I miss you?

art1

Depuis quelques jours je fais ce rêve, étrange et pénétrant, je suis dans mon ancienne galerie, c’est ma galerie mais elle est différente pourtant, plus petite, plus sombre, dans une autre ville. La même et une autre, mais je ne semble pas noter cette différence, les rêves ont ceci d’étrange et de fascinant qu’ils nous emmènent dans un univers loufoque, souvent même complètement fou, sans que nous en soyons étonnés pour autant.

 

Au détour d’une ruelle, une petite enseigne, une devanture de bois à la peinture effritée, une première pièce, basse de plafond, au fond un escalier, premier étage, plusieurs petits espaces en enfilade.

L’odeur de peinture, les couleurs, des oeuvres posées à terre.

 

Je m’éveille pleine de cette semi- fantaisie, les rêves du petit matin sont les plus puissants, ceux dont on se souvient, ceux qui conditionnent notre journée, impriment leur marque.

 

Suis-je nostalgique de ce passé?

 

Consciemment, non, je ne crois pas.

 

Pourtant les rêves persistent et s’enchaînent. Il y a toujours cet amour pour l’art, les conseils que je continue à donner, ce fantasme, ce désir fou de fonder un jour ma propre fondation d’art contemporain. Mais une galerie…? J’ai donné, sué, tremblé, à un moment de ma vie où j’étais (presque) seule. J’ai vibré aussi, beaucoup, aimé, énormément. J’ai adoré cette « chasse », partir à la découverte d’artistes, trouver ceux qui seront capables de m’émouvoir, ceux qui, à travers leur œuvre, me laisseront voir un peu de ce qu’ils sont, et par là même, me révéleront davantage de ce que je suis, vases communicants, fascinant jeu de miroir. Exercice de vérité.

 

Bouleverser mes croyances, ce que je crois être, déranger mon ego, c’est-à-dire « ce que je pense que je suis » (EGO= la représentation fausse qu’un individu se fait de lui-même, ce qui fait écran à sa vraie nature).

L’art a cette fonction de balayer l’écran de fumée; elle dissipe les faux-semblant, me procure des émotions, des envies aussi profondes que soudaines, si j’osais (tant pis pour le cliché), je dirais que l’art me révèle à moi- même?

 

J’ai pourant coupé le cordon de la galerie. Parce que je n’aime pas avoir un fil à la patte, je coupe ce qui m’entrave, m’empêche.

 

Mais il y a ce rêve obsédant.

 

Je m’éveille avec ce manque de toi.

 

 

Je me souviens, j’avais vingt ans, j’ai dévoré L’interprétation des rêves de Freud, je dormais à côté d’un carnet, je notais mes rêves. Pour le père de la psychanalyse « les rêves sont la voie royale de la connaissance de l’inconscient ».

 

L’inconscient est ce qui nous échappe, ce qui court-circuite notre ego justement, notre « nous » sans juge et sans censure. La vérité de ce que nous sommes? De ce que nous voulons profondément?

Nous, vraiment.

 

I miss you.

 

Comme un amour passé qui reviendrait nous hanter dans notre sommeil mais que l’on balaierait au réveil d’un revers de lucidité, pas raisonnable cet amour là (mais l’amour est-il raisonnable?), comme un paradis perdu, parce que trop beau, trop fort, l’intensité effraie, bien sûr, tout ce qui nous fait perdre le contrôle nous terrorise.

 

Pourtant, pour reprendre la théorie de Freud, les rêves nous informent de nos désirs inconscients. Le désir, c’est à dire l’interdit, la transgression, le manque.

 

Le désir se nourrit du manque.

 

Je médite souvent sur cette phrase:

Le désir se nourrit du manque.

 

Sans désir, pas de pulsion de vie. De vie tout court.

 

Je reprendrai les mots d’un autre, un de mes maîtres à penser (et oui), Karl Lagerfeld : « Il faut savoir susciter le désir » dit-il en substance. La vie, le travail, l’amour, tout tourne autour de cela:

Le Désir.

 

C’est lui qui est venu me rendre visite, depuis plusieurs jours, la nuit, à mon insu, à celui de mon « ego », celui qui se croyait déchargé de ce moment de ma vie, « bon débarras ».

 

Je m’éveille avec ce désir au ventre, violent, il faut que je voie, que je sente l’art.

J’ai de la chance, « vos désirs sont des ordres » semble me murmurer l’univers, un salon d’art contemporain de qualité se tient ce week-end à Marseille.

 

Artorama

 

La friche industrielle de la Belle de mai

 

C’est un univers qui s’ouvre à nouveau à moi, les dessous d’une ville à l’abandon, les tags, les odeurs urbaines, les gosses des rues, les voies de chemin de fer, dans ce terreau fertile l’art s’épanouit, c’est par là que le ville renaît de ses cendres. Je vois les galeristes lookées, leur air détaché et presque suffisant, le mobilier Jean Prouvé, les listes de prix, les discours alambiqués, le béton brut au sol, les poutres métalliques, l’architecture industrielle.

 

Je suis bien.

 

Si bien.

 

A ma place?

 

Me faudra-t-il écouter mon visiteur de la nuit? S’il savait mieux que moi ce qui est bon pour moi?  Le petit dictateur intérieur, ce sur-moi en béton armé, celui qui croit tout savoir, celui qui régente ma vie, devra-t-il abdiquer?

 

Et si la liberté me faisait peur…?

 

art2 art3 art4 art5 art6 art7 art8 art9 art10 art11 art13 art14 art15 art16 art17 art18 art19 art20 art21 art22 art23 art24 art25

 

 

Favoris

Capture d’écran 2015-01-19 à 09.33.44

la disparition des lucioles

  Ce n’est pas une histoire lumineuse que je vais vous raconter aujourd’hui, ma gorge est encore serrée de ce malaise palpable, de ce désespoir qui suintait des murs délabrés.... Lire la suite ...

delos17

Apollon, Délos et moi

  Elle se mérite, on n’arrive pas sur une île comme ça, par hasard, l’insularité est une démarche volontaire. Il faut la vouloir, la désirer. Prévoir, prendre ses dispositions pour... Lire la suite ...

myk1

Mykonos

  D’abord il y a le bleu, en bas, en haut, celui du ciel et de la mer, partout, sur les toits des églises, les portes, les volets et puis... Lire la suite ...

Somtimes

Un an après

  Un an déjà(ici)…   Je rentrais d’un merveilleux séjour à Edimbourg, la ville dans laquelle vivait ma soeur, une parenthèse enchantée, un moment de partage, de joie, de légèreté... Lire la suite ...

Abonnez-vous !

2 Reactions

    • julie

      Merci Oriana! Je viens d’aller voir votre blog, c’est une belle initiative, j’adore!

laissez moi un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code