ma liberté

 

Je n’aime pas les emballements médiatiques, les réactions à chaud, tout cela me donne envie de couper le son, de me réfugier dans ma grotte, comme si c’était déjà un peu de ma liberté de penser, de ressentir que l’on m’enlevait.

 

Et pourtant… Je coupe la radio, mais rien à faire, le mots répétés en boucle ne s’effacent pas, ils  m’empêchent de travailler, de me concentrer. Une sorte de vide s’empare de moi, interdite, stupéfaite, hébétée, incapable.

Un linceul blanc recouvre mon stylo.

 

Ce mot qui revient, obsédante mélopée:  liberté, liberté, liberté.

Le mot se cogne contre les parois de mon cerveau effaré.

 

Je songe à ce qui me fonde, à ce qui me fait vivre, vibrer, à ceux qui ont construit ma pensée, mon envie d’écrire, de vivre une vie « à part », une vie qui ait du sens, une vie qui vaille la peine, une vie qui ne se perde pas dans les méandres de l’habitude, du confort, de la facilité, de la sécurité.

Les écrivains bien sûr, ceux qui, comme mon cher Montaigne clamaient dès le 16éme siècle: « Je suis si affadi ( fou) de liberté ». Ceux dont on a brûlé les livres, censuré les propos (Flaubert, Baudelaire…), ceux que l’on a exilé  (Rousseau, Hugo…), ceux qui n’ont jamais renoncé pourtant.

 

Ceux qui ne se sont jamais tus.

 

J’ai toujours été attirée, irrémédiablement, dangereusement, par ceux qui brûlaient leur vie, parce qu’ils ne choisissaient qu’un seul maître: liberté.

 

Un maître, des plus exigeants, des plus sévères, un maître qui implique une force morale d’exception, un maître qui n’accepte aucune compromission, aucun mensonge, aucun faux semblant.

 

« Je préfère mourir debout que vivre à genoux » déclarait Charb.

 

Vivre à genoux…

 

Il y a tant de façons de vivre à genoux, tant de petits renoncements, de petites lâchetés envers nous-même, envers les autres, envers nos idéaux, nos rêves, ce que nous nous étions promis de vivre.

 

S’il est une mémoire à honorer, des morts qui ne soient pas inutiles, faisons notre examen de conscience, chacun d’entre nous, à propos de la façon dont nous vivons, sans rejeter la faute sur autrui ou sur la société mais sur nous, comment vivons-nous: debout ou à genoux?

 

Ces hommes là vivaient leur rêve, leur créativité, leur liberté…  Aussi, avant d’être morts, ils ont vécu, vraiment vécu.

 

Quel exemple, pour moi, quel exemple que ce courage  dans les moments de doute, quand je paye chère ma liberté (cette dernière  exige tant…), quand je veux renoncer, quand je suis prête à courber l’échine, à abandonner, à « rentrer dans le rang », à me soumettre.

 

Mais renoncer à ses idéaux, à sa nature profonde c’est effectivement vivre à genoux. Une vie de lâche, une vie de mort-vivant, une vie de merde.

 

Je me souviens de Cabu, mon enfance, les mercredis après-midi chez Mamie, devant le Club Dorothée, la caricature, le fameux nez. Je me souviens, les lunettes rondes, le visage toujours souriant, le regard espiègle du dessinateur.

 

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Il est des individus (peu) qui restent fidèles à l’enfant qu’ils ont été, des êtres qui parviennent, pour reprendre les mots de Brel, « à être vieux sans être adultes ». Garder l’enfant intérieur, l’irrévérence, l’impertinence, le goût facétieux  de jouir, de s’amuser, de rire, de n’être jamais trop sérieux.

 

Ici, c’est l’image de Wolinski qui me vient car pour jouir, au sens propre comme au sens figuré, ce n’était pas le dernier: des seins, des fesses, des femmes nues partout, tout le temps!… Comme il a bien fait d’en profiter!

 

Capture d’écran 2015-01-08 à 10.12.37

 

Life is a joke…

 

Ne pas trop la prendre au sérieux, elle passe si vite… C’est, en substance le message de tant d’artistes, écrivains, dessinateurs, peintres, chanteurs… Le fameux Memento Mori (« souviens-toi que tu vas mourir »), décliné à l’infini, depuis toujours, le Carpe Diem, si joliment égrené dans l’oeuvre de Ronsard:

 

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle ! »

 

Lors, vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s’aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.

 

Je serais sous la terre, et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

 

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

 

Pierre de Ronsard, Sonnets pour Hélène, 1587

 

 

N’attendez à demain, cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie…

 

Vivez selon votre élan, votre vérité, votre liberté.

 

Ma liberté…

 

Un autre homme libre, qui n’a jamais vécu que debout, Georges Moustaki (tête de l’article) et sa si belle chanson, je l’écoute souvent, comme pour me souvenir de ne pas m’aliéner, si ce n’est pour un beau geôlier…

Favoris

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