brumes et brouillards

Ce matin je me suis éveillée avec cette image là, j’ai saisi mon appareil photo, je voulais figer cette beauté. Juste devant ma baie vitrée, une image de conte fantastique. 

Je m’attends à voir quelques elfes surgir, je ne peux détourner mon regard de ce spectacle. La brume sur les arbres, le soleil voilé, timide encore, un matin de janvier, féerique.

Cette vue porte en elle toute l’étendue de ma mélancolie, une douce mélancolie, à laquelle je m’abandonne, forcée.

C’est arrivé comme ça, lundi soir, le fièvre, violente, les tremblements, je ne fais jamais les choses à moitié. Entière jusque dans la maladie.

Je me targuais pourtant d’être la seule à résister, autour de moi, tout le monde tombait, moi j’évoluais au milieu des miasmes, fière, invincible.

La traître m’a prise par surprise, refroidissement, virus?

Je n’ai rien vu venir, un coup de massue, depuis deux jours, mon corps n’est plus qu’une petite chose fragilisée, sans appétit, sans envie. Des pensées noyées par les brumes de mon esprit engourdi, seul le crépitement du feu vient interrompre, parfois, le cours de cette monodie étouffée. Au loin j’entends l’aboiement d’un chien, la vie d’un quartier déserté, le rythme diurne des travailleurs exilés. Il n’y plus que moi, le monde me semble loin, mort pour quelques heures.

Je m’entoure de ce silence, je relève la couverture, un peu plus haut, pourquoi est-elle venue me voir?

 

Je sais qu’elle arrive rarement par hasard, il a bien fallu une brèche, si petite soit-elle, pour qu’elle s’engouffre, qu’elle pousse tout le monde, qu’on lui laisse la place.

La maladie.

Chaque fois, c’est pareil, la méchante femme me contraint, m’oblige à me soumettre; d’abord je peste, j’enrage: « ce n’est vraiment pas le moment! »; mais rien à faire, elle sort son sabre et commence son travail sanglant, de batailles en mises à mort, elle abat tout sur son passage, je lutte, je visualise des armées dans mes veines, braves petits soldats à ma solde, ils ne font pas le poids, alors, seulement, je rends les armes, je sais que c’est le meilleur moyen d’en venir à bout, de voir pourquoi elle est là, ce qu’elle a à me dire.

 

Partir de zéro, remettre tout à plat pour commencer l’année, purger, détoxifier, dormir, fabriquer du sang neuf?

 

La fièvre monte encore, j’ai froid, j’ai chaud, j’ai soif, je bois, je tremble, le feu craque encore, un bruit sourd raisonne dans ma tête, un bruit de chaufferie bien réglée, un bruit régulier, lancinant; il détourne mes pensées, fait écran, méditation forcée, je suis ici et maintenant; la puissance d’un moment ancré, l’avenir n’est plus un enjeu, le passé s’est tu.

 

Je me plonge, un peu plus profond encore dans ce trou spatio-temporel, dans cette quatrième dimension de mon esprit, je suis aveuglément la route de ce chemin de traverse, parce que je crois qu’au fond, la seule chose intéressante dans la vie, ce sont les chemins de traverse.

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One Reaction

  1. jim jim

    Magnifique texte d’une poésie troublante! ça donne envie de subir à son tour la loi implacable de l’immobilisation forcée, du retour en soi, du laisser aller…
    Bravo… Encore…
    Fred

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