colorado

Je l’écris régulièrement, l’exotisme n’est pas forcément à quinze heures de vol, parfois, souvent, il est tout proche, encore faut-il se donner la peine de le traquer, de chercher la magie.


J’en avais entendu parler cet été. Ludovic avait lancé, comme une boutade: « Je vous emmène manger une pizza dans le Colorado! »; puisque cet homme est pilote, je pensais à une blague… et pourtant, nous avions échoué dans une pizzeria étrangement plantée au coeur d’un décor naturel de western. J’utilise le verbe  « échouer » à dessein, car cet établissement-là avait quelque-chose du « Bagdad Café ». Une sorte de « last chance dinner », perdu à la lisière d’un désert hostile, ultime possibilité d’apercevoir la « civilisation ». Des posters de Johnny, un vieux baby-foot, des nappes en forme de toiles cirées usées… Et pourtant, j’en garde un souvenir merveilleux. Une chaude nuit d’été, des rires et… un environnement à couper le souffle.


J’avais gardé cela dans un coin de ma tête, je voulais revenir, explorer ce territoire inconnu.

Dimanche ce fut chose faite.


Le soleil s’était fait complice, comment visiter le Colorado sans ses puissants rayons? Un colorado gris ne serait pas un colorado. Une journée de décembre, de  celles qui existent ici, un ciel bleu, lumineux, une chaleur qui vous oblige à abandonner quelque manteau que ce soit (j’ai gardé mon pull, mais je fus la seule!). Une lumière, une luminosité, un prisme décomposé à l’infini, les carrières d’ocre changées en or, un spectacle fascinant.

Je me suis assise, incapable de bouger, fascinée par ce spectacle. Ce paysage dans lequel je m’attends à voir surgir John Wayne à cheval, les indiens et tout le folklore de mes souvenirs cinématographiques. 

J’ai touché le sol, chaud, l’ocre entre mes doigts, j’ai compris les couleurs du sud, les façades des maisons: rouge, orange, jaune, tout venait de là, de ce sol-là; des raisons géologiques, des raison géographiques, c’est toujours le cas.


« Mais il faut te lever Julie, nous avons quinze kilomètres à faire avant la nuit.. » 

Puisqu’il faut s’arracher à cette contemplation, je m’exécute de mauvaise grâce.

La piste est aride, escarpée, l’effort est intense, les quadriceps chauffent, l’énergie circule, le corps doit chercher des ressources, mobiliser les réserves. D’abord, il se rebelle: « -c’est trop dur! », je dois réprimer un mouvement de mauvaise humeur; puis la machine cède, un deuxième souffle, c’est ainsi que l’on nomme ce moment d’abandon, ce moment où la puissance se déploie, comme une vague, une force, une énergie presque infinie.

Alors j’avale les kilomètres, les uns après les autres, le corps n’est plus un obstacle, je peux me laisser aller à la contemplation du paysage, une beauté qui me surprend chaque fois (jusqu’où ira cet éblouissement?), le Lubéron se déploie au loin, majestueux, les pierres sèches roulent sous mes pieds, parfois nous traversons une petite route de campagne, croisons le chemin d’une poule effrayée, d’un cheval ou de quelques canards curieux.


Ces promenades dominicales sont ma drogue dure, mon équilibre, mon petit plaisir, ma catharsis.


C’est peu et c’est tant.


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