fifty shades of grey

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Le froid humide pique mes joues, une humidité à laquelle je ne suis plus habituée. Ici février  prend des airs de pardessus triste. Austère comme les mines renfrognées des citadins parqués dans les wagons sales, malodorants. La grande ville est une agression, une épreuve, une course de fond à laquelle je ne suis plus habituée.

 

Je traine une douce mélancolie le long des quais, marcher est mon remède, mon acte de résistance à cette aberration métropolitaine. Marcher d’un point à un autre, quelle que soit la distance, éviter, autant que faire se peut, la promiscuité, l’animosité, les rassemblements non consentis.

 

Marcher dans le gris, prendre toute la mesure de ce camaïeu si propre à Paris. Le ciel, les toits, l’eau du fleuve: cinquante nuances de gris. Du gris sombre de la Seine, au gris doux du zinc, mes yeux se perdent dans cette contemplation monotone.

 

De l’île de la Cité à la rue Mouffetard mes pieds fatigués frappent les pavés centenaires. Chaque pas m’est un émerveillement, une plongée dans mes souvenirs d’étudiante à Censier. Mes errances, mes joies, mes espoirs, je revois mes vingt ans, les bras chargés de livre, l’esprit enflé de rêves, le coeur impatient et bruyant.

 

Rastignac en jupon, mais n’est-ce pas le propre de la prime jeunesse?

 

A l’aube de mes quarante ans, je me retourne amusée, les bras toujours chargés de livres et de mots, je rejoins le Laboratoire de l’édition, l’étudiante en lettres n’est pas si loin, au moins n’a-t-elle rien renié de ses rêves, de ses ambitions.

 

Mais il a fallu vingt ans pour accepter cette poésie, ces mots qui débordent, cette petite muse à l’intérieur du ventre. Aujourd’hui on m’invite pour cela, pour ce que je suis, c’est ma plus grande victoire.

Je dépasse la bibliothèque Sainte-Geneviève, ce lieu familier dans lequel j’ai usé mes yeux, râpé les coudes de mes pull-over… Ce lieu qui m’émerveillait et m’émerveille toujours, une bibliothèque est un monde, un univers infini dont le centre est partout, la circonférence nulle part pour plagier Pascal.

 

Paris pour le meilleur, désormais, théâtre de moments choisis, de liberté chèrement gagnée. Paris de mes souvenirs, tinté d’une douce nostalgie, Paris de mon présent, délicieuse confrontation à ce qui est, maintenant, absorbée dans l’instant, bien. Paris de mon avenir, plein de promesse d’écriture, de projets; je reviendrai le mois prochain, pour le salon du livre, ils m’ont invitée.

 

L’anonymat est un répit, un repos, un refuge. Je m’étire, prend mes aises, me vautre dans cette liberté, dans cette permission d’une semaine. Le travail m’est une récréation, un changement de rythme qui stimule mes cellules grises.

 

Décidément le gris est partout.

 

Par terre et sur les toits, une petite pluie vient accompagner ces nuances, mes cheveux bouclent et moussent, Paris me donne des airs différents, une couleur autre, la couleur locale, certainement… Une façon de marcher, vite, les habitudes reviennent, une seconde nature, mais quelle est la première ? Comme si je n’avais jamais cessé d’être là.

 

Demain il faudra reprendre le train, vers le soleil, la lumière, le familier, les visages souriants. Cinquante nuances de bleu, c’est bien aussi.

 

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