit, il fait chaud, vraiment. J’aperçois un femme dans l’eau, loin, elle nage, je l’envie mais je n’ai pas son courage…

 

Mes deux petits plaisirs comblés, je prends la route du retour, sans me douter du troisième cadeau qui m’attend (décidément la nature est généreuse).

 

 

Il s’est posé là, juste à côté de moi. Fragile petite bête, créature à plume. Rouge devant, fier plastron, poitrine gonflée, comme rempli de lui-même, conscient de sa beauté. Je me suis arrêtée, figée. Je savais qu’il allait s’envoler aussitôt, je voulais capturer ce moment inespéré.

 

Mais il n’a pas bougé.

 

J’ai ralenti ma respiration. Très très doucement je me suis accroupie pour être à sa hauteur. Signe instinctif de ma déférence. Devant ce cadeau de la nature je m’incline, c’est la première fois que ça m’arrive.

 

Le petit oiseau m’observe, il semble aussi curieux de moi que moi de lui. Je ne respire plus, j’ai tellement peur de lui faire peur.

 

Ses petits yeux comme des gouttes d’encre noire me fixent.

 

Pourquoi ne s’envole-t-il pas?

 

Véritable face à face, instant de grâce, sentiment puissant de communion, nous respirons ensemble, il s’approche encore.

 

Petit bec. Mendie- t-il quelques graines ? Il semble bien portant, tout gonflé de son duvet doux.

 

Frêle avec son air frondeur.

 

Je songe à la délicatesse, quoi de plus délicat qu’un rouge-gorge ?

 

Je me soumets à sa fragilité, je m’incline et m’écrase devant ces quelques grammes, je songe à son minuscule cœur, à cette toute petite vie aussi importante que la mienne.

 

Il approche encore, par petits sauts. Je n’en reviens pas, je me fige davantage, ma respiration pourrait être une menace. Il tourne la tête, que me veut cette adorable bestiole ?

 

A l’intérieur c’est l’émerveillement, la jouissance d’un instant suspendu, d’un moment de parfaite harmonie, de communion avec le Grand Tout.

 

Il rejoint la marre saumâtre, ses frêles pattes impriment d’hypnotiques ondulations dans l’eau.

 

Il s’éloigne doucement. J’observe sa course faite d’élégants petits bonds, ressorts cadencés. Il penche sa tête pour boire: une fois, deux fois, trois fois à l’eau. Désaltéré il secoue son plumage, une grosse goutte perle sur le duvet puis s’écrase dans le liquide sombre.

Il s’envole enfin et me laisse éblouie, comme touchée par la grâce, témoin privilégié d’une apparition divine, membre d’une société secrète, exclusive, VIP de la vie…

 

 

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