quatre ans après

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Quatre ans après, presque jour pour jour, malgré moi, je réalise cela en silence, siège passager, le siège des rêveries, ma place préférée.

 

J’étais si triste alors, seule, épuisée par des luttes stériles, je suis venue lui rendre visite.

 

Parce que je crois aux miracles, à la magie, autrement à quoi bon?

 

Je pensais qu’elle pouvait comprendre un coeur brisé, après tout, elle aussi avait perdu celui qu’elle aimait. J’avais besoin de lui parler, peut-être simplement cela, m’adresser à quelqu’un qui ne me jugerait pas, m’écouterait sans m’interrompre, me prendrait dans ses bras en me disant: « ça va aller ». Je me souviens de la montée, novembre me glaçait les joues,  recroquevillée dans mes pensées je ne voyais personne.

 

Je songe à cette petite chose fragile que j’étais alors, toute cassée.

 

Le temps fait son affaire de tout, il balaie les tristesses que l’on croyait éternelles; un jour on se réveille guérie, forte, joyeuse, presque malgré soi.

 

Quatre ans après, je suis devant cette montagne sacrée, prête à renouveler l’ascension, pour d’autres raisons.

 

Marie- Madeleine.

 

Pécheresse repentie, femme de Jésus ou simple amie? Peut-être tout cela à la fois, car au fond, c’est toujours d’amour dont il s’agit. Une femme qui aime et qui perd celui qu’elle aime…

 

De quoi toucher tous les coeurs, non?

 

Pas besoin d’être chrétien pour avoir envie de visiter cette grotte dans laquelle elle aurait passé (en extase!) les trente dernières années de sa vie.

 

Troisième tombeau de la chrétienté, tout de même. Des gens du monde entier empruntent ce chemin mystique.

 

Je suis aux pieds du saint lieu, j’aime l’idée d’un chemin à gravir, s’élever. Les miracles ne sont pas donnés à tout le monde, il faut s’en donner la peine, transpirer un peu, c’est bien la moindre des choses.

 

Je m’enfonce dans la forêt, une marche après l’autre, des hommes et des femmes illustres ont foulé cette terre, les rois de France, les papes, depuis des siècles. La végétation même est exceptionnelle, le statut sacré du lieu a préservé la faune et la flore: interdiction de chasser, de couper des arbres, depuis toujours. Une forêt primaire, elles sont si rares. Les chênes sont énormes, majestueux, je ne me souviens pas en avoir vus de si gros.

 

Des chrétiens de tous les pays, mais pas seulement, chacun veut voir le mythe, toucher du doigt l’histoire. C’est ce que je veux, voir ce Graal, ce mystère non résolu, parce que j’ai besoin de mystère, ce n’est pas la religion qui m’intéresse puisque je n’appartiens à aucune. Je crois que la spiritualité est une affaire privée, pas besoin d’intermédiaire, je préfère les lignes directes. Mais je m’intéresse au fond commun, à ce qui se rejoint d’une religion à l’autre. S’il y avait une vérité, universelle?

 

En orient ou en occident, chez les indiens ou chez les chrétiens, le message est si proche, une source unique, une puissance plus forte que tout: l’amour.

 

« Dien est amour », écrit en grosses lettres.

 

Et pourtant nous vivons tous contre ce principe, nous vivons avec la peur, c’est ce principe là qui dirige nos vies: la peur de perdre, la peur de l’avenir, la peur de manquer, la peur d’échouer, la peur du regard des autres, la peur de prendre la mauvaise décision, la peur de ne pas y arriver…

 

La peur.

 

Et si nous choisissions la confiance?  La confiance en la vie, en l’univers, en Dieu, selon vos croyances, se serait choisir l’amour comme guide, comme principe dirigeant, comme gouvernail.

 

Je ferme les yeux, il y a quatre ans, c’était la peur qui dirigeait ma vie, en gravissant chaque marche, j’implorais Marie- Madeleine de faire revenir mon amoureux, la peur de le perdre…

 

La peur.

 

Aujourd’hui c’est avec confiance que je gravis cet escalier sans fin, je suis impatiente, je veux la remercier, ce qu’elle a fait de moi, peut-être n’y est-elle pour rien, la pauvre, elle a fort à faire: exaucer des prières, des voeux, toute la journée, les saints, les dieux peuvent-ils avoir des burnout?

 

Après une heure d’ascension je suis devant la grotte sacrée, je ne parle pas, je laisse le moment m’envahir,  devant le paysage est grandiose, c’est affectivement un bon choix pour un ermitage.

 

A l’intérieur l’eau suinte des parois, mais je n’ai pas froid, une drôle de chaleur envahit mon dos, est-elle là? Pour moi? Je ne dois pas être une priorité, des cas graves, certainement, mais j’ose tout de même lui adresser mes remerciements, et puis glisser quelques voeux au passage.

 

Je reviendrai…

 

Je dépasse l’ermitage, aller plus haut, jusqu’au sommet, la chapelle sacrée. Sortie des bois le soleil se fait écrasant, la roche glisse sous mes pas. Monter encore, les marches de l’esprit; le corps doit payer son tribut à l’âme, l’un ne va pas sans l’autre, je le sais, je le sens, un pied devant l’autre, les quadriceps testent ma volonté, mais je ne céderai pas, l’extase est à ce prix.

 

Là-haut, c’est le Paradis.

 

Une vue panoramique, à ma gauche j’aperçois la Méditerranée, à ma droite, ce pourrait être un paysage de nouvelle-Zélande, grandiose, les montagnes, vertes, le Mont Aurélien, la majestueuse Sainte-Victoire.

 

Maintenant, juste ici. Une énergie, un sentiment d’être lié, connecté à une source plus grande.

 

Persévérer dans son être, sa vérité, son intégrité, vivre selon ce principe du coeur, car lui seul est un guide fiable, oser ouvrir son coeur, le laisser parler, guider nos pas… Les mots d’Antoine de Saint- Exupéry arrivent comme un murmure, à ce moment précis:

 

« On ne voit bien qu’avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les yeux. »

 

Et vous, quel principe dirige votre vie, laissez-vous la peur diriger vos pas ou êtes-vous assez courageux pour laisser l’amour être votre guide?

 

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2 Reactions

  1. VANINA

    C’e texte est magnifique Julie, je veux amener mes trois amours là bas…
    Bravo
    une grenouille qui t’aime

    • julie

      Merci ma grenouille,
      Oui c’est un endroit magnifique et tellement fort; tu vas aimer, vas-y avec toute ta jolie petite famille.

      baisers,
      Julie

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