« le vent se lève! … Il faut tenter de vivre! »

aigue8

 

Je regarde les photos de ce jeudi, si proche et pourtant si loin déjà… La petite nostalgie du lundi, la grande nostalgie d’un lundi de rentrée.

 

Nous étions si bien.

 

Ce 1er janvier, ce jour tout neuf, ce matin où je me suis éveillée pleine de possibilités, d’horizons nouveaux, d’envies de frais, de vivre mieux, plus fort.

 

Des papillons dans le ventre, comme avant un rendez-vous d’amour, j’aime tellement cette sensation. Je la cherche, je la traque, partout où je peux la ressentir, comment vivre autrement?

 

J’ai dit: « Il nous faut commencer l’année  avec de belles images, de la nouveauté aussi ».

 

J’ai pensé à Aigues- Mortes,  parce que je n’y suis jamais allée, parce que c’est un lieu miraculeusement préservé du temps, de la folie des hommes, parce qu’il y a ma passion pour l’histoire, parce que c’est d’ici que Saint-Louis partit pour la dernière croisade, parce que c’est au coeur de cette enceinte que les Templiers furent emprisonnés par Philippe le Bel au XIV ème siècle.

 

Des mur chargés de rêves, de conquête et de torture. Grandeur et misère de l’homme… Il doit bien en rester quelque-chose, une atmosphère tout au moins.

 

 

D’abord, il faut prendre l’autoroute, je déteste les autoroutes, forcément. « Mais c’est plus rapide Julie »;   à la vue de ma moue, il finit par céder, aux abords de la ville d’Arles, nous quittons l’enfer du bitume et des familles en monospace.

 

Là commence l’aventure. Nous pénétrons dans le parc naturel de Camargue.

 

Le cheminement m’est toujours plus jubilatoire que le but. La façon d’arriver en un lieu importe davantage que le lieu lui-même. Comme s’il fallait toujours un bel emballage, un écrin, même pour le plus beau des joyaux.

 

Les préliminaires, l’attente, le désir qui monte…

Qu’y a t-il au bout du chemin?

 

Des manades, ces « champs » de taureaux, puis des chevaux blancs, partout, des oiseaux aussi, des rapaces, des flamands roses, une féerie, un safari à porté de main, je n’en crois pas mes yeux.

 

De part et d’autre de la petite route, des marais, des roseaux sauvages, je songe à la célèbre phrase de Pascal: « L’homme est un roseau, le plus faible de la nature mais c’est un roseau pensant. »

 

Je suis éblouie, la lumière est si particulière ici, presque blanche, un filtre qui floute les paysages comme une photo d’Hamilton.

 

Je baisse la vitre, il fait chaud, des vacances de Noël en forme de printemps, la nature ne sait plus où elle en est.

 

« Noël au balcon, Pâques au tison » me rétorqueraient les anciens, comme s’il fallait toujours un châtiment, comme si le plaisir devait toujours trouver sa punition…

 

Mais maintenant je veux jouir, commencer l’année ainsi, me saturer de beauté pour infléchir le sort, qu’il sache ce que je veux; je n’ai pas l’intention de me contenter de moins.

 

Le temps n’existe plus, une route magique, abolition des repères spatio-temporels, quatrième dimension consentie.

 

Parce que le temps pollue notre vie. Il lui faut plusieurs jours pour lâcher prise, s’abandonner aux vacances, oublier montres et réveils, obligations et emails, mais, peu à peu, il dépose les armes et c’est un autre homme qui apparaît, comme une mue, douloureuse au départ, renaissance ensuite.

 

Cette route symbolise cet indispensable tampon, sas de décompression.

 

 

D’abord je suis déçue, une entrée de ville comme il y en a tant: ZAC, ZUP anarchiques et laides. Pourquoi les entrées de villes ressemblent-elles à des dépotoirs en taule ondulée? Ont-elles renoncé à leur orgueil? Je préférais les portes prétentieuses des empereurs triomphateurs.

 

Mais c’est ainsi, et parfois, souvent, il faut aller chercher derrières les apparences.

 

J’aperçois enfin une pierre, puis une tour, puis une enceinte, une cité médiévale se dresse, majestueuse et fière, droite, raide comme une parade de militaire.

 

 

Aigues- Mortes.

 

J’ai tant entendu parler de toi, comment ne suis-je pas venue plus tôt?

 

Je pensais qu’il ne restait que des vestiges, moignons d’une histoire glorieuse, mais c’est une ville entière que j’ai sous les yeux, comme un décor de cinéma. Le Moyen-Age, intacte, juste là, en 2015!

 

Comment pouvons-nous être un peuple de râleurs, de pessimistes quand nous possédons tant de merveilles?

 

Le bleu du ciel met en valeur la clarté de l’enceinte, je suis abasourdie, je ne m’attendais pas à tant de majesté.

 

L’orgueil du passé, comme une vieille dame au visage racé, une allure que le temps ne fane pas, parce qu’il y a plus que des apparences.

Je suis impressionnée, comme une enfant à Disneyland,  excitée par un monde au delà du sien. Ici je peux toucher l’histoire, marcher dans les pas de Saint-Louis, pénétrer dans la chapelle qui abrita sa dernière prière « française », puisqu’il ne revint jamais fouler le sol de son pays natal.

 

Je songe à sa foi, à la foi en général. On dit qu’elle fait déplacer des montagnes… Et si nous l’appliquions à nous, en ce début d’année prometteur: avoir foi en soi, en l’avenir, en la vie, en ce qu’elle nous réserve de beau, pour peu que nous choisissions d’y croire…

 

Aigues-mortes, qui signifie « eaux-mortes », c’est-à-dire  » eaux stagnantes », l’eau des marais, l’eau de la Camargue, cet écosystème si particulier, si fragile aussi. Je prends conscience de la vulnérabilité; cette terre magique disparaîtra certainement avec la montée des eaux. Au loin s’étendent les salines, ces montagnes blanches, il faut s’approcher près pour réaliser qu’il s’agit de sel; parce qu’ici le prisme lumineux transforme la réalité.

La camargue…

Les paroles de Brassens s’infiltrent dans mon esprit, au fil des pas les mots raisonnent, sa Camargue chérie qu’il célèbre ici:

 

« C’est une plage où, même à ses moments furieux, Neptune ne se prend jamais trop au sérieux,

Où, quand un bateau fait naufrage, le capitaine crie : « je suis le maître à bord !

Sauve qui peut! Le vin et le pastis d’abord! Chacun sa bonbonne et courage ! »

 

Et c’est là que jadis, à quinze ans révolus, à l’âge où s’amuser tout seul ne suffit plus,

Je connus la prime amourette. Auprès d’une sirène, une femme-poisson,

Je reçus de l’amour la première leçon, avalai la première arête. »

 

Je fredonne, un paysage me rappelle une chanson, une chanson un paysage, un couplet un poème, celui de Paul Valéry me revient, lui qui voulait être enterré tout près  d’ici, à Sète. Sa demande, sa supplique dans le merveilleux Cimetière marin:

 

« Le vent se lève!… Il faut tenter de vivre!

L’air immense ouvre et referme mon livre,

La vague en poudre ose jaillir des rocs!

Envolez-vous, pages tout éblouies!

Rompez, vagues! Rompez d’eaux réjouies


Ce toit tranquille où picoraient des focs! »

 

 

Le vent se lève!… Il faut tenter de vivre!

 

 

ai1 aigue4aigue5aigue3aigueaigue6aigue9aigue10aigue12 aigue13 aigue14 aigue15 aigue16 aigue17 aigue18 aigue22

Favoris

Capture d’écran 2015-01-19 à 09.33.44

la disparition des lucioles

  Ce n’est pas une histoire lumineuse que je vais vous raconter aujourd’hui, ma gorge est encore serrée de ce malaise palpable, de ce désespoir qui suintait des murs délabrés.... Lire la suite ...

delos17

Apollon, Délos et moi

  Elle se mérite, on n’arrive pas sur une île comme ça, par hasard, l’insularité est une démarche volontaire. Il faut la vouloir, la désirer. Prévoir, prendre ses dispositions pour... Lire la suite ...

myk1

Mykonos

  D’abord il y a le bleu, en bas, en haut, celui du ciel et de la mer, partout, sur les toits des églises, les portes, les volets et puis... Lire la suite ...

Somtimes

Un an après

  Un an déjà(ici)…   Je rentrais d’un merveilleux séjour à Edimbourg, la ville dans laquelle vivait ma soeur, une parenthèse enchantée, un moment de partage, de joie, de légèreté... Lire la suite ...

Abonnez-vous !

laissez moi un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code