ma Californie

Il y avait ce fantasme, ce fantasme que nous avons presque tous eu, chers parisiens: quitter la ville, la grande, celle qui asphyxie, celle qui confine, celle qui déshumanise. Je rêvais de jardin, de ciel bleu, d’air pur, rien de bien original, le cliché d’une existence qui coulerait comme un dimanche à la campagne.

Il y avait ce fantasme mais il y avait la peur aussi, toujours elle, celle qui me murmurait  » ce n’est pas raisonnable »… Et pourtant après un long cheminement, un cheminement de sept ans, sept ans de réflexion, sept ans à balancer entre « je ne peux pas quitter cette ville, je l’aime trop » et  « il faut que je parte je n’en peux plus… ».

Sept ans.

L’âge de raison et une évidence, enfin, les évidences finissent toujours par se manifester pour peu que l’on soit patient et que l’on ait pris un chemin qui nous correspond.

Sept ans, mon appartement avenue de Wagram rendu, les petits commerçants de la rue Poncelet abandonnés, plus de métro, d’embouteillages, de mines renfrognées, de pluie qui n’en finit pas de tomber, de gris, de gris, de gris.

Quitter la ville.

Le soleil comme perspective, il me semblait que cette existence serait effectivement plus douce au soleil, mais je voyage aussi mal qu’un panier de fraises, les débuts me sont toujours douloureux, je me raccroche à ce que je n’ai plus et je n’imaginais pas un choc de civilisation.

Plus rien ne parlait à mon âme, ni les paysages, ni cette façon de se garer n’importe où, ni les papiers gras, ni la violence de ce soleil de juin… Mais je n’avais pas engagé tous ces changements pour repartir immédiatement… Mon fantasme de maison s’est vite transformé en un appartement car les loyers n’étaient pas non plus ceux que mon rêve m’avait fait miroiter.

Il a fallu apprivoiser, oublier ce qui me semblait être « civilisé », lâcher prise, s’abandonner à ce rythme méridional, se raccrocher à ce qu’il y a de bon, les dimanches à la plage, en bateau dans les calanques, le soleil de février indécemment chaud, le marché, l’huile d’olive achetée à mon voisin,  les gens qui vous sourient, l’odeur de la garrigue, des odeurs à vous étourdir, les champs de lavande, les balades dans une nature grandiose, les déjeuners en terrasse presque toute l’année, une petite communauté qui se crée, parce qu’Aix-en-Provence est une ville cosmopolite, les amis que je me suis faits, venus du monde entier, parce qu’il n’y pas que les parisiens qui aspirent à ce sud, le Festival d’art lyrique, le ballet de Preljocaj, les randonnées à cheval en Camargue, les galops sur la plage, les flamands roses par milliers, les petites places, la fraîcheur de leur fontaine quand le soleil de juillet cogne le bitume, l’anonymat qui n’existe plus, les hommes qui sifflent, vous sifflent, parce qu’ici c’est comme ça, les méditerranéens, les gens beaux, vraiment, les corps qui se montrent, les peaux hâlées, les barbecues qui étirent leurs conversations tard dans la nuit, les nuits d’été, les étoiles, allongée au bord de la piscine, parce qu’avec le temps on l’a eu cette maison que l’on fantasmait, plus belle que dans nos rêves parce que quand on croit en son bonheur il nous donne toujours plus que ce que l’on avait espéré.

Paris pour le meilleur désormais, parce que nous avons tous besoin de quitter le familier pour prendre la mesure de notre chance.

Paris- Aix, les pôles s’attirent et se repoussent, les opposés se complètent, l’équilibre est à ce prix, la grande aventure de quitter cette métropole, mais il y en aura d’autres car comment vivre sans inconnu devant soi?

« S’il ne fait pas beau à droite, je prends à gauche; (…) Ai-je laissé quelque chose à voir derrière moi ? J’y retourne ; c’est toujours mon chemin. Je ne trace à l’avance aucune ligne déterminée, ni droite ni courbe (…) »

M. de Montaigne

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