on being a woman…

Je pense à vous, je pense souvent à vous, à ce que vous êtes, à ce que l’on a voulu faire de vous. Je m’interroge, je m’intéresse à votre bonheur, à ce que vous en dites, à ce que vous cachez, à ce que vous clamez.

Les femmes.

La femme que je suis, celle que l’on aurait voulu que je sois,  celle que je serai.

Puisqu’il y en a tant, tant autour de moi: les mères, les amantes, les soeurs, les copines, les battantes, les soumises, les jolies, les moins jolies, les grandes, les petites, les mères poules, les mères distantes, les mères tristes, les mères éblouies, les sportives, les indécises, les froides, les femmes-enfants, les divorcées, les célibataires, les optimistes, les amoureuses, les résignées, les charismatiques, les rondes, les minces, les anorexiques, les control-freak, les libres…

Les libres?

Y en a t-il tant que cela? Celles qui interrogent leurs désirs, celles qui osent vivre, sans pression, sans mimétisme, sans peur?

J’en ai pourtant rencontrées cinq, cinq en une seule fois, de ces êtres affranchis (où s’ils ne le sont pas complètement, consacrent leur vie à cette quête, à cette lutte sans merci, à cette lutte à mort, parce qu’il n’y a pas d’autre salut possible?):

Camille Claudel, Louise Bourgeois, Kiki Smith, Jana Sterbak et berlinde de Bruyckere.

Cinq artistes, cinq femmes.

Qu’on le veuille ou non, qu’on le clame à corps et à cris, que l’on se promène seins nus pour le jeter au monde, la provocation n’y changera rien, rien, nous évoluons toujours dans deux mondes parallèles; qu’on le veuille ou non, il y aura toujours le monde des femmes et celui des hommes. Est-ce un mal? Pour ma part, j’aime profondément cette différence, que chacun reste dans son rôle, j’aime à me dire qu’il y a cet univers, comme une société secrète, celle des femmes. Des secrets qui ne se partagent pas puisqu’ils n’existent que sous le sceau inviolable de l’expérience.

J’aime ces secrets d’alcôves, ces secrets que les femmes se transmettent de génération en génération, ce gynécée fantasmé d’une civilisation ancienne dans laquelle les femmes étaient solidaires les unes des autres, réunies, un lien transgénérationnel bienveillant, rassurant. S’il manque quelque chose aujourd’hui, c’est peut-être ce lien, perdu.

J’ ai senti ce flottement en visitant la bouleversante exposition Les Papesses à la Fondation Lambert, ce flottement d’une identité féminine revendiquée, bafouée, maltraitée.

Je ne peux pas voir une sculpture de Camille Claudel sans être ébranlée: l’enfermement, l’écrasement, l’incompréhension, la violence à en mourir. Un des plus grands talent artistique, broyé. Vouloir raboter une sensibilité exacerbée, poignarder  la différence, le génie (au sens étymologique: caractère propre et distinct, particularité, singularité d’un être)?

Morte.

Morte d’amour? De sa passion pour Rodin dont elle ne se remettra jamais?

Oui on peut mourir d’amour.

Ou bien est-ce autre chose?

Sacrifiée à l’hôtel de ce que l’on pouvait déclarer  de pire: une vocation artistique.

Victime expiatoire, Camille, je lis vos lettres, celles que vous écriviez depuis cet asile, clamant votre existence, suppliant ceux qui étaient sensés vous aimer, vous protéger, de vous laisser sortir, de vous aider, de vous comprendre.

Pourtant, ils te feront mourir, s’ils avaient pu te laisser en paix, être toi-même, juste cela, tu ne demandais rien d’autre. Mais pouvaient-ils accepter l’altérité?

J’avance pourtant, je suis mal à l’aise, je voudrais que l’on me divertisse, j’attends encore cela de l’art, que l’on me montre autre chose, que l’on me sorte de mon quotidien, que l’on me donne à rêver. Je vois les enchevêtrements de chair de Berlinde de Bruyckere, atroces, dérangeants, je lui en veux de m’affliger ça, de provoquer ce malaise, le corps maltraité, je fuis. Je suis prête à sortir, mais je croise les dessins de Louise Bourgeois, le corps, toujours lui, la femme, les jambes écartées, la maternité entre amour et répulsion, pouvoir, puissance et horreur d’enfanter.

Corps tentateur, corps dévasté.

Les affres de la féminité.

Je suis fascinée par cette expérience que je n’ai pas vécue, fascinée et terrorisée, je regarde longuement l’encre rouge. Toujours ce sang.

Je ne sais pas si je pourrai aller au bout, maintenant j’ai envie de douceur, de caresses, de couleurs tendres.

Kiki Smith (I love her name!) est là, elle vient clore ce parcours, un atterrissage en douceur, un monde éthéré, poétique, à première vue.

Un univers de conte de fées, celui de l’enfance où cohabitent la pureté, l’innocence et la pire des cruautés. Osciller entre ces deux pôles, Kiki décline l’identité féminine, sa mythologie: sirène incapable de marcher, entravée,assignée à résidence, Eve tentatrice, dominatrice et dominée à la sexualité animale; petit oiseau fragile, enfermée dans une cage; brebis égarée menacée par un loup aux aguets.

Being a woman…

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