lâcher prise

Je pensais que ça passerait vite, que ce virus devant mon indifférence se lasserait, je lui opposais un mépris de circonstance, meilleure forme de résistance me semblait-il.

Mais il y avait quelque-chose de plus fort. De plus fort que moi, quelque-chose que je ne voulais pas voir ou pas lâcher.

Certainement.

Voilà neuf jours que je ne suis pas sortie.

Neuf jours que je me dis « ça ira mieux demain », mais demain c’est aujourd’hui.

Il a fallu accepter de rendre les armes, accepter de se laisser injecter des antibiotiques en urgence, le verdict avait changé:  « pneumopathie ».

Devant le visage grave du corps médical, j’ai bien senti que je ne devais plus sourire, que ce n’était pas de circonstance, déplacé.

Mais je n’aime pas cette façon de faire, cette façon d’envisager la maladie comme une tragédie, comme une anomalie.

Puisqu’elle fait partie de la vie. Puisqu’elle ne vient jamais par hasard.

Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre. Comprendre ce qu’elle avait à me dire. Puisqu’elle a toujours quelque-chose à nous dire et tant que nous faisons la sourde oreille, elle revient sous une forme ou sous une autre, de façon exponentielle.

Alors je lui ai laissé sa place.

Forcée de m’oublier, pour l’écouter, elle.

Depuis des mois je n’avais pas pleuré, parfois j’en avais envie, mais rien, rien ne sortait. Aucune soupape, aucune façon de relâcher les émotions , les peurs, les tristesses.

Je me demandais ce qui se passait, où étaient passées mes larmes? 

Une tension s’accumulait, je sentais qu’il fallait purger ce trop plein, mais comment? 

Mon corps est plus malin et ce que mon esprit refuse, lui trouve toujours un chemin détourné, il sait se faire entendre, malgré moi.

J’aurais préféré un chemin plus doux mais je ne sais qu’être intense.

Pourtant.

La maladie m’a fait mordre la terre, au fil des jours mon esprit a peu à peu lâché prise.

 

Lâcher-prise, enfin.

 

Ne pas forcer les choses, les accompagner, faire montre de patience, voilà ce qu’elle a à me dire.

Lâcher les peurs, les enjeux, l’avenir, revenir à l’instant, à soi, à la confrontation avec son intériorité, parce que rien ne peut nous en distraire dans ces moments-là…

Ce rien me berce, me cajole, me réconforte, j’accepte de m’oublier car « c’est en s’oubliant qu’on se trouve, en refusant d’agir qu’on exerce une influence, en redevenant enfant qu’on accède à la sagesse, en acceptant sa faiblesse qu’on devient fort » me soufflerait Frédéric Lenoir dans son essai Du Bonheur, un voyage philosophique.

 

Etrangement, je ne m’étais pas sentie aussi bien depuis longtemps.

Une purge, une expiation, une catharsis, un traitement de choc salutaire pour mon esprit valétudinaire.

Le corps est encore faible mais l’esprit a repris une vigueur, une fraîcheur, une force toute nouvelle.

Je me sens prête, vraiment prête pour cette nouvelle année, neuve, vierge, apaisée.

Je regarde le petit chat s’étendre au soleil, prendre des pauses,  j’observe sa capacité innée à prendre soin de lui, à s’abandonner, à profiter du moindre rayon de soleil, à chercher les caresses, autant qu’il peut, à « courir le mauvais et à se rassoir au bon » pour reprendre la jolie métaphore de Montaigne.

 

Je tente de suivre son exemple, je me réjouis de ce spectacle simple, de cette beauté parfaite, qui peut résister à la beauté?

 

ps: Isn’t it the cutest cat, ever?

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