juste un dessein?

mars1

 

Vendredi, de bon matin, je me suis rendue à Marseille. J’avais un rendez-vous, important. De ces rendez-vous qui peuvent changer une vie, la mienne en tout cas.

 

« Ne mets pas trop d’enjeu dans ce rendez-vous, prends du recul… »

 

Moi, j’avais décidé que cet homme porterait le poids de mes futures orientations. Il fallait bien que quelqu’un porte le chapeau…

 

J’ai toujours agi ainsi, je guette les signes, les signaux, cela ne veut pas dire que je me laisse aller, non, loin de là, je travaille comme une acharnée, je fais « au mieux », que je ne puisse pas, après, me reprocher de ne pas en avoir fait assez.

 

Quand j’ai repris mes études de lettres, à la Sorbonne, j’avais perdu toute confiance en mes capacités; à la première dissertation, je me suis dit : si le prof rejette mon travail, j’arrête. Parce que j’avais donné le meilleur de moi-même dans cette copie.

 

J’ai eu la meilleure note. Des ailes, pendant mes cinq années de lettres, je ne me suis plus arrêtée, je savais que j’étais à ma place, ça glissait.

 

Travailler en vain, voilà ce que je ne veux pas faire, aller à contre-courant.

 

J’ai quitté ma voiture avec un noeud au ventre, l’enjeu était de taille. Exposer mon travail, j’aurais préféré me mettre nue devant cet homme, je me serais sentie moins exposée.

 

Mais, malgré l’appréhension, je me suis laissée aller à la contemplation.

 

Je marche sur le Vieux port, matinale, une vie que je ne vois jamais, la vie d’un port justement.

 

Le ballet des petits chalutiers qui déversent leur pêche, les acheteurs négociant les prises à qui mieux mieux, les mouettes qui se disputent les entrailles jetées par dessus bord, les gestes des marchands, leur verve, tout ce qui faisait Marseille au temps de Pagnol.

 

Devant moi la carte postale s’anime, elle n’est pourtant pas surfaite, je vois des gens qui vivent, haut et fort, des sourires et des rires, des engueulades aussi.

 

Je ralentis le pas, le soleil chauffe mon visage, octobre est si doux ici, je ne peux me résoudre à ranger mes nu-pieds, l’été s’étire encore.

 

J’observe les couleurs des petites barques, les voiliers aux gréements compliqués, les catamarans, les bateaux à moteurs, les pointus.

Là, maintenant je voudrais lever les voiles, partir pour de nouveaux horizons.

Un port incite à cet exil, à cette perspective de liberté, de renouveau, d’aventure.

 

Aventure.

 

Il en est toujours question.

D’un jour à l’autre la vie change.

Autrement, quel ennui!

Ne pas nager à contre-courant, se laisser aller à vivre.

 

Une épreuve amène tant de possibilités, pour peu que nous soyons capables de ne pas nous accrocher stérilement à quelque-chose qui ne marche pas, ou ne nous convient pas/plus.

 

 

Je suis devant lui dans cette salle de réunion impersonnelle, il a décortiqué mon travail, comme s’il s’agissait de comprendre le fonctionnement d’une horloge suisse, mais c’est mon ventre qu’il ouvre.

 

Mes organes sur la table; éviscérée, je retiens mes larmes, depuis combien de temps n’ai-je pas pleuré?

 

Je ne montre rien, j’attends que la porte de l’ascenseur se referme, il paraît qu’il faut laisser sortir les émotions, il faut surtout les comprendre, me semble-t-il.

 

« Tu ne crois pas que tu sur- réagis? Il a quand même dit à Antoine que tu avais un gros potentiel… »

 

Potentiel.

Mais moi j’ai déjà tout donné, je n’ai plus rien d’autre, que veut-il que je lui offre, mon âme?

 

Je sais, en mon for intérieur, que je ne peux pas faire plus, mieux, que je n’ai pas cette capacité là. Il se trompe. Des heures, des semaines, des mois de travail, solitaire, ce qu’il me demande de faire, c’est me nier.

 

Aller au bout des choses, voilà ma façon de faire, aller au bout pour ne rien regretter. Difficile? Indéniablement, mais quand ça ne marche pas, malgré vos efforts, votre acharnement, lâcher du leste, s’abandonner au flow, à la vie, parce que c’est à ce moment là qu’une autre porte s’ouvre.

 

Savoir saisir les opportunités quand elles se présentent, même si elles remettent en cause nos vies, nos plans, notre petite zone de confort.

 

Se cabrer devant le changement; animal rétif à la transformation, à l’inconnu, voilà ce que nous sommes, tous.

 

Et pourtant…

Je suis tombée, il y a peu, sur cette phrase (mais de qui ?):

« Si vous pensez l’aventure dangereuse, essayez la routine elle est mortelle. »

 

Mais je n’avais pas prévu cela… La vie vient contrarier mes plans, bousculer mon quotidien… Est-ce vraiment moi qui décide ?

 

Sommes- nous des êtres libres? Sommes-nous vraiment libres de notre destiné? Y a-t-il quelque-chose de plus grand, qui nous dirige, malgré nous, là nous n’avions pas forcément prévu d’aller ?

Je ne sais pas… qui peut se targuer de savoir…

 

Un dessein?

Juste un dessein…

 

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