à hue et à dia

ahue

Comme je marchais dans cette somptueuse forêt de cèdres, je réalisais à quel point je me sentais parfaitement vivante, sur mon axe quand je suis dans la nature.

 

La campagne possède de puissants antidépresseurs, elle nous connecte à notre essence, à l’essentiel de notre humanité.

 

N’est-ce pas la bipédie qui a fait de nous des animaux plus « évolués » (je suis obligée de mettre des guillemets quant à l’utilisation de cet adjectif  s’il concerne le genre humain…) que les autres ? Cette bipédie, nous a permis de dépasser notre condition animale, nous redresser nous a permis de nous élever, de développer notre intelligence; pas étonnant donc que le fait de marcher sur nos deux jambes nous connecte profondément à nous-même. La marche est l’allure naturelle de l’homo sapiens-sapiens.

 

La marche est ma méditation, la plus puissante que je connaisse, mon esprit se vide, se laisse absorber par l’instant, les bruits de la nature emplissent le cortex, rien ne vient perturber cette parfaite présence à ce qui est, maintenant.

 

Pleine conscience.

 

Une mode, un développement fulgurant pour citoyen stressés, en quête de sens? La méditation présentée comme une panacée, le remède miracle aux maux de l’homme moderne.

 

Oui mais…

 

Encore faut-il pouvoir vider son esprit, laisser passer les pensées sans les retenir et… sans bouger, sur commande.

 

Peu de gens sont capables de cela, il s’agit d’un exercice si compliqué, presque surhumain me semble-t-il.

 

Pourquoi ?

 

Parce qu’ici, une fois encore, il s’agit de faire abstraction du corps, de séparer l’esprit de ce dernier, or, l’un ne peut fonctionner sans l’autre, nous ne sommes pas, d’un côté un corps, de la chair et de l’autre, de l’esprit, immatériel.

 

C’est bien là, l’un des propos du yoga, son essence même, penser l’être humain comme un tout, indissociable. Apprendre à vivre ainsi, dans cette globalité. Aussi le yoga, les postures (asanas), ont-elles été créees pour préparer le corps à cette méditation.

 

Le propos du yoga c’est cela : la méditation, c’est-à-dire se connecter à l’instant, à ce qui est, ici et maintenant.

 

La marche produit le même effet, mais, de mon point de vue, en plus puissant encore, car elle s’effectue à l’extérieur, au grand air, en connexion avec les éléments. Se rattacher à la terre, sentir le vent, la caresse ou les morsures du soleil, voir le bleu, le gris, les couleurs changeantes du ciel, l’architecture mobile des nuages ; Je me noie dans cette contemplation, elle me décharge de moi-même, je m’en remets à ce qui m’entoure, un pied devant l’autre, mon corps devient si léger, l’énergie (le prana) circule parfaitement, une cadence régulière, rien en peut m’atteindre, un puissant bien-être, qui ne dépend de personne.

 

 

Les premières feuilles tombent, déjà.

La nature me ramène toujours au temps qui passe, aux inéluctables changements, être en son sein me permet de passer d’un cycle à l’autre avec douceur, naturellement; elle ménage mon désir de nouveauté, les saisons sont une bénédiction, je me délecte de cette alternance. Je profite encore des quelques jours d’été, le jaunissement des arbres sont un rappel : profite du soleil, de la piscine, de la plage, bientôt viendra le temps des premières fraîcheurs, des feux dans la cheminée, des odeurs de mousse et de champignons. Je les attends presque avec impatience, l’automne est une des mes saisons préférées, j’aime sa douceur, je déteste les grands froids, les grandes chaleurs, j’aime cette saison du doux repli, des promenades en forêt, des timides rayons de soleil. Bientôt j’enfilerai à nouveau un jean, je rangerai mes jambes nues, je viderai les placards d’été ; bientôt je ferai de la confiture de châtaigne, peut-être même une soupe, bientôt le chat redeviendra calme, câlin, bientôt il cherchera la chaleur de sa petite niche douillette, finies les longues expéditions nocturnes ; bientôt le hérisson du jardin hibernera, le gros crapaud se terrera, la vie se préparera au long sommeil de l’hiver.

 

Ces rythmes ancestraux me rassurent, me réconfortent. Je tâche de mener une vie qui me connecte à eux, à moi, à cet incroyable TOUT, à cet univers, ce grand inconnu.

 

Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ?

 

Je ne sais pas, mais ce que je sais c’est que la vie est là, quelle que soit sa forme, sa manifestation, elle m’émerveille, je tâche de la respecter, de lui rendre hommage, de ne rien prendre pour un dû, à mon petit niveau, chacun comme il peut, et si c’était cela l’acte le plus militant de notre génération ?

 

Quand je me connecte à ce tout, je me connecte à moi, je touche du doigt mon essence, une réalité qui me dépasse, que je ne connais pas, j’aime ce mystère, cette magie.

 

Voici le fruit d’une réflexion à hue et à dia comme aurait pu me dire mon cher Montaigne… La marche suit le mouvement de mon âme, le mouvement justement, le rythme du temps qui passe, cette méditation active me ramène à ma condition, à ma dénéantise et à ma puissance, à ma connaissance et à ma profonde ignorance, qui suis-je ? d’où viens-je ? Je ne sais pas… La vie m’apprend à n’être certaine de rien, les êtres de certitudes, ceux qui ne doutent pas sont ceux qui m’effraient le plus.

« Quelle chimère est-ce donc que l’homme ? Quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradictions, quel prodige ? Juge de toutes choses, imbécile ver de terre, dépositaire du vrai, cloaque d’incertitude et d’erreur, gloire et rebut de l’univers. » Pascal, Pensées (Liasse 7, fragment 122)

 

La marche, le yoga, m’enseignent la même chose que la vie : le doute, la patience, la présence à l’instant, la joie, l’émerveillement, la préciosité d’être en vie, vivante, maintenant.

 

Il m’a fallu tant de temps pour être capable de vivre ainsi (et c’est un chantier non encore achevé, loin de là…), pour comprendre que notre propos, c’est vivre, notre métier, notre art, c’est vivre, pour paraphraser Montaigne, rien d’autre que cela.

 

Puisse cet émerveillement ne jamais se tarir.

 

 

To be continued…

 

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