un moment si doux

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Je le clame ici, c’est l’objet de mon « Sunny life project »: le bonheur est notre propos, ce pour quoi nous sommes sur terre.  Chacun cherche le sien, comme il peut, à son corps défendant, souvent.

 

Parfois, je le touche du doigt si précisément, si exactement. Une situation, un moment, une contemplation, je le sens, partout, dans mon corps, dans mon esprit, il se répand, s’étend: je suis sur mon axe, à ma place, parfaitement bien.

 

Je sais les situations qui déclenchent cet état, les personnes qui suscitent cet émoi.

 

Les mêmes causes produisent les mêmes effets…

 

Je pénètre dans cette grande salle lumineuse, les moucharabieh de béton noir répandent leurs ombres sur le sol clair, fascinant kaléidoscope. Au mur les oeuvres m’accueillent, l’onde de plaisir entame son ascension, je jubile d’être là.

 

J’aime les artistes.

 

Pourquoi?

 

Emile Zola écrivait: « une oeuvre d’art est un coin de la création vu à travers un tempérament »

 

C’est précisément ce qui me plaît: voir ce qu’un autre être humain que moi, voit. Sa vision du réel, douce ou amer, joyeuse ou noire. Car le réel n’existe pas, il n’y que la perception que chacun en a.

Si différente…

 

Pénétrer l’altérité à travers une photo, celle de l’artiste. Son monde intérieur, riche ou pauvre, enthousiaste ou désenchanté.

 

Parfois je déteste, son intériorité heurte la mienne, parfois, c’était le cas samedi dernier, ce que l’artiste me donne à voir  me réconforte, me conforte.

 

C’est un puissant cadeau, qu’il s’agisse de peinture, de photographie, de musique, de littérature, c’est toujours la même histoire: voir comment les autres font, comment chacun se débrouille avec la vie, ce que chacun fait de ses joies et de ses misères, de ses richesses et de ses névroses.

 

Sublimer le réel et ses déconvenues, exposer son monde intérieur, le confronter ainsi à celui des autres.

 

L’autre, celui que je ne suis pas. cet énigmatique paramètre avec lequel il faut composer dans les rapports humains.

 

L’art m’aide à appréhender cet autre, ce grand inconnu. Mais il m’aide aussi à savoir qui je suis, à persévérer dans mon être.

 

… persévérer dans mon être… c’est-à-dire, ne pas vouloir copier, ressembler à quelqu’un d’autre, non, m’inciter à exploiter qui je suis, ce qui fait mon unicité, à travers mes ombres et me lumières.

 

Car c’est cette unicité que l’artiste nous donne à voir.

 

Il nous dit, par des moyens détournés: « ce que vous êtes est riche, puissant, plus vous vous rapprocherez de votre être, de vous, profondément, plus vous rayonnerez ».

 

 

Trouver sa voie/ voix.

 

L’artiste est un être qui a trouvé sa voix.

 

Raymond Depardon donne à entendre la sienne, j’ai retenu quelques mots, piochés dans sa note explicative:

« nomade dans l’âme »; « riche de solitude »: « couleur »; « exposition en forme d’autobiographie »; « photographier la douceur du réel »…

 

« La douceur du réel », pour reprendre l’expression de  Clément Rosset, la vision de cet homme qui traque, partout, même au coeur des pires atrocités, la douceur du réel. Même au coeur des guerres, l’homme cherche à recréer la douceur du réel.

 

Il poursuit son dessein dans le Marseille contemporain: le bonheur de vivre et de se laisser vivre, instants volés à des piétons, anonymes, leur conférer une grâce, une dignité parfois piétinée. Voir la beauté en tout, alchimiste de génie: « Tu m’as donné ta boue, j’en ai fait de l’or » écrivait Baudelaire à propos de ses Fleurs du Mal. Premier poète moderne, car précurseur de cette envie de voir la beauté partout, même dans l’atrocité.

Témoin des horreurs « modernes », Depardon traque la vie, malgré tout, car c’est ce qu’il veut voir, donner à voir:

Un mariage à Beyrouth, en 1978, la volonté de vivre et de chercher le bonheur malgré les balles, les morts, la guerre qui ravagent le pays.

 

Glasgow, 1980, ville sinistrée, victime de la désindustrialisation. L’alcoolisme, ses ravages, mais la beauté d’un ciel du nord, le regard intense des gamins des rues,

Pure poésie.

 

J’ai voulu suivre son exemple, imprégnée de cette indolente vision, j’ai marché, longtemps, dans la ville, je n’ai pas eu à chercher loin, la douceur était là, juste là, à ma portée: dans le ciel, sur les visages, dans la contemplation d’un couple amoureux, d’un groupe de danseuses, de jeunes filles pique-niquant sur le port, partout…

 

Marseille a ses moments de grâce, de plus en plus fréquents. Elle fait la nique à ceux qui restent figés dans une image passéiste, parce que Marseille tourne effectivement le dos au reste de la France mais elle a les bras grand ouvert en direction de la mer, c’est ce qui la rend unique, puissante.

 

Une ville qui a trouvé sa voix? Fière d’être ce qu’elle est, autre, elle-même.

 

La Mare Nostrum, les romains l’appelaient ainsi, « notre mer ». Marseille s’ébroue, elle se réveille de longues années de torpeur, chaque fois elle me surprend et m’émerveille davantage.

 

Les artistes ne s’y trompent pas, de plus en plus nombreux, irrésistiblement attirés par cet exotisme.

 

 

Photographier le réel, donner à voir des moments, saisir la fugacité du bonheur pour le dilater un peu,  retenir un peu de joie, chacun à sa façon, voilà notre propos…

 

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