how soon is now?

Vendredi dernier j’ai reçu une mauvaise nouvelle, un projet pour lequel je travaillais depuis des mois est tombé à l’eau.

Rien de grave, non, des jours et heures de travail, pour rien.

Cette fois ce n’est pas la colère qui est venue me rendre visite mais un profond abattement. 

Tout ça pour ça.

Une infinie tristesse, un vide; à quoi bon continuer dans cette voie? A quoi bon m’acharner, m’échiner, m’astreindre à cette discipline militaire, à ce travail qui étiole mes forces, racle le fond de mes entrailles, draine mon énergie?

Mais je le veux tellement, si je n’ai pas ça, j’ai quoi?

J’ai pleuré de dépit, j’ai pleuré de tristesse, j’ai pleuré d’impuissance, j’ai pleuré de mon impuissance.

De grosses larmes tièdes coulaient sur mes joues, se mourraient dans ma bouche. Un goût salé, amer;  un goût depuis longtemps oublié, depuis combien de temps n’avais-je pas pleuré? Vraiment pleuré? Depuis ceci, je crois.

Les larmes ont purgé la peine, catharsis naturelle, victimes expiatoires de mes frustrations.

J’ai pleuré, longtemps. Parce qu’il fallait que ça sorte dit la sagesse populaire (et les grands-mères bienveillantes).


Alors j’ai pu réfléchir, vidée de cette peine, vidée tout court.

J’ai regardé autour de moi, la lumière qui rentrait par la grande baie vitrée, le soleil, cette vie qui était là, malgré tout. Maintenant, juste maintenant. Mais moi je voulais toujours plus loin, plus

Que se passerait-il si je ne pouvais pas atteindre cet objectif qui me tenait tant à coeur? Malgré mon travail, malgré ma volonté, malgré mes efforts? 

Juste là, en cet instant, la réalité m’a soumise, m’a fait ployer sous le poids accablant de ce constat:

« Tu ne maîtrises rien ».

Je ne ne maîtrise, rien, tu ne maîtrises rien, nous ne maîtrisons rien, pauvres fous que ceux qui croient le contraire.

Je sais bien cela, mais c’est plus fort que moi, je tente toujours d’asservir la réalité à mes désirs.

Puisque je le veux!

Je sais que cette volonté de démiurge, de despote, est vaine.

En cette fin d’année, je voudrais préparer mes « bonnes résolutions ». La première sera: vivre ici et maintenant, me laisser aller au moment, me laisser émerveiller par les surprises de la vie, quelles qu’elles soient, les petites et les grandes. Je ne veux préjuger de rien, m’abandonner, m’enivrer de cet inattendu et me réinventer, si la vie n’exauce pas mes voeux:

« un peu légèrement et superficiellement couler ce monde, non pas m’y enfoncer » ainsi que le préconiserait mon cher Montaigne.

Aussi dimanche, ai-je mis en pratique cette résolution, une longue, longue marche dans la nature. Mes dimanches préférés, déambuler sans but, me laisser happer par la découverte: une énorme sauterelle échouée sur un trottoir; une réserve d’eau bleu comme le ciel; une manade croisée au détour d’un chemin, d’adorables bébé taureaux; le soleil de décembre indécemment chaud, la peau qui picote, se délecte de cette chaleur inattendue. Marcher longtemps, loin, jusqu’à la nuit, jusqu’au village, jusqu’à la ville, marcher jusqu’à ce que la force revienne, que les idées se remettent en place. Je songe à Rimbaud, lui qui marchait des heures, de Charleville-Mézières à Paris, L’Homme aux semelles de vent, c’était son surnom, quel bien joli surnom. Comme lui je pourrais marcher des heures, j’aime tellement sentir mon corps en mouvement, tandis que mon esprit s’apaise, trouve la forme qui lui convient le mieux. Et si j’avais besoin de cela, maintenant: partir, à pied, marcher loin, encore et encore. Voir jusqu’où cette expérience me mènera, puisque vivre, c’est bien ça: expérimenter, observer, tâtonner, tomber, remonter, tomber à nouveau, se relever cependant, jusqu’à ce que nous sachions marcher sur nos deux jambes, sans tuteur (au sens propre et au sens figuré); il n’y a que ceux qui ne risquent rien qui ne tombent jamais, mais ceux-là vivent-ils?


Je voudrais pouvoir mériter cette épitaphe:

« Elle qui fut si vivante. »


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