Mykonos

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D’abord il y a le bleu, en bas, en haut, celui du ciel et de la mer, partout, sur les toits des églises, les portes, les volets et puis le blanc, celui qui aveugle, vous force à baisser les yeux. Parce que le soleil écrase tout: la végétation brûlée, l’asphalte qui colle aux pieds, les odeurs de chaud, la poussière qui vole, pique vos yeux déjà éblouis. De part et d’autre les scooters, bataillons déchainés, les hordes de jeunes gens, beaux, bronzés, tête nue, rien ne contraint ici. C’est la liberté qu’ils sont venus chercher. Dans un monde qui les oblige, les force à un avenir « sérieux » contre lequel ils se rebelleront dans vingt ans. Un moule dans lequel il faudra entrer, à toute force. Ils le sentent, certainement, cette volonté de jouir, presque violente. Elle me heurte de prime abord, je n’ai pas l’habitude de cette liberté -là, jetée au visage. J’en ai bien entendu parler pourtant « Jouissez sans entrave » disait le slogan, Mai 68, mais je n’étais pas née, une légende urbaine pour moi.

 

La France des années soixante-dix, c’est ce que je vois ici: fumer dans les bars, les restaurants, conduire sans ceinture, sans casque, pas de feu rouge, de stop, de priorités, pas de hiérarchie, d’obligation, des triporteurs chargés comme des mules Berbères, des engins bricolés, système D.  Pas de normes, Bruxelles peut aller se faire foutre, ils n’en veulent pas, comme je les comprends.

 

Liberté, j’écris ton nom.

 

La plage: Nus ou habillés, un homme avec un homme, une femme avec une femme, un homme et une femme, personne ne regarde plus personne, la norme c’est celle qu’exprimait déjà Rabelais dans son Abbaye de Thélème: « Fais ce que voudras ».

 

Cette liberté est un chaos? Un appel au vice, Cap d’Agde grec? Non, une plage si belle et si calme, un air joyeux, serein, bien loin du manque de civilité des plages de nos côtes.

 

Je regarde ce vieil homme nu, sa barbe blanche ma fait songer à celle de Socrate, c’est l’image que j’ai du Grec antique, un être affranchi, un être libre.

 

Je me souviens, mes cours de Grec ancien, les déclinaisons apprises au forceps, ce pays de la mythologie me semblait alors si poussiéreux. Je vois ce descendant, d’Aristote, de Platon, de ces hommes qui ont fondé les bases les plus belles de notre civilisation: la philosophie, l’art, l’architecture, la politique et avec elle … la démocratie (que diraient-ils de ce que nous en avons fait…?).

 

Au loin l’île de Délos (j’écrirai un article sur cette merveille) , sanctuaire du Dieu de la lumière, de la joie, du plaisir: Apollon.

 

Le plaisir dans leurs racines, la joie, la lumière comme précepte de vie. Qu’on fait de nous les trois grandes religions monothéistes? A force de nier le corps, la liberté, le plaisir, des civilisations de frustration, voilà ce que nous sommes devenus… et l’on sait ce qu’engendre la frustration: la tristesse, la haine, la dissimulation, la violence…

 

Notre devoir pourtant, notre raison d’être sur cette terre, c’est bien de devenir la meilleure version de nous même, car, comme l’écrivait Montaigne, « qui est l’ami de soi est l’ami de tous ».

 

Je regarde cet homme, je le regarde contempler la mer, son île, sa terre,  je suis bien. Le sable brûle mes pieds, la mer rafraîchit peu,  je nage, longtemps, profondément, les poissons multicolores, les poulpes, les petites raies, les soles avec leurs yeux qui me regardent en biais. Un autre monde, celui du grand Poséidon. Quelle merveille qu’une religion polythéiste ou animiste, les forces de la nature vénérées, sacrées. Pourquoi les a-t-on abandonnées?

 

Il y a cette magie de croire en la magie.

 

Alanguie dans mon exil, je m’absorbe dans ce lâcher-prise, dans cet exotisme rassérénant. Je laisse le soleil me cuivrer, merde avec leur obligation de se protéger de tout, je déteste les crèmes solaires, je m’offre à Hélios, qu’il fasse de moi ce que bon lui semble.  L’été rend les gens beaux, exalte le désir de goûter la peau de l’autre, de s’abandonner enfin.

 

Le temps de s’abandonner, de réfléchir à nos vies aussi, la routine, les habitudes ne camouflent plus rien. Le vide  des vacances oblige à prendre conscience de ce que nos quotidiens masquent parfois.

 

« Chaque descente du regard en soi-même est, en même temps une ascension, une assomption un regard vers l’extérieur véritable. » Novalis

 

Le temps des grands changements, des grandes décisions, des grands courages? Les vacances incitent à cela, pour moi, c’est toujours le moment des nouveaux départs.

J’ai besoin de ce renouvellement, il m’a fallu si longtemps pour comprendre cela, comprendre que, pour reprendre l’expression de mon Montaigne: « Je suis si  affadis après la liberté (fou de liberté) », comprendre qu’il me fallait aménager une vie qui respecte ce besoin vital, autrement je me fane, je dépéris.

 

Il a fallu combattre mes pires ennemis: la peur, les convenances, ce que les autres, la société attend de moi.

 

Ces ennemis qui reviennent parfois, mais je ne me laisse plus impressionner, je les regarde droit dans les yeux, à force, ils se lassent.

 

Ici, ils n’ont guère de prise, le mot « convenance » n’existe pas. Ici, il n’y a pas de lutte, d’extension du domaine de la lutte. Ici c’est la liberté.

 

Mykonos.

 

Pourtant j’étais sceptique, des à priori, comme d’habitude.

 

Je ne regrette pas d’avoir dépassé ces croyances réductrices, ces présupposés étriqués.

 

Ici c’est l’été, ici c’est jouir l’été dans tout ce que cette saison a d’extraordinaire, jouir chaque saison jusqu’à la lie. Passer ainsi  de l’une à l’autre avec  joie et sans regrets.

 

Soleil brûlant, nuits chaudes, ciel étoilé, mer tiède, horaires inexistants, siestes alanguies, romans dévorés sur le sable, peau salée.

 

Un été en Méditerranée.

 

υπέροχο καλοκαίρι

 

 

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